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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303331

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303331

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303331
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2023 sous le n° 2303331, M. A B représenté par Me Grébille-Romand demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 27 juin 2023 ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points ayant conduit à cette situation à la suite des infractions commises les 21 octobre 2019, 28 février 2020, 13 juin et 17 septembre 2021 et 8 février 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer le capital de points affecté à son titre de conduite, ainsi que ledit titre dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- sa demande est recevable ;

- il n'a pas été destinataire de l'ensemble des décisions le concernant ;

- la réalité de l'infraction commise le 8 février 2022 n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au caractère irrecevable des conclusions relatives aux infractions ayant donné lieu à restitution des points retirés avant l'introduction de la requête, au non-lieu à statuer s'agissant de celles afférentes aux infractions qui n'y sont plus mentionnées ainsi que celles relatives à la décision portant invalidation du permis de conduire et rejet du recours gracieux et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le ministre de l'intérieur soutient que l'information requise lors de la constatation des infractions donnant lieu à un retrait de points a bien été assurée et que la réalité des infractions imputées est établie. Il indique que le défaut de notification des décisions successives de retrait de points demeure sans influence sur la légalité de la décision portant invalidation du permis de conduire.

II) Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023 sous le n° 2304143, M. A B représenté par Me Grébille-Romand demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points ayant conduit à cette situation à la suite des infractions commises les 21 octobre 2019, 27 janvier, 13 juin et 9 octobre 2021 ; 8 février et 1er août 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer le capital de points affecté à son titre de conduite, ainsi que ledit titre dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- sa demande est recevable ;

- il n'a pas été destinataire de l'ensemble des décisions le concernant ;

- la réalité de l'infraction commise le 8 février 2022 n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au caractère irrecevable des conclusions relatives aux infractions ayant donné lieu à restitution des points retirés avant l'introduction de la requête, au non-lieu à statuer s'agissant de celles afférentes aux infractions qui n'y sont plus mentionnées ainsi que celles relatives à la décision portant invalidation du permis de conduire et rejet du recours gracieux et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le ministre de l'intérieur soutient que l'information requise lors de la constatation des infractions donnant lieu à un retrait de points a bien été assurée et que la réalité des infractions imputées est établie. Il indique que le défaut de notification des décisions successives de retrait de points demeure sans influence sur la légalité de la décision portant invalidation du permis de conduire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique.

Sur la jonction :

1. Les requêtes, susvisées n°s 2303331 et 2304143, présentent à juger des questions communes et ont fait l'objet d'une même instruction. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'étendue du litige :

2. Par un mémoire enregistré le 12 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer affirme que les mentions du relevé d'information intégral relatives à la décision 48 SI du 12 janvier 2024 ainsi que celles portant retrait de points à la suite des infractions commises les 28 février 2020, 17 septembre et 9 octobre 2021, 8 février et 1er août 2022 ont été supprimées et que le capital avait été reconstitué à neuf points et que sont sans objet celles afférentes aux infractions commises les 27 janvier et 13 juin 2021 ayant donné lieu à restitution des points retirés avant même l'introduction de la requête. Cette affirmation est corroborée par l'examen du relevé d'information intégral de l'intéressé établi par l'administration à la date du 12 janvier 2024. Ainsi, les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation de la décision 48 SI du 6 décembre 2022 et 3 juin 2023 ainsi que la décision portant rejet implicite de son recours gracieux et celles portant retrait de points à la suite des infractions commises les 28 février 2020, 17 septembre et 9 octobre 2021, 8 février et 1er août 2022 ont perdu leur intérêt. Il n'y a pas lieu, par suite, d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le défaut de notification des décisions de retrait de points :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. A supposer que M. B puisse être regardé comme soutenant que l'ensemble des décisions de retrait de points suite aux infractions commises et mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions de retrait de points à la suite des infractions commises est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information sans qu'il ne puisse être toutefois tiré argument que les décisions contestées ne satisferaient pas à l'exigence de motivation dans une situation où le ministre est en situation de compétence liée.

S'agissant de l'infraction commise le 21 octobre 2019 (AFM PVE) :

6. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'information légale, dès lors que seule l'indication du nombre de points dont l'infraction entrainait le retrait figurait sur la page écran présentée au contrevenant et non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Néanmoins, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

8. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B que l'infraction commise le 21 octobre 2019 a fait l'objet d'un procès-verbal électronique mentionnant le retrait de points encouru et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre produit d'ailleurs le procès-verbal correspondant lequel est signé par l'agent verbalisateur et M. B lui-même. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre, que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction susvisée commise par M. B ainsi, par voie de conséquence, de celles à fin d'injonction et, dans les circonstances de l'espèce, celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions en date du 6 décembre 2022 et 3 juin 2023 portant invalidation du permis de conduire de M. B, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, ainsi que celles portant retrait de points à la suite des infractions commises les 28 février 2020, 17 septembre et 9 octobre 2021, 8 février et 1er août 2022. Ainsi que celles à fins d'injonction y afférentes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. TruyLa greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2303331-2304143

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