vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302592 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE PRESIDENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 1er août 2023 et 16 mars 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 4 juillet 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a rejeté son recours administratif préalable du 6 février 2023 contestant la décision du 11 janvier 2023 par laquelle cette caisse lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant initial de 3 083,79 euros pour la période de mai 2021 à avril 2022.
Il soutient qu'il a toujours déclaré les sommes perçues de la caisse primaire d'assurance maladie et de l'organisme de santé complémentaire (Lourmel) de son employeur et qu'il ne pouvait pas déduire les primes " panier " et " transport " des salaires déclarés puisqu'il ne travaillait pas et qu'elles ne sont d'ailleurs pas mentionnées sur ses bulletins de salaire.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 14 et 22 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne conclut au rejet de la requête et à ce que M. B soit condamné à lui rembourser le solde de l'indu de prime d'activité d'un montant de 2 368,19 euros.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 11 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Aisne a notifié à M. B un indu de prime d'activité d'un montant initial de 3083,79 euros pour la période de mai 2021 à avril 2022. Le 6 février suivant, M. B a formé un recours administratif préalable pour contester le bien-fondé de cet indu. Par une décision du 4 juillet 2023, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a rejeté ce recours et confirmé l'indu notifié le 11 janvier 2023. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 4 juillet 2023 de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne.
2. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / Les bonifications mentionnées au 1° sont établies pour chaque travailleur, membre du foyer, compte tenu de ses revenus professionnels. / Le montant forfaitaire, la fraction des revenus professionnels des membres du foyer, les modalités de calcul et le montant maximal des bonifications sont fixés par décret. / Le montant forfaitaire et le montant maximal de la bonification principale sont revalorisés le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25. / Un décret détermine le montant minimal de la prime d'activité en dessous duquel celle-ci n'est pas versée ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". Par ailleurs, aux termes du I de l'article R. 844-1 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; / () ". Enfin, l'article R. 844-5 de ce code énumère les diverses prestations, indemnités et aides sociales exclues des ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité.
3. Pour mettre à la charge de M. B l'indu de prime d'activité litigieux pour la période de mai 2021 à avril 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne s'est fondée sur la circonstance, découverte après un contrôle sur pièces, que le requérant avait commis des erreurs ou incohérences de déclaration de ses salaires, primes et indemnités, notamment qu'il avait omis de déduire les primes " panier " et " transport " de ses salaires. Le requérant soutient qu'il a toujours déclaré les sommes perçues de la caisse primaire d'assurance maladie et de l'organisme de santé complémentaire (Lourmel) de son employeur et qu'il ne pouvait pas déduire les primes " panier " et " transport " des salaires déclarés puisqu'il ne travaillait pas et qu'elles ne sont d'ailleurs pas mentionnées sur ses bulletins de salaire. Sur ce dernier point, il résulte des dispositions des articles R. 844-1 et R. 844-5 précités du code de la sécurité sociale que les indemnités forfaitaires de déplacement et de repas versées par un employeur à un salarié sont au nombre des revenus tirés d'une activité salariée qui, à ce titre, doivent être prises en compte au titre des ressources perçues pour le calcul des droits à la prime d'activité. M. B est ainsi fondé à soutenir que les primes " panier " et " transport " dont il a bénéficié au titre des salaires qu'il a perçus avant son arrêt de travail le 3 juin 2021 devaient être déclarées et prises en compte au titre de ses ressources pour le calcul de ses droits à la prime d'activité. En revanche, s'agissant des indemnités perçues de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne et de l'organisme de santé complémentaire Lourmel, par les seuls éléments qu'il produits le requérant n'établit pas que les éléments déclaratifs corrigés par la caisse d'allocations familiales de l'Aisne seraient erronés.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 4 juillet 2023 en tant que par cette décision la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a calculé l'indu de prime d'activité de l'intéressé en déduisant des ressources qu'il a déclarées le montant afférent aux primes " panier " et transport " dont il a bénéficié au titre des salaires qu'il a perçus avant son arrêt de travail le 3 juin 2021.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la CAF de l'Aisne :
5. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".
6. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement d'une prestation indument versée, dès lors qu'il dispose du pouvoir de délivrer une contrainte qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Par suite, il n'appartient pas au juge administratif de condamner le débiteur au versement de la somme litigieuse.
7. Il suit de là que les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aisne tendant à ce que le tribunal administratif condamne M. B à lui rembourser la somme de 2 368,19 euros correspondant au solde de l'indu litigieux sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 juillet 2023 de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne est annulée en tant que par cette décision la commission a calculé l'indu de prime d'activité de M. B en déduisant des ressources qu'il a déclarées le montant afférent aux primes " panier " et transport " dont il a bénéficié au titre des salaires qu'il a perçus avant son arrêt de travail le 3 juin 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne tendant à la condamnation de M. B au remboursement de la somme de 2 368,19 euros sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la caisse d'allocations familiales de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Wavelet La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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