jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301517 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JU2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 9 mai 2023 et
15 juillet 2024, la SCI du Park demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction de la taxe foncière résiduelle sur les propriétés bâties et, dans le dernier état de ses écritures, de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 à raison de l'ensemble immobilier sis à Sainte Geneviève (Oise), lieudit " Petite Campagne " ;
2°) d'assortir le dégrèvement accordé des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SCI du Park soutient que ses locaux, en fonction de leur utilisation, leurs caractéristiques physiques, leur situation et leur consistance doivent bénéficier des coefficients de pondération prévus par les dispositions de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts s'agissant des surfaces affectées à la voirie et le stationnement des poids lourds. Sur le terrain de la loi et de la doctrine, elle soutient subsidiairement prétendre à la réduction de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères dès lors qu'une partie du terrain n'est pas desservi par le service.
Par mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les conclusions de M. Menet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la SCI du Park sollicite la réduction de la taxe foncière résiduelle sur les propriétés bâties et de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 dans les rôles de la commune de Sainte Geneviève (Oise), à raison de l'immeuble sis lieudit " Petite Campagne ".
Sur les conclusions aux fins de jonction :
2. La décision de joindre ou non des requêtes constitue un pouvoir propre du juge de sorte que les conclusions présentées à ce titre sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les conclusions en réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties :
3. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. / II. () C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives ". Aux termes de l'article 310 Q de l'annexe II à ce code : " Pour l'application du second alinéa du I de l'article 1498 du code général des impôts, les propriétés bâties mentionnées au premier alinéa de ce même I sont classées selon les sous-groupes et catégories suivants : () / Sous-groupe III : lieux de dépôt ou de stockage et parcs de stationnement : / Catégorie 1 : lieux de dépôt à ciel ouvert et terrains à usage commercial ou industriel. / Catégorie 2 : lieux de dépôt couverts. / Catégorie 3 : parcs de stationnement à ciel ouvert. Catégorie 4 : parcs de stationnement couverts. () ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au même code : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. / La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur. / Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire ".
4. Ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat dans un arrêt n° 476025 du 26 avril 2024, il résulte de ces dispositions que, pour le calcul de la valeur locative d'une propriété bâtie relevant de l'article 1498 du code général des impôts, les coefficients de pondération de superficie mentionnés à l'article 324 Z de l'annexe III précité ne sont pas applicables aux surfaces utilisées pour une activité correspondant à l'affectation principale de ce local, appréciée au regard de la catégorie dans laquelle il est classé.
5. Il est constant qu'au stade de la réclamation contentieuse, l'administration a accordé une réduction des impositions émises par la prise en compte des superficies et la consistance exacte du bien. Si la SCI du Park soutient que les surfaces à usage de parking et les voiries doivent se voir appliquer un coefficient atténuateur, il n'y a pas lieu d'attribuer à ces parties d'immeuble une valeur réduite d'utilisation, l'ensemble des sols et terrains, qui font partie du même groupement topographique et étant normalement destinés à être utilisés par un même occupant ayant pu conduire l'administration à considérer qu'il s'y exerçait l'activité principale justifiant l'application du barème de la catégorie DEP 3 sans abattement pour les parkings et espaces de circulation dont il n'est au demeurant pas établi qu'elles auraient eu une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale des terrains.
Sur les conclusions en réduction de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères :
6. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ".Aux termes de l'article 1521 du même code : " I. La taxe porte sur toutes les propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties ou qui en sont temporairement exonérées ()./ III. 1. Les conseils municipaux déterminent annuellement les cas où les locaux à usage industriel ou commercial peuvent être exonérés de la taxe ()./ 4. Sauf délibération contraire des communes ou des organes délibérants de leurs groupements, les locaux situés dans la partie de la commune où ne fonctionne pas le service d'enlèvement des ordures sont exonérés de la taxe ".
7. Il n'est pas soutenu que les biens assujettis à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères sont situés dans une partie de la commune desservie par le ramassage des ordures alors qu'en tout état de cause il ne résulte pas de l'instruction que cette commune ait pris une délibération tendant à l'exonération de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour la partie de son territoire où ne fonctionnerait pas le service de collecte des ordures. La circonstance qu'il ne soit pas recouru au service communal ou intercommunal de ramassage des ordures est sans incidence sur l'assujettissement à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères qui revêt le caractère d'une imposition et non d'une redevance pour services rendus. Enfin, et pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, la SCI du Park, qui ne peut utilement se prévaloir de l'instruction BOI-IF-AUT-90-10, n° 170, qui ne donne pas une interprétation différente de la loi que celle dont il est fait application, n'est pas fondée à prétendre, pour les mêmes raisons que celles précédemment évoquées, à la réduction du taux de la taxe qui lui a été appliquée, sans qu'l soit besoin de se prononcer la recevabilité des conclusions afférentes à l'imposition afférente à l'année 2021 non visée par la réclamation préalable.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI du Park n'est pas fondée à demander la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie et, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la restitution des sommes versées et au versement des intérêts moratoires :
9. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal (), les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts dont le taux est celui de l'intérêt légal () ". En vertu du troisième alinéa de l'article R. 208-1 du même livre, ces intérêts moratoires " sont payés d'office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts ".
10. A la date à laquelle la contribuable a formulé ces conclusions, il n'existait aucun litige né et actuel sur ce point entre elle-même et le comptable responsable du remboursement. Dès lors, ces conclusions, qui sont prématurées, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI du Park est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI du Park et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
G. Truy La greffière,
Signé
F. Joly
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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