lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303208 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, Mme A B demande au tribunal, statuant en application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'ordonner son hébergement par l'Etat.
Elle soutient qu'elle a été reconnue par la commission de médiation du département de l'Oise comme prioritaire et comme devant être logée d'urgence et qu'elle n'a reçu aucune proposition d'hébergement tenant compte de ses besoins et capacités dans le délai de six semaines imparti.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la préfète de l'Oise demande au tribunal de ne pas assortir l'injonction d'une astreinte.
Elle soutient que :
- Mme B n'a pas contacté les services du 115 depuis le mois d'avril 2022 ;
- elle est hébergée chez sa mère et ne se trouve donc pas en situation de détresse au sens de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;
- l'absence de proposition de logement à Mme B résulte de la nécessité de protéger prioritairement des familles en plus grande détresse et se trouvant privées d'hébergement depuis plus longtemps ;
- la situation personnelle de la requérante n'est pas constitutive d'une situation qui justifierait qu'il lui soit enjoint de procéder à sa prise en charge par le dispositif d'urgence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Par une ordonnance du 26 septembre 2023, prise en application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 octobre 2023 et les parties en ont été régulièrement informées.
Considérant ce qui suit :
1. Les dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation font peser sur l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable, une obligation de résultat. Lorsqu'il constate qu'une demande d'hébergement a été reconnue par une commission de médiation comme prioritaire et devant être satisfaite d'urgence, sans qu'ait été proposée au demandeur une place dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, le juge ordonne au préfet d'assurer l'accueil de l'intéressé dans une de ces structures, sauf si l'administration apporte la preuve que l'urgence a complétement disparu.
Il résulte de l'instruction que la demande d'hébergement de Mme B a été reconnue prioritaire et devant être satisfaite d'urgence par une décision rendue par la commission de médiation de l'Oise lors de sa séance du 9 mai 2023. La commission de médiation a ainsi reconnu à l'intéressée une priorité d'accueil dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Il n'est pas contesté que, à la date de la présente ordonnance, aucun de ces hébergements n'a été proposé à Mme B. En se bornant à faire valoir que Mme B n'a pas contacté les services du 115 depuis le mois d'avril 2022 et qu'elle est hébergée chez sa mère, la préfète de l'Oise ne fait d'aucune circonstance qui priverait d'urgence l'hébergement de la requérante.Par suite, il y a lieu d'ordonner à la préfète de l'Oise, en application des dispositions combinées de l'article L. 300-1 et du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'assurer l'hébergement de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Indépendamment des motifs pour lesquels une offre d'hébergement n'a pas encore pu être faite à Mme B, il y a également lieu d'assortir d'office cette injonction d'une astreinte, destinée au fonds prévu à l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation, d'un montant de 10 euros par jour de retard à compter de cette même date. Tant que cette injonction n'est pas exécutée, il incombe à la préfète de l'Oise de verser spontanément l'astreinte au fonds dès qu'elle est due pour une période de six mois, deux fois par an, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
2. Il appartient à la préfète de l'Oise de justifier auprès du tribunal de l'exécution totale de l'injonction prononcée ci-dessus ou d'une cause d'inexécution. Il appartient également à la requérante de faire connaître toute évolution de sa situation.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Oise d'assurer l'hébergement de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 10 euros par jour de retard. Le versement de l'astreinte due au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement sera effectué deux fois par an jusqu'au jugement de liquidation définitive.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.
Fait à Amiens, le 10 juin 2024.
La présidente,
Signé
F. Demurger
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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