jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303033 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 septembre 2023, la SARL Passy Constructions demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et des pénalités correspondantes';
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rejet de sa comptabilité par le service doit être annulé dès lors qu'aucun procès-verbal n'a été dressé constatant les manquements de facturation en méconnaissance des articles L. 80F et suivants du livre des procédures fiscales et que les irrégularités retenues n'étaient pas suffisantes pour justifier le rejet de sa comptabilité';
- le service a indûment réintégré à son résultat des indemnités kilométriques au titre des exercices clos en litige et des amortissements au titre de l'exercice clos en 2016 ;
- les majorations de 80 % pour manœuvres frauduleuses doivent par voie de conséquence être annulées.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Passy Constructions qui exerce une activité de travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale l'a assujettie, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. Par la présente requête, la SARL Passy Constructions demande au tribunal de réduire ces impositions supplémentaires et les pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. En premier lieu, si la comptabilité de la société requérante a été rejetée, les rectifications contestées relativement à des charges réintégrées par le service à son résultat imposable ne résultent pas d'une reconstitution de son chiffre d'affaires, dès lors le moyen de la SARL Passy constructions tiré de ce que sa comptabilité a été indûment rejetée doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I de l'article 39 du code général des impôts précité, de déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. Il résulte de l'instruction que la société requérante a déduit de son résultat des indemnités kilométriques versées à son gérant pour l'utilisation de son véhicule personnel à hauteur de 10 666,60 euros au titre de l'exercice clos en 2015, 14 034,20 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et 14 440 euros au titre de l'exercice clos en 2017. Le service a réintégré ces sommes au résultat de la société en considérant que malgré ses demandes il n'avait pas été justifié que ces dépenses avaient été exposées dans l'intérêt direct de la société ni qu'elles correspondaient à une charge effective.
5. La société requérante qui se borne à soutenir que ces dépenses procèdent d'un acte normal de gestion, n'apporte pas la preuve qui lui incombe ni du principe de la déductibilité de ces charges ni de leur montant et n'est pas fondée à soutenir que le service ne pouvait les écarter.
6. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 2° () les amortissements réellement effectués par l'entreprise () ". En vertu de ces dispositions, seuls peuvent être regardés comme réellement effectués au titre d'un exercice les amortissements qui ont été effectivement portés dans les écritures comptables de l'entreprise avant l'expiration du délai de déclaration des résultats de cet exercice.
7. En l'espèce, la société requérante, au titre de l'exercice clos en 2016, a comptabilisé des amortissements à hauteur de la somme de 95 338,78 euros. Elle a déclaré son résultat le 13 octobre 2017, soit après la date légale du 2 mai 2017 pour ce faire. Alors que la preuve lui en incombe, la société requérante ne justifie pas avoir comptabilisé les amortissements en litige dans le délai légal.
Sur les pénalités :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis ".
9. Pour appliquer la pénalité de 80 % pour manœuvres frauduleuses aux rectifications concernant les frais kilométriques au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et concernant des factures émises et non comptabilisées par la société au titre des exercices clos en 2016 et 2017, le service a relevé que le gérant de la société requérante avait obtenu de celle-ci et d'une autre société qu'il gérait également le remboursement de mêmes frais kilométriques injustifiés pour l'usage d'un même véhicule d'une part et qu'il avait encaissé sur son compte personnel des chèques (deux en 2016 pour un montant de 3 424,80 euros et trois en 2017 pour un montant de 25 772,25 euros) en règlement de factures émises par la société mais non comptabilisées d'autre part. Le service a retenu que ces manœuvres n'avaient pu être mises à jour que par la vérification de comptabilité de l'autre société gérée par le gérant de la société requérante et par un examen contradictoire de situation fiscale personnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manœuvres frauduleuses commises par la SARL Passy Constructions pour se soustraire à l'impôt justifiant l'application de la majoration du c de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Passy Constructions doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 er : La requête de la SARL Passy Constructions est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Passy Constructions et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2303033
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