mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302998 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE PRESIDENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 31 août, 23 et 26 octobre 2023, M. A D doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a refusé de lui accorder une remise de sa dette d'aide personnalisée au logement d'un montant de 117,08 euros, de sa dette d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé d'un montant 428,10 euros, de sa dette d'allocations familiales d'un montant de 4 958,30 euros et de sa dette d'allocation de soutien familial d'un montant de 561,72 euros pour la période d'avril à juillet 2023 qui lui ont été notifiées par un courrier du 12 juillet 2023, ainsi que la remise totale de ses dettes ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a rejeté son recours administratif préalable à l'encontre de la décision du 12 juillet 2023 par laquelle cette caisse lui a notifié un indu d'un montant global de 6 065,20 euros correspondant, pour la période d'avril à juillet 2023, à des indus d'aide personnalisée au logement d'un montant de 117,08 euros, d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé d'un montant 428,10 euros, d'allocations familiales d'un montant de 4 958,30 euros et d'allocation de soutien familial d'un montant de 561,72 euros ;
3°) de procéder au rattachement de son fils B C sur son dossier ouvert à la caisse d'allocations familiales ;
Il soutient que :
- il supporte la charge affective et matérielle de ses trois enfants ;
- il est dans une situation de précarité financière ne lui permettant pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- seules les conclusions relatives à l'aide personnalisée au logement relèvent de la juridiction administrative, les conclusions relatives à allocation d'éducation de l'enfant handicapé, aux allocations familiales et à l'allocation de soutien familial devant être écartées des débats ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de l'organisation judiciaire,
- le code de la sécurité sociale,
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 12 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à M. A D, pour la période d'avril à juillet 2023, un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 117,08 euros, un indu d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé d'un montant 428,10 euros, un indu d'allocations familiales d'un montant de 4 958,30 euros et un indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 561,72 euros. M. D a contesté ces indus par un recours administratif préalable du 14 juillet 2023. Par une décision du 11 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a accordé à l'intéressé une remise totale de sa dette d'aide personnalisée au logement. M. D demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a refusé de lui accorder une remise de sa dette correspondant aux indus précités, d'autre part, la décision par laquelle la même caisse a rejeté son recours administratif préalable à l'encontre de la décision du 12 juillet 2023 lui ayant notifié les mêmes indus pour un montant total de 6 065,20 euros.
Sur les demandes relatives aux allocations familiales, à l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé et à l'allocation de soutien familial :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " () lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours ". L'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire, que " Le tribunal judiciaire territorialement compétent est celui dans le ressort duquel demeure le demandeur () ". Enfin, en vertu de l'article D. 211-10-3 du même code, le siège et le ressort des tribunaux judiciaires compétents pour connaître des litiges mentionnés à l'article L. 211-16 sont fixés conformément au tableau VIII-III annexé à ce code.
3. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 ; / () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du même code : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; / () ". Enfin, l'article L. 511-1 de ce code dispose que " Les prestations familiales comprennent : / () 2°) les allocations familiales ; / () / 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; / 6°) l'allocation de soutien familial ; / () ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les litiges relatifs aux allocations familiales, à l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé et à l'allocation de soutien familial relèvent de la compétence du tribunal judiciaire. Il s'ensuit que le tribunal administratif n'est manifestement pas compétent pour connaître de la contestation de M. D en tant qu'elle porte sur ces prestations familiales, laquelle doit ainsi être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et transmise au tribunal judiciaire compétent. M. D résidant à Senlis dans l'Oise, il y a lieu de transmettre le dossier de sa requête au pôle social du tribunal judiciaire de Beauvais.
Sur la remise de dette d'aide personnalisée au logement :
5. Il résulte de l'instruction que postérieurement à l'enregistrement de la requête, la remise totale de l'indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 117,08 euros réclamé à M. D lui a été accordée par une décision du directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 11 septembre 2023. Par suite, les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation de la décision de rejet de sa demande de remise dette sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.
Sur le bien-fondé de l'indu d'aide personnalisée au logement :
6. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° l'aide personnalisée au logement ; / () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ". Aux termes de l'article L. 823-2 du même code : " Pour effectuer le calcul découlant du 1° de l'article L. 823-1, l'enfant à charge est rattaché à la personne qui en assume la charge effective et permanente. / En cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en œuvre de manière effective, les parents désignent le bénéficiaire de l'aide. / Cependant, la charge de l'enfant pour le calcul des aides personnelles au logement est partagée entre les deux parents allocataires, soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation du bénéficiaire, selon des modalités définies par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 823-4 de ce code : " Sont considérés comme personnes à charge, sous réserve qu'ils vivent habituellement au foyer : / 1° Les enfants de moins de vingt et un ans et considérés comme à charge au sens des 1° et 2° de l'article L. 512-3 du code de la sécurité sociale et de l'article L. 823-2 du présent code ; / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 823-12 de ce code : " Les aides personnelles au logement cessent d'être dues à partir du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies ".
7. Il résulte de l'instruction, en particulier des deux jugements du 25 avril 2023 du juge des enfants du tribunal judiciaire de Senlis produits en défense, que la garde des trois enfants de M. D et de Mme C, dont le fils du requérant B D, a été confiée à leur mère à compter du mois d'avril 2023 jusqu'au mois de janvier 2024, soit au cours de la période d'indu litigieuse. Par ailleurs, si le requérant se borne à affirmer qu'il supporte la charge affective et matérielle des trois enfants, il n'apporte cependant aucune précision utile à ce titre et ne produit en tout état de cause aucune pièce justificative au soutien de ses allégations, alors même qu'il a renvoyé au tribunal le formulaire qui lui a été remis et qui l'invitait pourtant à produire à l'instance toutes précisions et pièces justificatives utiles. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à contester la régularisation de ses droits en matière d'aide personnalisée au logement à laquelle a procédé la caisse d'allocations familiales de l'Oise au regard de sa situation au cours de la période litigieuse.
8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a confirmé l'indu contesté.
Sur les conclusions relatives au rattachement du jeune B C au dossier de M. D ouvert à la caisse d'allocations familiales :
9. M. D demande au tribunal de procéder au rattachement de son fils B C sur son dossier ouvert à la caisse d'allocations familiales de l'Oise. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de procéder lui-même à un tel rattachement ni d'adresser des injonctions en ce sens à l'administration en dehors des cas prévus aux articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Les conclusions ainsi présentées par M. D sont dès lors irrecevables par leur objet et doivent être rejetées pour ce motif.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. D portant sur les allocations familiales, l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé et l'allocation de soutien familial sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Le dossier de la requête de M. D, en tant qu'il porte sur ces trois prestations familiales, est transmis au tribunal judiciaire de Beauvais.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise rejetant sa demande de remise totale de sa dette d'aide personnalisée au logement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la caisse d'allocations familiales de l'Oise.
Copie en sera adressée au président du tribunal judiciaire de Beauvais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Wavelet La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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