jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302017 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JU2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 juin, 27 octobre et 3 novembre 2023 et 15 avril 2024, la SCI Logement Français demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2014 à 2022 à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire au 77, rue Jules César à Saint Quentin (Aisne) ;
2°) d'enjoindre à l'administration de se rendre sur place pour constater l'état de dégradation des biens dont elle est propriétaire.
La SCI Logement Français soutient qu'elle est fondée prétendre à la décharge de la taxe foncière afférente à un immeuble, ayant vocation, à être détruit et impropre à toute utilisation du fait de son état dégradé.
Par un mémoire en défense et des mémoires, enregistrés les 22 septembre et
18 octobre 2023 et 22 février 2024, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé et que les conclusions de la requête sont irrecevables en ce qui concerne les impositions émises au titre des années 2014 à 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Par un courrier du 27 septembre 2023, les parties ont été informées que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions afférentes à une imposition émise au nom de l'un des associés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la SCI sollicite la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2022, dans les rôles de la commune de Saint-Quentin (Aisne), à raison de l'ensemble immobilier situé 77, rue Jules César.
Sur la recevabilité des conclusions en tant qu'elles concernent les impositions émises au nom de M. A C :
2. Au sens de l'article 1400 du code général des impôts, la taxe foncière est établie au nom du propriétaire apparent.
3. En vertu des articles 1858 du Code civil et R*256-2 du Livre des procédures fiscales, le comptable public est en droit de poursuivre les ayants cause d'une SCI en cas d'inanité des poursuites de la personne morale. Selon les dispositions de l'article 1857 du Code civil, à l'égard des tiers, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social à la date de l'exigibilité ou au jour de la cessation des paiements. A défaut, pour la SCI de s'être acquittée de ses dettes fiscales en temps et en heure, le comptable public a adressé le 26 mai 2023 un avis de mise en recouvrement à hauteur de la quote-part détenue par M. C A dans le capital social de la société et la responsabilité des associés est donc engagée dès lors que la SCI s'est abstenue au paiement de ses dettes fiscales malgré l'envoi d'un avis d'imposition au nom de la personne morale. Si la SCI débitrice légale de l'imposition est en droit de contester la taxe foncière émise à son encontre, elle ne peut se prévaloir d'un titre exécutoire de paiement émis au nom de l'un des associés quand bien même celui-ci serait tenu solidairement au paiement des dettes fiscales et les conclusions de sa requête, en tant qu'elles concerneraient des impositions dont le recouvrement est recherché auprès de l'un de ses associés, sont irrecevables.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne les conclusions en décharge :
4. Aux termes, d'une part, de l'article 1380 du code général des impôts, d'autre part : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celle qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Au sens de l'article 1400 du code général des impôts, la taxe foncière est établie au nom du propriétaire apparent. Aux termes de l'article 1415 du code général des impôts, la taxe foncière sur les propriétés bâties est établie d'après les éléments existants au 1er janvier de l'année. Il résulte de ces dispositions qu'un immeuble à usage commercial ne peut sortir du champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties que s'il devient impropre à toute utilisation au 1er janvier de l'année d'imposition.
5. D'autre part, aux termes de l'article 1406 du code général des impôts : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret (). / I bis. - Pour procéder à la mise à jour de la valeur locative des propriétés bâties, les propriétaires sont tenus de souscrire une déclaration sur demande de l'administration fiscale selon des modalités fixées par décret () ".
6. A l'appui de ses conclusions en décharge et subsidiairement des impositions en litige, la SCI Logement Français fait valoir que l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire est devenu impropre à toute utilisation et est insusceptible d'être utilisé en l'état du fait de l'importance des travaux de tous ordres devant y être réalisés. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que le gros œuvre de l'immeuble en cause n'ayant pas été atteint, la SCI requérante ne peut soutenir que son bien était dans un état de délabrement tel qu'il ne permettait plus aucun usage et ne pouvait plus être regardé comme une propriété bâtie, au sens des dispositions de l'article 1380 du code général des impôts précité alors qu'il résulte des indications non sérieusement contredites de l'administration que ses agents se sont rendus sur place à deux reprises et ont pu constater que le bien en cause, bien que nécessitant des travaux, était encore effectivement utilisé.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la directrice des finances publiques de la Somme, que les conclusions la requête de la SCI Logement Français en décharge des impositions contestées ne peut qu'être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :
8. Il n'appartient pas au juge de l'impôt de faire œuvre d'administration active. Les conclusions de la SCI Logement Français tendant à ce que l'administration se rende sur place, alors qu'il est constant qu'elle n'a pas satisfait à ses obligations déclaratives, doivent, dès lors, être rejetées.
D E C I D E
Article 1er: La requête de la SCI Logement Français est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Logement Français et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
G. Truy La greffière,
Signé
F. Joly
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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