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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301755

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301755

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301755
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantEGRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2023 et 12 avril 2024, la SCI Oisimmo, représentée par Me Egret, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 à 2022 à raison de ses locaux et biens sis zone du Gros Grelot à Thourotte (Oise) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI soutient que, s'agissant du bénéfice des mécanismes de planchonnement et de lissage, il y a lieu de déterminer la valeur locative de son local par référence au local-type n° 46 au lieu du bien identifié sous le n° 38. Elle considère que le local-type n° 46 est plus adapté au regard :

- de la nature de l'activité qui y est exercée et les caractéristiques du bâtiment ;

- de son affectation et sa situation ;

alors qu'il peut être supplée aux différences relevées par l'application d'un abattement.

Elle demande, à titre gracieux, qu'il soit accédé à sa demande s'agissant de la taxe foncière due au titre de 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet des conclusions de la requête.

Elle considère que les conclusions de la requête ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truy, premier conseiller honoraire,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

- les observations de M. A, dûment habilité.

Considérant ce qui suit :

1. La requête de la SCI Oisimmo tend la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2020 à 2022 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire à Thourotte (60).

En ce qui concerne la taxe foncière due au titre de l'année 2020 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial () de l'administration des impôts () dont dépend le lieu de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 196-2 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes, doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant, selon le cas : a) L'année de la mise en recouvrement du rôle () ".

3. Il résulte de l'instruction que la réclamation par laquelle la SCI Oisimmo a demandé la réduction de l'imposition contestée et afférente à celle émise en 2020, a été présentée le

28 novembre 2022 à l'administration. Ainsi, la réclamation de la SCI Oisimmo intervenue pour l'imposition en cause postérieurement au 31 décembre 2021 était tardive au regard des dispositions de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales. Par suite, les conclusions relatives à la taxe foncière de l'année 2020 sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées dans une situation où il n'appartient pas au juge de l'impôt d'accorder la remise gracieuse d'une imposition.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts () peut prononcer d'office le dégrèvement ou la restitution d'impositions qui n'étaient pas dues, jusqu'au 31 décembre de la quatrième année suivant celle au cours de laquelle le délai de réclamation a pris fin, ou, en cas d'instance devant les tribunaux, celle au cours de laquelle la décision intervenue a été notifiée./ L'administration des impôts peut prononcer dans le délai de trente ans les dégrèvements d'office prévus au III de l'article 1414 et aux articles 1414 A et 1601 du code général des impôts relatifs à la taxe d'habitation et à la taxe pour frais de chambres de métiers et de l'artisanat ".

5. Il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'usage fait par l'administration de son pouvoir de dégrèvement d'office prévu par les dispositions précitées de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales. Par suite, la SCI Oisimmo n'est pas fondée à critiquer devant le juge de l'impôt le refus de l'administration de procéder à un tel dégrèvement d'office.

En ce qui concerne la taxe foncière due au titre des années 2021 et 2022 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Selon le premier alinéa de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. / () ". Enfin, l'article 1415 du même code dispose que : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Ne sortent ainsi du champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties que les locaux à usage commercial ou industriel dont l'état de ruine exclut toute occupation de quelque nature que ce soit, c'est-à-dire interdisant toute reconversion dans un autre usage que celui prévu initialement.

7. En second lieu, aux termes du II et du V de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010, désormais codifié au I et au C du II de l'article 1498 du code général des impôts : " II. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie () est déterminée en fonction de l'état du marché locatif ou, à défaut, par référence aux autres critères prévus par le présent article. Elle tient compte de la nature, de la destination, de l'utilisation, des caractéristiques physiques, de la situation et de la consistance de la propriété ou fraction de propriété considérée. / Les propriétés () sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, les propriétés sont, le cas échéant, classées par catégories, en fonction de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat () / La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives ".

8. En vertu de ces dispositions, le processus de révision des valeurs locatives cadastrales des locaux professionnels notamment retenues pour l'assiette de la taxe foncière sur les propriétés bâties, qui s'applique à compter du 1er janvier 2017, abandonne la méthode d'évaluation dite par comparaison avec des locaux-types au profit d'une méthode tarifaire consistant à appliquer à la surface pondérée du local un tarif représentatif du marché locatif.

9. Il résulte de l'instruction, notamment des indications non contredites de l'administration fiscale, que la valeur locative des locaux litigieux a été évaluée selon ce nouveau dispositif. La société requérante ne conteste pas les conditions dans lesquelles l'administration a été appelée à faire application des dispositions de l'article 1498 du code général des impôts dans leur nouvelle rédaction ni même celles dans lesquelles elle a fait application des dispositions des articles 1518 A quinquies et 1518 E de ce même code relatives aux mécanismes de planchonnement et de lissage. Pour le calcul de la nouvelle valeur locative et la mise en œuvre de ces mêmes mécanismes, la SCI, qui n'a souscrit aucune déclaration de modification des conditions d'exploitation, se limite à contester le montant de son imposition en faisant valoir que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article 1498-2 du code général des impôts en retenant un terme de comparaison inadapté et propose de choisir comme thème de comparaison non le local-type n° 38 mais le local-type n° 46.

10. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : 1° Pour les biens donnés en location à des conditions de prix normales, la valeur locative est celle qui ressort de cette location ; / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / Soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date, / Soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales ; / 3° A défaut de ces bases, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe ".

11. Il résulte de l'instruction que l'administration a initialement retenu, pour évaluer la valeur locative, le local type n° 46 de la commune de Thourotte. L'administration admet que ce local ne pouvait être utilisé comme élément de comparaison mais indique entendre y substituer le local-type n° 191 du procès-verbal de la commune de Beauvais. La société requérante ne produit aucun élément pertinent de nature à remettre en cause la valeur locative retenue au vu d'éléments précis apportés par l'administration relatifs aux caractéristiques des deux biens en cause et alors, au surplus, que les villes de Beauvais et de Thourotte sont susceptibles d'être considérées comme présentant des caractéristiques comparables dans les domaines de la répartition socio-culturel, du taux de chômage, de la médiane du revenu fiscal ainsi que la nature comparable des zones commerciales concernées. Par suite, la SCI Oisimmo, dont l'élément de comparaison proposé ne peut être retenu en ce qu'il présente des caractéristiques différentes de celle d'un hypermarché s'agissant, au demeurant, d'un bien construit en 2008, inexistant donc en 1970, n'est pas fondée à soutenir que la valeur locative de cet ensemble immobilier, telle qu'elle a été modifiée à la suite de la substitution d'un terme de comparaison, est trop élevée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions présentées par la SCI Oisimmo tendant à la réduction des cotisations de taxe foncière et taxes annexes auxquelles elle a été assujettie doit être rejeté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles la SCI Oisimmo a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence que celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de la SCI Oisimmo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Oisimmo et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. TruyLa greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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