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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302682

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302682

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302682
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP LEBEGUE DERBISE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens, statuant en plein contentieux, a été saisi par Mme B d’une demande indemnitaire de 30 000 euros contre le groupe hospitalier public du sud de l’Oise pour un retard de prise en charge de son cancer du sein. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par l’hôpital, estimant que l’absence d’indication de la caisse de sécurité sociale par la requérante n’entraînait pas l’irrecevabilité de la requête. Constatant l’absence d’éléments médico-légaux suffisants pour se prononcer sur la responsabilité et les préjudices, le tribunal a ordonné une expertise médicale avant dire droit, sur le fondement des articles R. 621-1 et suivants du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 août et 27 août 2023 et le 5 février 2024, Mme A B, demande au tribunal la condamnation du groupe hospitalier public du sud de l'Oise à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation de ses préjudices.

Elle soutient que :

- la prise en charge du cancer du sein dont elle a été atteinte n'a pas été conforme ce qui a retardé la mise en œuvre du traitement adéquat ;

- elle a subi un préjudice moral et physique qui peut être évalué à la somme de 30 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le groupe hospitalier public du sud de l'Oise, représenté par la SCP Lebègue Derbise, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute d'indiquer l'organisme de sécurité sociale de la requérante ;

- aucune faute dans la prise en charge de Mme B n'est établie.

La requête, les mémoires et les pièces produits dans la présente instance ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Par ordonnance du 23 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2024.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- les conclusions de M. Menet, rapporteur public,

- et les observations de Me Denys, représentant le groupe hospitalier public du sud de l'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été prise en charge par le groupe hospitalier public du sud de l'Oise (GHPSO) au titre d'un cancer du sein à compter du 26 janvier 2022 avant de se réorienter vers un nouvel établissement en région parisienne. Estimant sa prise en charge au sein du GHPSO non conforme, elle a saisi cet établissement d'une demande indemnitaire qui a été rejetée par décision du 17 juillet 2023. Par la présente requête, elle demande la condamnation du GHPSO à indemniser ses préjudices physique et moral.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le GHPSO :

2. Aux termes du huitième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, relatif au recours subrogatoire des caisses de sécurité sociale contre le responsable d'un accident ayant entraîné un dommage corporel : " L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement () ".

3. Si ces dispositions imposent au juge d'appeler à la cause l'organisme de sécurité sociale d'affiliation de la victime, elles n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer une telle obligation aux requérants à peine d'irrecevabilité de leur requête. Au demeurant la procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée par le GHPSO doit être rejetée.

Sur la responsabilité :

4. Compte tenu de l'absence de tous travaux d'analyse médico-légale ou d'expertise au dossier, le tribunal est dans l'impossibilité de se prononcer notamment sur la conformité de la prise en charge de Mme B par le GHPSO et les préjudices éventuellement indemnisables. Il y a donc lieu, avant de statuer sur la demande d'indemnisation, d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, une expertise aux fins précisées ci-après.

D É C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme B procédé à une expertise médicale en présence de Mme B, du groupe hospitalier public du sud de l'Oise et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.

Article 2 : L'expert sera désigné par la présidente du tribunal. Il prendra connaissance des motifs du présent jugement et accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 3 : L'expert aura pour mission de :

1°) prendre connaissance de l'ensemble des dossiers médicaux, chirurgicaux et hospitaliers de Mme B, et de tous documents ; entendre toute personne appartenant au service public hospitalier ayant donné des soins à l'intéressée ; procéder, s'il le juge utile, à l'examen clinique de Mme B ;

2°) indiquer si la prise en charge de Mme B par le groupe hospitalier public du sud de l'Oise à compter du 26 janvier 2022 a été conforme aux pratiques médicales et chirurgicales admises et aux données de la science acquise à l'époque des faits ou révèle des manquements, erreurs ou négligences dans les actes médicaux effectués ou dans l'organisation du service public hospitalier ;

3°) se prononcer sur l'origine des conséquences dommageables subies en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge litigieuse ; dire, le cas échéant, si elles sont la conséquence d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ; déterminer si elles présentent un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge litigieuse et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ou causes ont pu contribuer aux dommages et indiquer la part imputable à chacune des causes ;

4°) déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chance pour l'intéressée d'éviter les dommages et chiffrer cet éventuel taux de perte de chance lié notamment aux manquements invoqués ;

5°) indiquer si l'état de santé de Mme B est consolidé et à quelle date ; dans le cas où cet état ne serait pas consolidé, indiquer si des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel peuvent être définies et, si dès à présent, un déficit fonctionnel permanent est prévisible et le quantifier ; indiquer quand un nouvel examen médical pourra fixer la consolidation ;

6°) déterminer dans les conditions fixées ci-dessous, les préjudices éventuels de Mme B imputables aux conditions de prise en charge au groupe hospitalier public du sud de l'Oise à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes :

I°) préjudices patrimoniaux :

a) préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers ;

b) préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, dépenses de santé futures éventuelles et frais divers ;

II°) préjudices extra-patrimoniaux :

a) préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique, en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;

b) préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, souffrances endurées et préjudice esthétique, en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice d'agrément ;

7°) de manière générale, fournir au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur le recours en responsabilité.

Article 4 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance, y compris la charge définitive des dépens.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au groupe hospitalier public du sud de l'Oise et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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