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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303043

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303043

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303043
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, ainsi qu'une pièce complémentaire enregistrée le 5 février 2024 non communiquée, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 août 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Somme ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette correspondant à un indu de " prestations familiales " d'un montant initial de 9 295,62 euros pour la période de juillet 2021 à juin 2023 et a laissé à sa charge la somme de 2 323,90 euros, ainsi que la remise du solde de la dette ainsi laissée à sa charge ;

2°) d'annuler la décision du 16 août 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Somme ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette correspondant à un indu de prime d'activité d'un montant initial de 3 015,09 euros pour la période de juillet 2022 à juin 2023 et a laissé à sa charge la somme de 1 507,54 euros, ainsi que la remise du solde de la dette ainsi laissée à sa charge.

Il soutient que :

- il est de bonne foi ;

- il est dans une situation de précarité financière ne lui permettant pas de rembourser sa dette.

Par des pièces et deux mémoires enregistrés les 21 et 22 septembre ainsi que les 24 novembre 2023 et 24 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par lettres des 25 septembre 2023 et 18 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions relatives à la dette de prestations familiales qui relèvent du juge judiciaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales de la Somme a notifié à M. B un indu de prime d'activité, d'allocation adulte handicapé et d'aide personnelle au logement d'un montant total de 12 310,71 euros pour la période globale de juillet 2021 à juin 2023. L'intéressé a présenté une demande de remise gracieuse de ses dettes et, par deux décisions du 16 août 2023, la caisse d'allocations familiales de la Somme a fait droit partiellement à cette demande à hauteur de 50 %, en matière respectivement de prestations familiales et de prime d'activité. M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions en tant qu'elles ne lui ont pas accordé une remise totale de ses dettes, ainsi que la remise des dettes ainsi laissées à sa charge, à hauteur de 2 323,90 euros s'agissant des prestations familiales et à hauteur de 1 507,54 euros s'agissant de la prime d'activité.

Sur les prestations familiales :

2. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1°) A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () / ". L'article L. 511-1 de ce code dispose également : " Les prestations familiales comprennent : () 2°) les allocations familiales ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 142-8 de ce même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1°) Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs aux allocations familiales relèvent de la compétence du tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions de M. B dirigées contre la décision du 16 août 2023 ne lui accordant qu'une remise partielle de sa dette de prestations familiales doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la remise du solde de la dette de prime d'activité :

4. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 de ce code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-3 de ce code : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

6. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

7. Pour solliciter la remise totale de sa dette, M. B, dont la bonne foi n'est pas sérieusement contestée par la caisse d'allocations familiales qui lui a accordé une remise partielle de 50 % et qu'il n'y a pas lieu de remettre en cause, soutient qu'il est dans une situation financière précaire et que l'indu de prime d'activité laissé à sa charge, pour un montant de 1 507,54 euros, dépasse ses capacités contributives. Au soutien de ses prétentions, si M. B n'indique pas et ne produit aucune pièce pour établir ce que sont ses ressources mensuelles, il résulte toutefois de l'instruction que le quotient familial de l'intéressé, d'un montant de 1 264,90 euros à la date de la décision attaquée, s'établit ensuite à 768 euros en novembre 2023 selon les indications de la caisse d'allocations familiales, soit une diminution de près de 500 euros en trois mois. Par ailleurs, M. B produit des pièces justificatives desquelles il ressort que les charges fixes mensuelles sont établies à hauteur de 912,59 euros, dont 566,58 euros de charge de loyer, outre deux arriérés de loyer et de factures d'eau en août 2023 à hauteur respectivement de 1 251,85 euros et 916,38 euros. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard en particulier à la forte diminution du quotient familial de l'intéressé en trois mois entre août et novembre 2023, M. B doit être regardé comme se trouvant dans une situation de précarité justifiant que lui soit accordée une réduction supplémentaire de sa dette de prime d'activité, à hauteur de 50 % du solde de 1 507,54 euros laissé à sa charge par la décision attaquée. Par suite, il y a lieu d'accorder à M. B une réduction supplémentaire de sa dette à hauteur de 753,77 euros, le requérant restant ainsi redevable de la somme de 753,77 euros.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à obtenir une réduction supplémentaire de sa dette de prime d'activité à hauteur de 753,77 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 16 août 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Somme ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette correspondant à un indu de " prestations familiales " sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Il est accordé à M. B une remise partielle complémentaire de 753,77 euros (sept cent cinquante-trois euros et soixante-dix-sept centimes) de sa dette de prime d'activité pour la période de juillet 2022 à juin 2023.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la caisse d'allocations familiales la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Wavelet La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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