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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400117

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400117

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400117
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a annulé la décision implicite de la caisse d'allocations familiales de l'Oise rejetant le recours de Mme A contre un indu de prime d'activité de 837,78 euros. La requérante contestait le bien-fondé de l'indu et sollicitait une remise totale de sa dette, la caisse n'ayant accordé qu'une remise partielle. Le tribunal a jugé que la caisse n'avait pas démontré que les déclarations trimestrielles de Mme A étaient inexactes, et qu'elle avait elle-même reconnu sa responsabilité dans l'établissement de l'indu. En application des articles L. 842-1 et L. 842-3 du code de la sécurité sociale, l'indu a été considéré comme non fondé, entraînant l'annulation de la décision contestée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et des mémoires enregistrés les 2 et 5 janvier, 13 mai et 4 juillet 2024, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 décembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette correspondant à un indu de prime d'activité d'un montant de 837,78 euros pour la période de février à octobre 2023 qui lui a été notifié par courrier du 2 novembre 2023, et a laissé à sa charge la somme de 418,89 euros ;

2°) d'annuler la décision implicite du 11 décembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 2 novembre 2023 par laquelle la caisse lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 837,78 euros pour la période de février à octobre 2023.

Elle soutient que :

- elle a toujours procédé à des déclarations trimestrielles sincères, notamment sa situation familiale, sans commettre d'erreurs ;

- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la dette notifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 novembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à Mme B A un indu de prime d'activité d'un montant de 837,78 euros pour la période de février à octobre 2023. Par un formulaire daté du 7 novembre 2023 et un second non daté, Mme A doit être regardée comme ayant non seulement sollicité la remise gracieuse de sa dette mais également formé un recours administratif préalable contestant le bien-fondé de l'indu notifié. Par une décision du 11 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a fait droit partiellement à sa demande de remise gracieuse. En l'absence de réponse explicite au recours préalable de l'intéressée, la caisse d'allocations familiales de l'Oise doit être regardée comme ayant à la même date implicitement rejeté celui-ci et confirmé l'indu notifié le 2 novembre 2023. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 11 décembre 2023 refusant de lui accorder une remise totale de dette ainsi que la décision implicite du même jour rejetant son recours préalable à l'encontre de l'indu notifié le 2 novembre 2023.

Sur le bien-fondé de l'indu de prime d'activité :

2. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / Les bonifications mentionnées au 1° sont établies pour chaque travailleur, membre du foyer, compte tenu de ses revenus professionnels. / Le montant forfaitaire, la fraction des revenus professionnels des membres du foyer, les modalités de calcul et le montant maximal des bonifications sont fixés par décret. / Le montant forfaitaire et le montant maximal de la bonification principale sont revalorisés le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25. / Un décret détermine le montant minimal de la prime d'activité en dessous duquel celle-ci n'est pas versée ".

3. En l'espèce la requérante soutient sans être contestée, en produisant le recours préalable indiquant précisément l'historique de sa situation personnelle déclarée pendant la période litigieuse, qu'elle a toujours procédé à des déclarations trimestrielles sincères, notamment quant à sa situation familiale, sans commettre d'erreur. Pour justifier de laisser à la charge de l'intéressée la somme de 418,89 euros, la caisse d'allocations familiales de l'Oise, qui évoque elle-même sa responsabilité dans l'établissement de l'indu, se borne à évoquer les dispositions des articles 1235 et 1376 du code civil sans indiquer cependant dans quelle mesure les déclarations de Mme A auraient été inexactes pour la période de l'indu en litige, et alors par ailleurs qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'indu litigieux serait fondé sur des déclarations erronées de la requérante. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales de l'Oise lui a notifié l'indu litigieux.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 11 décembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 2 novembre 2023 par laquelle elle lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 837,78 euros pour la période de février à octobre 2023.

Sur la remise de dette de prime d'activité :

5. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 de ce code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-3 de ce code : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

7. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

8. Au soutien de ses conclusions tendant à l'octroi d'une remise du solde de sa dette de prime d'activité, la requérante se borne à soutenir qu'elle se trouve dans une situation financière précaire ne lui permettant pas de rembourser sa dette mais n'établit cependant pas ses allégations par la production de pièces en ce sens. En outre, la caisse d'allocations familiales de l'Oise indique sans être contestée que le quotient familial de l'intéressé s'élève à 957 euros au 3 juillet 2024. Par suite, et quelle que soit sa bonne foi quant à l'origine de l'indu, la requérante n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'elle ne serait pas en mesure de rembourser sa dette de prime d'activité d'un montant initial de 837,78 euros pour la période de février à octobre 2023 et ramenée ensuite à 418,89 euros.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a refusé de lui accorder une remise totale de sa dette de prime d'activité, ni à ce que cette remise du solde de sa dette lui soit accordée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Wavelet La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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