mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302541 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE PRESIDENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et des mémoires enregistrés les 30 juillet, 5 septembre, 11 octobre, 6 et 16 novembre 2023 ainsi que les 28 avril et 6 septembre 2024, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mai 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aisne a confirmé ses décisions des 13 mars et 18 avril 2023 par lesquelles il a procédé à une réduction de 50 % de son revenu de solidarité active respectivement pour le mois d'avril 2023 puis pour les mois de mai et juin suivant ;
2°) d'annuler la décision du 2 août 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aisne a confirmé sa décision du 7 juillet 2023 par laquelle il a décidé de le radier du dispositif du revenu de solidarité active à compter du 1er juillet 2023 ;
3°) de régulariser ses droits au revenu de solidarité active à compter du mois d'avril 2023.
Il soutient que :
- l'inscription à Pôle emploi n'est pas obligatoire en vertu de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles pour percevoir le revenu de solidarité active ;
- les décisions attaquées sont contraires à l'article 11 du préambule de la Constitution de 1946, à l'article L. 111-1 du code de la sécurité sociale, aux articles 22, 23 et 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et à l'article 72 de la Constitution.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2024, le président du conseil départemental de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. Wavelet et les observations de M. A, représentant le département de l'Aisne, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA), a été orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail en application de l'article L. 262-29 du code de l'action sociale et des familles. Par deux décisions des 13 mars et 18 avril 2023, le département de l'Aisne a décidé, respectivement pour le mois d'avril 2023 puis les mois de mai et juin suivants, de réduire les droits de l'intéressé au RSA à hauteur de 50 %, en raison de l'absence de son inscription à Pôle emploi et d'élaboration d'un projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE). Par une décision du 22 mai 2023, le président du conseil départemental de l'Aisne a rejeté le recours préalable de M. B dirigé contre les deux décisions des 13 mars et 18 avril 2023. Par une décision du 7 juillet 2023 confirmée par une décision prise le 2 août suivant en réponse au recours administratif préalable de l'intéressé, le président du conseil départemental a radié M. B du bénéfice du dispositif du revenu de solidarité active à compter du 1er juillet 2023. M. B demande l'annulation des décisions du président du conseil départemental de l'Aisne des 22 mai et 2 août 2023.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : / 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code, soit, si le département décide d'y recourir, vers l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-4 du code du travail ou encore vers un des réseaux d'appui à la création et au développement des entreprises dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé de l'emploi, en vue d'un accompagnement professionnel et, le cas échéant, social ; / () ".
4. D'autre part, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 262-34 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail élabore conjointement avec le référent désigné au sein de cette institution ou d'un autre organisme participant au service public de l'emploi le projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; / () / 3° Lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active, accompagné par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail, a été radié de la liste mentionnée à l'article L. 5411-1 du même code ; / () / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. / () ". Aux termes de l'article R. 262-68 de ce code : " La suspension du revenu de solidarité active mentionnée à l'article L. 262-37 peut être prononcée, en tout ou partie, dans les conditions suivantes : / 1° Lorsque le bénéficiaire n'a jamais fait l'objet d'une décision de suspension, en tout ou partie, le président du conseil départemental peut décider de réduire l'allocation d'un montant qui ne peut dépasser 80 % du montant dû au bénéficiaire au titre du dernier mois du trimestre de référence pour une durée qui peut aller de un à trois mois ; / () / Lorsque la décision a été fondée sur un motif erroné, il est procédé à une régularisation des sommes non versées ". Enfin aux termes de l'article R. 262-72 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-37, le bénéficiaire du revenu de solidarité active qui, en application du 1° de l'article R. 5411-17 du code du travail, cesse d'être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi est, à défaut de réinscription sous un délai d'un mois, considéré comme ne satisfaisant plus aux obligations mentionnées à l'article L. 262-37 du présent code ".
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que M. B n'est plus inscrit depuis le 28 février 2021 sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi, devenu depuis France Travail, en raison de son absence de réponse à un contrôle, qu'il a été orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail en application de l'article L. 262-29 du code de l'action sociale et des familles et que par un courrier du 26 janvier 2023, le président du conseil départemental de l'Aisne l'a informé qu'en contrepartie du bénéfice du revenu de solidarité active il devait s'engager dans un parcours d'insertion professionnelle, en l'occurrence en s'inscrivant à Pôle emploi afin de pouvoir élaborer un projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE). En l'absence d'inscription à Pôle emploi et d'élaboration d'un PPAE malgré une invitation en ce sens, le département de l'Aisne a décidé, respectivement pour le mois d'avril 2023 puis les mois de mai et juin suivants, de réduire les droits de l'intéressé au RSA à hauteur de 50 % avant de procéder à sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er juillet suivant.
6. Pour contester les décisions attaquées, M. B soutient qu'aucune disposition législative ou réglementaire, en particulier les dispositions de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles, ne conditionne le bénéfice du revenu de solidarité active à une inscription à Pôle Emploi devenu France Travail. Il résulte toutefois des dispositions combinées des dispositions législatives et réglementaires citées au point 4 que le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail doit élaborer un PPAE conjointement avec le référent désigné au sein de cette institution, ce qui implique une inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès désormais de France Travail, et que lorsque du fait du bénéficiaire et sans motif légitime le PPAE n'est pas établi, le bénéfice du revenu de solidarité active peut être suspendu en tout ou partie voire supprimé par une radiation de la liste des bénéficiaires de l'allocation. Au surplus et en tout état de cause, M. B ne fait valoir aucun motif légitime, au sens des dispositions précitées de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, l'ayant empêché d'accomplir, dans le délai fixé par le département de l'Aisne, les démarches d'inscription et de contractualisation avec son conseiller référent. Il suit de là que le président du conseil départemental de l'Aisne a pu, sans commettre d'erreur de droit ni erreur d'appréciation, prononcer la réduction de l'allocation de revenu de solidarité active de M. B à hauteur de 50 % au titre des mois au titre des mois d'avril à juin 2023 puis radier l'intéressé de liste des bénéficiaires de cette allocation à compter du 1er juillet suivant.
7. En second lieu, pour contester les décisions attaquées, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 11 du préambule de la Constitution de 1946, de l'article L. 111-1 du code de la sécurité sociale, des articles 22, 23 et 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et de l'article de 72 de la Constitution du 4 octobre 1958.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du président du conseil départemental de l'Aisne des 22 mai et 2 août 2023. Par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions tendant à la régularisation de ses droits au revenu de solidarité active à compter du mois d'avril 2023 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Wavelet La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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