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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304344

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304344

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304344
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Saisi par la société Beratto et Co d’une opposition à une contrainte émise par la CAF de l’Aisne pour le recouvrement d’un indu d’allocation de logement familiale, le Tribunal administratif d’Amiens rejette la requête comme manifestement irrecevable. Il rappelle que, si l’opposition à contrainte n’est pas subordonnée à un recours administratif préalable, le débiteur ne peut contester le bien-fondé de l’indu que s’il a préalablement saisi la commission de recours amiable de la CAF, conformément aux articles L. 825-2 et R. 825-1 du code de la construction et de l’habitation. En l’espèce, la société n’ayant pas exercé ce recours préalable obligatoire, ses moyens relatifs au bien-fondé de la dette sont irrecevables. L’ordonnance est prise sur le fondement du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2023, la société Beratto et Co forme opposition à la contrainte émise le 29 novembre 2023 par la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne pour le recouvrement d'une somme de 351 euros et d'une somme de 186 euros correspondant à des indus d'allocation de logement familiale.

Elle soutient que :

- elle avait, jusqu'en mars 2023, un mandat de gestion pour un bailleur et un locataire pour lesquels elle percevait les APL afin de les retransmettre au bailleur ;

- elle a déclaré à la caisse qu'elle n'avait plus la gestion de ce bailleur à compter de mars 2023 ;

- elle envoyait chaque mois les APL perçues au bailleur car ces sommes ne lui étaient pas destinées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () peuvent, par ordonnance : / () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ".

2. Aux termes de l'article R. 772-6 du code de justice administrative : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / () ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. " Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable. " Aux termes de l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale : " () Cette commission doit être saisie dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision contre laquelle les intéressés entendent former une réclamation. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement () ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. / () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification () ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 3 que les recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu d'allocation de logement familiale n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision citées au point 4 ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé des indus que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 3.

6. A l'appui de sa requête, la société Beratto et Co ne soulève que des moyens qui ont trait au bien-fondé de l'indu d'allocation de logement familiale, notamment tirés du fait qu'elle avait, jusqu'en mars 2023, un mandat de gestion pour un bailleur et un locataire pour lesquels elle percevait les allocations personnalisés au logement, et qu'elle reversait ces prestations audit bailleur. La décision par laquelle l'indu a été notifié à la société Beratto et Co comportait la mention du délai de recours préalable de deux mois auprès de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne. Or, il résulte de l'instruction que la société Beratto et Co n'a pas formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions citées au point 3 ci-dessus. Par suite, en l'absence d'un tel recours, la société Beratto et Co ne peut utilement, à l'occasion de l'opposition à la contrainte du 29 novembre 2023, contester le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement familiale en litige. Il résulte de ce qui précède que sa requête, qui ne comporte que des moyens inopérants, doit être rejetée par application du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Beratto et Co est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Beratto et Co et à la caisse d'allocations familiales de l'Aisne.

Fait à Amiens, le 30 septembre 2024.

La présidente,

Signé

F. Demurger

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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