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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301510

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301510

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301510
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023, la SA Frey, représentée par la SAS EIF, dûment habilitée, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 à raison de l'ensemble de boutiques dont elle est propriétaire au 150, avenue de l'Europe à Amiens (Somme) ;

2°) d'assortir le dégrèvement accordé des intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SA Frey sollicite la réduction de la valeur locative de l'ensemble de boutiques dont elle est propriétaire. Elle soutient que celle-ci doit être déterminée par référence à la catégorie MAG 1 et non MAG 3 s'agissant de boutiques d'une surface pondérée totale de 4 024 m² dont la desserte particulière ne permet pas de les assimiler à une galerie marchande. Elle ajoute qu'en raison du niveau des loyers pratiqués, la comparaison à la catégorie MAG 1 confirme la pertinence de sa demande.

Par mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête, à titre principal en raison de sa tardiveté, et subsidiairement, son caractère non fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SA FREY est propriétaire d'un ensemble immobilier composé de boutiques et situé à Amiens (Somme) 150, avenue de l'Europe. Elle a été imposée à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2021 et 2022 pour des montants respectifs de 556 615 et 558 714 euros. La SA Frey a contesté ces avis par réclamation du 24 novembre 2022 qui a été rejetée par décision du 28 février reçue le 6 mars 2023. Par la présente requête, la SA FREY demande au tribunal la réduction des cotisations primitives mises à sa charge à raison de cet ensemble immobilier.

Sur les conclusions aux fins de décharge

2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, applicable aux impositions 2017, qui a été repris à l'article 1498 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à compter du 1er janvier 2018 : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. / II - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. B. - 1. Il est constitué, dans chaque département, un ou plusieurs secteurs d'évaluation qui regroupent les communes ou sections cadastrales de communes qui, dans le département, présentent un marché locatif homogène () ".

3. Pour la mise en œuvre de la révision des valeurs locatives dans un département, il est d'abord constitué dans ce département des secteurs qui regroupent des communes ou des parties de communes qui représentent un marché locatif homogène. Chaque local professionnel est rattaché à un sous-groupe et à une catégorie définis par le décret du 10 octobre 2011 fixant les sous-groupes et catégories de locaux professionnels en vue de l'évaluation de leur valeur locative, en fonction de sa nature et de sa destination, d'une part, et de son utilisation et de ses caractéristiques physiques, d'autre part. Le local est ensuite rattaché à un secteur d'évaluation. Les loyers constatés par catégorie de locaux servent de base à l'établissement d'un tarif par mètre carré dans chaque secteur d'évaluation. Le tarif peut être éventuellement minoré ou majoré d'un coefficient de localisation destiné à tenir compte de la situation du local considéré au sein du secteur d'évaluation. Le tarif, multiplié par la surface pondérée de ce local, permet de déterminer sa valeur locative.

4. En outre, aux termes de l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts : " Pour l'application du second alinéa du I de l'article 1498 du code général des impôts, les propriétés bâties mentionnées au premier alinéa de ce même I sont classées selon les sous-groupes et catégories suivants : Sous-groupe I : magasins et lieux de vente : Catégorie 1/ boutiques et magasins sur rue () Catégorie 3 : magasins appartenant à un ensemble commercial () ".

5. S'agissant de la cotisation de taxe foncière des années 2021 et 2022, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a estimé que les cellules commerciales dont la

SA FREY est propriétaire devaient être évaluées par application du barème tarifaire de la catégorie 3.

6. Pour contester la cotisation primitive de taxe foncière mise à sa charge au titre des années 2021 et 2022 à raison de cet ensemble immobilier, la société requérante soutient que ledit ensemble relève de la catégorie 1 " boutiques et magasins sur rue " du sous-groupe I " Magasins et lieux de vente ".

7. Il résulte de l'instruction que l'administration, dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions précitées, a recensé les pôles d'attractivité commerciale de l'agglomération d'Amiens et établi une grille tarifaire du sous-groupe I à partir d'un panel de locaux loués. La société requérante, qui ne saurait utilement tirer argument du niveau des loyers appliqués par elle, ne peut davantage comparer ses boutiques à celles de magasins ayant un accès sur rue, quand celles-ci sont incluses dans un pôle d'attractivité commerciale composé d'un parking commun de 27 000 m² et d'une couronne de magasins reliés entre eux par un espace de circulation extérieure, situés en dehors de toute zone habitée. Ils ne sauraient, dès lors, être comparés à des magasins de type centre-ville mais, ainsi qu'il l'a été fait à des magasins appartenant à un ensemble commercial.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration, que les conclusions aux fins de réduction de l'imposition litigieuse présentée par la SA FREY doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins de réduction de l'imposition litigieuse présentées par la SA FREY n'appellent aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions tendant à la mise à jour des bases imposables révisées pour les année 2019 et 2020 présentées par la requérante doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les conclusions tendant au versement des intérêts moratoires :

10. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal (), les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts dont le taux est celui de l'intérêt légal () ". En vertu du troisième alinéa de l'article R. 208-1 du même livre, ces intérêts moratoires " sont payés d'office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts ".

11. A la date à laquelle la contribuable a formulé ces conclusions, il n'existait aucun litige né et actuel sur ce point entre elle-même et le comptable responsable du remboursement. Dès lors, ces conclusions, qui sont prématurées, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SA FREY la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SA FREY est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SA FREY et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Truy La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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