jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301386 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JU2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril 2023 et 2 avril 2024, la SAS Pathé Montataire, représentée par la SAS EIF, dûment habilitée, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties résiduelle à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 à raison du complexe cinématographique dont elle est propriétaire au 91, rue Louis Blanc à Montataire (Oise) ;
2°) d'assortir le dégrèvement accordé des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Pathé Montataire sollicite la réduction de la valeur locative de l'ensemble de boutiques dont elle est propriétaire. Elle soutient que la surface de la partie des locaux autre que les salles elles-mêmes, doit bénéficier du coefficient de pondération prévu par les dispositions de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts.
Par mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au non-lieu à statuer à hauteur de la réduction accordée et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle soutient que les conclusions de la requête ne sont pas fondées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Pathé Montataire est propriétaire d'un ensemble immobilier à usage de complexe cinématographique et situé à Montataire (Oise) 91, rue Louis Blanc. Elle a été imposée à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2021 et 2022 pour des montants respectifs de 88 054 et 89 028 euros. La SAS Pathé Montataire a contesté ces avis par réclamation du 23 décembre 2022 à laquelle il a été très partiellement accédé par décision du 23 février 2023. Par la présente requête, la SAS Pathé Montataire demande au tribunal la réduction des cotisations résiduelles mises à sa charge à raison de cet ensemble immobilier.
Sur l'étendue du litige :
2. Par décision en date 29 août 2023, postérieure à l'introduction de la requête, non contredite par la SAS Pathé Montataire, la directrice départementale des finances publiques de la Somme a accordé une réduction de l'imposition contestée sur Montataire à hauteur de la somme de 61 euros au titre de 2021 compte tenu des compensations par ailleurs opérées. A concurrence de ce montant, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions de la requête.
Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge :
3. D'une part, en vertu de l'article 1388 du code général des impôts, la taxe foncière sur les propriétés bâties est établie d'après la valeur locative cadastrale déterminée conformément aux principes définis en particulier par les articles 1494 à 1508. Aux termes de l'article 1498 de ce code : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous- groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'État. / II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. / B. - 1. Il est constitué, dans chaque département, un ou plusieurs secteurs d'évaluation qui regroupent les communes ou sections cadastrales de communes qui, dans le département, présentent un marché locatif homogène. / () / Les tarifs par mètre carré peuvent être majorés de 1,1, 1,15, 1,2 ou 1,3 ou minorés de 0,7, 0,8, 0,85 ou 0,9, par application d'un coefficient de localisation destiné à tenir compte de la situation particulière de la parcelle d'assise de la propriété au sein du secteur d'évaluation. / C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives. / () ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au même code : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. / La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur. / Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 1518 A quinquies du code général des impôts : " I. -1. En vue de l'établissement de la taxe foncière sur les propriétés bâties (), la valeur locative des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498 est corrigée par un coefficient de neutralisation. / Ce coefficient est égal, pour chaque taxe et chaque collectivité territoriale, au rapport entre, d'une part, la somme des valeurs locatives non révisées au 1er janvier 2017 des propriétés bâties mentionnées au même I de l'article 1498 imposables au titre de cette année dans son ressort territorial, à l'exception de celles mentionnées au 2 du présent I, et, d'autre part, la somme des valeurs locatives révisées de ces propriétés à la date de référence du 1er janvier 2013. / () / III.- Pour les impositions dues au titre des années 2017 à 2025 : / 1° Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du I est positive, celle-ci est majorée d'un montant égal à la moitié de cette différence ; / 2° Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du même I est négative, celle-ci est minorée d'un montant égal à la moitié de cette différence. / Le présent III n'est applicable ni aux locaux mentionnés au 2 du I du présent article, ni aux locaux concernés par l'application du I de l'article 1406 après le 1er janvier 2017, sauf si le changement de consistance concerne moins de 10 % de la surface de ces locaux. / () ". Aux termes de l'article 1518 E du même code : " I. - Pour les biens mentionnés au I de l'article 1498 : / 1° Des exonérations partielles d'impôts directs locaux sont accordées au titre des années 2017 à 2025 lorsque la différence entre la cotisation établie au titre de l'année 2017 en application du présent code et la cotisation qui aurait été établie au titre de cette même année sans application du A du XVI de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016, est positive. / Pour chaque impôt, l'exonération est égale aux neuf dixièmes de la différence définie au premier alinéa du présent 1° pour les impositions établies au titre de l'année 2017, puis réduite chaque année d'un dixième de cette différence. / L'exonération cesse d'être accordée à compter de l'année qui suit celle au cours de laquelle la propriété ou fraction de propriété est concernée par l'application du I de l'article 1406, sauf si le changement de consistance concerne moins de 10 % de la surface de la propriété ou fraction de propriété ; / () ".
5. Il résulte de ces dispositions que la valeur locative révisée brute d'un local est égale au produit de la surface pondérée de ce local par un tarif correspondant à la catégorie de ce local et, le cas échéant, pondéré. En effet, afin de déterminer la valeur locative d'un bien, la surface totale des locaux doit être pondérée en fonction de l'utilisation et des caractéristiques physiques de celui-ci pour l'activité exercée dans les lieux. Cette pondération est effectuée au coefficient 1 (pas de pondération) pour les surfaces principales (P1), les parties principales correspondant à celles essentielles à l'exercice de l'activité à laquelle le local est totalement ou principalement affecté, aires de stationnement et espaces de stationnement couverts (PK1). Concernant les locaux où s'exercent des activités commerciales ou assimilées, il s'agit notamment des espaces accessibles à la clientèle y compris notamment les sanitaires accessibles au public, les espaces de vente (y compris au sous-sol). Cette pondération est effectuée au coefficient 0,5 pour les surfaces secondaires couvertes (P2) correspondant à des éléments utilisés pour l'activité, mais dont le potentiel commercial est plus faible. Pour les locaux où s'exercent des activités commerciales ou assimilées, il s'agit des espaces de stockage ou des espaces non accessibles à la clientèle, notamment les réserves, chaufferies, arrière-boutiques et cuisines. Cette pondération est effectuée au coefficient 0,2 pour les surfaces des parties secondaires non couvertes (P3) correspondant à des éléments utilisés pour l'activité, mais dont le potentiel commercial est plus faible, notamment les aires et lieux de stockage, qui sont à l'air libre sans toiture. Chacun des locaux taxables doit être classé, conformément aux dispositions de l'article 310 Q à l'annexe II du code général des impôts, selon les sous-groupes et catégories en fonction de leur nature et de leur destination.
6. Il est constant que le classement opéré dans les conditions indiquées dans le sous-groupe " locaux de spectacles " et la catégorie " salle de spectacle " du secteur 3 de la grille tarifaire départementale n'est pas contesté par la société requérante, pas plus que les conditions dans lesquelles l'administration a pu, au titre des années d'impositions en litige, faire, le cas échéant, application des dispositions combinées des articles 1498, 1518 A quinquies et 1518 E du code général des impôts, qui prévoient un mécanisme de lissage et de planchonnement des valeurs locatives résultant de l'application de la révision générale prévue par l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 modifiée. La SAS Pathé Montataire limite en effet le périmètre de sa demande au bénéfice des dispositions de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts aux surfaces couvertes secondaires auxquelles elle souhaite voir appliquer un coefficient de pondération de 0,5 s'agissant de parties non directement utiles à l'activité. Toutefois, s'agissant d'une demande à laquelle il a été partiellement satisfait au stade de l'instruction de la présente requête, compte tenu des corrections opérées au stade de la réclamation préalable, c'est à raison que l'administration a accédé à cette demande en la limitant aux parties des locaux seulement susceptibles de faire l'objet d'un usage limité (espaces d'évacuation) à l'exclusion des couloirs et sanitaires librement accessibles au public et, à ce titre, devant être pris en compte en tant que surface principale.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de réduction des impositions litigieuses présentées par la SAS Pathé Montataire doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant au versement des intérêts moratoires :
8. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal (), les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts dont le taux est celui de l'intérêt légal () ". En vertu du troisième alinéa de l'article R. 208-1 du même livre, ces intérêts moratoires " sont payés d'office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts ".
9. A la date à laquelle la contribuable a formulé ces conclusions, il n'existait aucun litige né et actuel sur ce point entre elle-même et le comptable responsable du remboursement. Dès lors, ces conclusions, qui sont prématurées, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions de la requête à hauteur de la réduction de 61 euros accordée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Pathé Montataire est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Pathé Montataire et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
G. Truy La greffière,
Signé
F. Joly
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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