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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402774

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402774

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402774
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a été saisi par la maire de Rubempré pour faire déclarer démissionnaire d’office une conseillère municipale, Mme D, en raison de son refus d’exercer les fonctions d’assesseur de bureau de vote lors des scrutins des 9 et 30 juin 2024. La juridiction a rappelé que cette fonction, confiée par le maire à un conseiller municipal, constitue une obligation légale au sens de l’article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Constatant que Mme D avait expressément refusé ces missions sans fournir d’excuse valable, ni justifier ses absences par des pièces probantes, le tribunal a fait droit à la demande de la maire. La solution retenue est donc la déclaration de démission d’office de Mme D de son mandat de conseillère municipale, sur le fondement des articles L. 2121-5 du CGCT et R. 44 du code électoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 8 et le 30 juillet 2024, la maire de la commune de Rubempré demande au tribunal de déclarer Mme A D démissionnaire d'office de ses fonctions de conseillère municipale de la commune.

Elle soutient que :

- l'intéressée a expressément refusé d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote de la commune lors des scrutins des 9 et 30 juin 2024, sans par ailleurs se prévaloir d'une excuse valable ;

- elle a également été absente à l'un des deux tours aux élections intervenues depuis 2020, et elle est régulièrement absente au conseil municipal :

- la demande ne relève pas d'une manœuvre dès lors que l'intéressée a été mise à même de se faire remplacer et de justifier son absence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, Mme D doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- son absence lors du scrutin du 9 juin 2024 résulte d'un événement personnel prévu depuis plusieurs semaines, de même que son absence lors du scrutin du 30 juin 2024 résulte de vacances organisées de longue date, alors que ces événements ont nécessité des réservations préalables et que la dissolution de l'Assemblée Nationale est intervenue de manière inopinée ;

- la demande de démission d'office de ses fonctions présentée par la maire de la commune est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- il ne lui appartenait pas de rechercher un remplaçant pour assurer les fonctions d'assesseur, dès lors que cette tâche relève des missions du président du bureau de vote ;

- la composition du bureau de vote ainsi que la répartition des plages horaires n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, présidente-rapporteure,

- et les conclusions de Mme Pierre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La maire de la commune de Rubempré demande au tribunal de déclarer démissionnaire d'office Mme D de ses fonctions de conseillère municipale de la commune à raison notamment de son refus d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote de la commune lors des scrutins des 9 et 30 juin 2024.

2. Aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation () ". Selon l'article R. 2121-5 du même code : " Dans les cas prévus à l'article L. 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif () ". Selon l'article R. 44 du code électoral : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. / Le jour du scrutin, si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l'ordre de priorité suivant : l'électeur le plus âgé, puis l'électeur le plus jeune ".

3. Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Par suite, leur refus de les exercer sans excuse valable les expose à ce que le tribunal les déclare démissionnaires de leur mandat sur le fondement de ces dispositions.

4. Il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, qu'après avoir été convoquée à cette fin, Mme D a expressément refusé, par un message électronique du 7 juin 2024 adressé à la maire de la commune de Rubempré ainsi qu'aux conseillers municipaux de cette dernière, d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote lors des élections européennes le 9 juin 2024. L'intéressée a ensuite refusé, par un message électronique du 15 juin 2024, d'exercer ces mêmes fonctions lors du second tour de scrutin des élections législatives du 30 juin 2024. Si Mme D se prévaut notamment de ce que plusieurs événements personnels étaient prévus de longue date durant sa période de congés, lesquels ont nécessité des réservations de billets, elle ne produit aucune pièce de nature à justifier cette circonstance ou l'existence de toute autre excuse valable justifiant de son indisponibilité lors des dates de scrutins précitées. En outre, si la requérante fait valoir que la composition du bureau de vote et la répartition des créneaux ont été établies sans concertation et que la maire de la commune chercherait en réalité à provoquer de nouvelles élections, l'existence de manœuvres consistant en des décisions ou comportements de la maire destinés à provoquer un refus de l'intéressée d'exercer ses fonctions susceptible de la faire regarder comme s'étant d'elle-même placée dans la situation où elle peut être déclarée démissionnaire d'office n'est pas établie, pas plus que le détournement de pouvoir allégué.

5. Enfin, si la requérante soutient qu'il ne lui appartenait pas de rechercher elle-même un remplaçant pour pourvoir les créneaux restés non pourvus du fait de ses absences, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation à porter sur les refus de Mme D d'exercer elle-même ses fonctions d'assesseur d'un bureau de vote les 9 et 30 juin 2024.

6. Dans ces conditions, et dès lors que Mme D ne justifie d'aucune excuse valable susceptible de justifier ses refus d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote les 9 et 30 juin 2024, la maire de la commune de Rubempré est fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs soulevés, à demander à ce que Mme D soit déclarée démissionnaire d'office de son mandat de conseillère municipale de la commune.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est déclarée démissionnaire d'office de son mandat de conseillère municipale de la commune de Rubempré.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme A D.

Copie en sera transmis pour information au maire de la commune de Rubempré et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 5 août 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente-rapporteure,

- M. B, magistrat honoraire,

- M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

L'assesseur le plus ancien,

signé

E. FumagalliLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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