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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304171

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304171

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304171
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS RENAISSANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, M. D A, représenté par Me Descampps, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 novembre 2023 du préfet du Val-d'Oise portant suspension de son permis de conduire pour une durée de cinq mois ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son action est recevable et relève de la compétence du tribunal administratif d'Amiens ;

- la décision contestée est entachée d'illégalités externes en ce qu'elle ne satisfait pas à l'exigence de motivation, a été prise sans le respect du contradictoire et a été signée par une autorité non habilitée ;

- cette même décision est entachée d'illégalité interne du fait de l'inexactitude des faits mentionnés et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a besoin de son permis de conduire pour l'exercice de son activité, que la matérialité des faits n'est pas établie et qu'il n'est pas fait mention du type de matériel utilisé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 janvier et 5 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé s'agissant d'un permis depuis restitué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- le code de procédure pénale.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Truy.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué du 14 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a prononcé, sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, la suspension du permis de conduire de M. A pour une durée de cinq mois au motif que ce dernier a fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction au code de la route.

2. Par un arrêté du 20 octobre 2023, enregistré sous le n° 23-062 et publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 130, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation de signature à Mme C B, adjointe au chef du bureau de la sécurité intérieure, à l'effet de signer notamment " les mesures individuelles de suspension du permis de conduire ". Ainsi le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En l'espèce, l'arrêté préfectoral attaqué vise, notamment, les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, indique que M. A a fait l'objet, le 11 novembre 2023 à 17h00, d'un procès-verbal pour avoir commis, sur le territoire de la commune de Epinay-Champlâtreux une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, précise la nature de cette infraction et mentionne que l'intéressé représente un " danger grave et immédiat () pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même ".

4. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " (), le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois (). / Lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté, les dispositions du présent article sont applicables au conducteur () ". Le délai de soixante-douze heures imparti par le législateur au préfet pour prononcer la suspension du permis du conduire crée une situation d'urgence de nature à dispenser l'administration de l'application des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. D'autre part, les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration sont définies à l'article L. 122-1 du même code. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur, circulant à une vitesse excessive, retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Eu égard au caractère particulièrement dangereux de la conduite de M. A pour lui-même et pour les tiers, ainsi qu'au délai de 72 heures auquel le préfet du Val-d'Oise était soumis pour statuer, l'existence d'une situation d'urgence est caractérisée. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise, en fondant la décision contestée sur l'article L. 224-2 du code de la route, et non sur l'article L. 224-7 de ce même code, n'a entaché la décision contestée ni d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une quelconque méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. S'il revient à la juridiction administrative d'apprécier la légalité d'un arrêté préfectoral de suspension d'un permis de conduire pris à la suite d'une infraction au code de la route, il n'appartient qu'aux seules juridictions de l'ordre judiciaire de se prononcer sur la régularité de la constatation de ladite infraction. M. A qui n'allègue pas avoir saisi la juridiction compétente et a, au demeurant, signé sans formuler d'observations, le procès-verbal établi, ne peut utilement soutenir et que les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ne lui sont pas applicables. Par suite, la contestation de la matérialité des faits qui lui sont reprochés et donc la régularité du procès-verbal établi à son encontre ne constitue pas un moyen susceptible d'être utilement invoqué devant le juge administratif à l'encontre de la décision de suspension de son permis de conduire prise par la sous-préfète de Calais.

7. Si M. A devait être regardé comme émettant des doutes sur l'homologation du cinémomètre ainsi que sa vérification annuelle, l'avis de rétention du permis rédigé par un agent de police judiciaire, qui selon l'article 537 du code de procédure pénale fait " foi jusqu'à preuve contraire ", indique que l'excès de vitesse a été constaté " par un appareil homologué ", il mentionne par ailleurs la vitesse autorisée, celle constatée ainsi que celle retenue. Par suite le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la sous-préfète en se basant sur la vitesse relevée doit être écarté.

8. D'autre part, le requérant fait valoir que la décision contestée a des conséquences extrêmement graves sur sa vie professionnelle, sa liberté d'aller et venir, sa liberté d'entreprendre et du commerce et de l'industrie. Cependant, alors même que l'arrête contesté est susceptible d'avoir des incidences sur les conditions de déplacement de l'intéressé ainsi que les conditions d'exercice de son activité professionnelle, cette décision ne porte pas, par elle-même et directement, une atteinte à la liberté d'aller et de venir, la liberté d'entreprendre ou la liberté du commerce et de l'industrie. Au surplus, l'intéressé n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de se déplacer et d'exercer son métier.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui ne saurait utilement soutenir qu'il a besoin de son permis de conduire pour l'exercice de son activité et les nécessités de la vie quotidienne, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 novembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a suspendu son permis de conduire pour une durée de cinq mois. Les conclusions en ce sens de la requête, de même, par voie de conséquence, que celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

signé signé

G. Truy M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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