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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302353

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302353

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302353
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDELOFFRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023, M. A B, représenté par

Me Deloffre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles son foyer fiscal a été assujetti au titre des années 2011 à 2014 et des pénalités correspondantes';

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- la proposition de rectification du 26 juin 2018 est insuffisamment motivée';

- le service n'apporte pas la preuve de la distribution et de l'appréhension des revenus réputés distribués sur le fondement du 2o du 1 de l'article 109 du code général des impôts';

- il n'apporte pas la preuve du caractère imposable des prétendus bénéfices non commerciaux et revenus fonciers retenus.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2024, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'autorité judiciaire a avisé l'administration fiscale le 26 avril 2017 de ce qu'une procédure pénale concernant M. B était ouverte pouvant contenir des éléments de nature à faire présumer une fraude en matière fiscale.

2. Par jugement du tribunal correctionnel de Senlis du 11 février 2019, M. B a été condamné à une peine de 8 000 euros d'amende pour avoir, entre les 23 mai 2013 et 23 mai 2016, exercé à but lucratif une activité d'achat ou vente de véhicules légers d'occasion, sans avoir procédé à une déclaration obligatoire à l'administration fiscale et en minorant le chiffre d'affaires par l'absence de déclaration d'une partie des véhicules légers vendus.

3. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur situation fiscale à l'issue duquel l'administration fiscale les a assujettis, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2010 à 2014. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de le décharger de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 26 juin 2018 adressée à M. B fait état de la désignation des impôts concernés, des périodes d'imposition et des bases d'imposition, détaille les conséquences financières et énonce les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées. Le service a en effet indiqué qu'à la suite d'un signalement de l'autorité judiciaire, elle avait eu connaissance de possibles faits de détournements de la part de M. B au préjudice de différentes sociétés et qu'au titre des années 2010 à 2014, après avoir consulté des pièces de la procédure pénale, le service avait qualifié ces détournements de revenus imposables dans différentes catégories en fonction des liens unissant M. B aux sociétés concernées en précisant à chaque fois le fondement textuel et les montants en cause. Ainsi, par la proposition de rectification du 26 juin 2018 qui est motivée au sens des dispositions précitées, M. B a été informé des motifs de droit et de fait fondant les rectifications proposées de manière suffisante pour lui permettre de présenter utilement ses observations, comme il l'a d'ailleurs fait par des courriers des 2 août et 3 septembre 2018 adressés à l'administration fiscale en réponse à cette proposition de rectification. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les revenus distribués :

6. Aux termes du 2o du 1. de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués () Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ".

7. En l'espèce, le service a regardé comme des revenus distribués des sommes à hauteur de 67 200 euros au titre de l'année 2011, 60 062,80 euros au titre de l'année 2012, 49 469 euros au titre de l'année 2013 et 51 596,27 euros au titre de l'année 2014 concernant des chèques et des espèces encaissés par M. B à la place de sociétés dans lesquelles

M. B était associé. Pour contester la mise à disposition de ces sommes non prélevées sur les bénéfices des sociétés listées par le service, M. B soutient que le détail, opération par opération des détournements allégués n'est pas précisé. Toutefois, l'examen de l'annexe à la proposition de rectification permet de retrouver les dates, les montants des chèques et encaissements sur les différents comptes de l'intéressé et permet de regarder le service comme apportant la preuve qui lui incombe de la distribution et de l'appréhension par le requérant des sommes précitées justifiant son imposition dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers à raison de revenus distribués sur le fondement du 2o du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

En ce qui concerne les bénéfices non commerciaux :

8. Aux termes du 1 de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ".

9. Le service a imposé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, l'encaissement par M. B de trois chèques d'un montant total de 50 342,28 euros au titre de l'année 2012 et d'un chèque de 14 000 euros au titre de l'année 2013. Le service a relevé que ces chèques avaient été émis par deux sociétés pour lesquels M. B était un tiers et retenu que durant la procédure pénale, M. B avait affirmé que ces chèques, sans apporter aucune preuve, constituaient des remboursements d'acomptes faits par ses soins pour la réalisation de travaux immobiliers qui n'auraient pu avoir lieu. Par ces motifs et en l'absence de toutes pièces justificatives des allégations non circonstanciées du requérant, le service doit être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe de ce que l'encaissement de ces chèques avait constitué pour M. B une source de profits imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.

En ce qui concerne les revenus fonciers :

10. Aux termes de l'article 14 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 15, sont compris dans la catégorie des revenus fonciers, lorsqu'ils ne sont pas inclus dans les bénéfices d'une entreprise industrielle, commerciale ou artisanale, d'une exploitation agricole ou d'une profession non commerciale : 1° Les revenus des propriétés bâties, telles que maisons et usines ".

11. Le service a imposé entre les mains de M. B des revenus fonciers à raison d'un virement de 700 euros effectué de la part d'une société civile immobilière le 27 novembre 2013 après avoir relevé, à l'occasion de la consultation de pièces de la procédure pénale, que M. B était associé de cette société de personnes. Le service produit l'acte de constitution de la société qui démontre la participation de l'intéressé. M. B conteste tout lien avec celle-ci mais ne fournit aucun élément permettant de remettre en cause cette pièce ou les observations au cours de la procédure pénale. Il s'ensuit que le service apporte la preuve qui lui incombe de l'existence des revenus fonciers contestés.

Sur les dépens :

12. En l'absence de dépens, les conclusions de la requête tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'État ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302353

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