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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402975

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402975

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402975
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a examiné la demande de la maire de Rubempré visant à déclarer M. D démissionnaire d'office de son mandat de conseiller municipal pour refus d'être assesseur lors des scrutins des 30 juin et 7 juillet 2024. Sur le fondement des articles L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales et R. 44 du code électoral, le tribunal a jugé que la fonction d'assesseur est une fonction dévolue aux conseillers municipaux. Pour le scrutin du 30 juin, le refus n'a pas été caractérisé car M. D avait proposé des créneaux de disponibilité, et la requête était tardive. Pour le scrutin du 7 juillet, le tribunal a estimé que l'absence de M. D, justifiée par des congés annuels à l'étranger prévus de longue date, constituait une excuse valable. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 juillet et 5 août 2024 à 13h59 ce dernier non communiqué, la maire de la commune de Rubempré demande au tribunal de déclarer M. C D démissionnaire d'office de ses fonctions de conseiller municipal.

Elle soutient que l'intéressé a expressément refusé d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote de la commune lors des scrutins des 30 juin et 7 juillet 2024, sans par ailleurs se prévaloir d'une excuse valable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, M. C D conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il ne peut lui être reproché son absence lors du scrutin du 30 juin 2024 en raison de sa seule indisponibilité sur le créneau horaire de 13h00 à 15h30 ;

- il était dans l'incapacité de tenir le bureau de vote lors du scrutin du 7 juillet 2024, dès lors qu'il se trouvait en congés annuels, lesquels étaient prévus de longue date, et voyageait à l'étranger du 2 au 17 juillet 2024 ;

- la demande de démission d'office est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par une ordonnance du 5 août 2024, l'instruction a été rouverte et la clôture de l'instruction a été fixée le même jour à l'heure de l'audience le 5 août 2024 à 14h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Pierre, rapporteure publique,

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. La maire de la commune de Rubempré demande au tribunal de déclarer démissionnaire d'office M. D, adjoint au maire, de ses fonctions de conseiller municipal de la commune à raison de son refus d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote de la commune lors des scrutins des 30 juin et 7 juillet 2024.

2. Aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation () ". Selon l'article R. 2121-5 du même code : " Dans les cas prévus à l'article L. 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif () ". Selon l'article R. 44 du code électoral : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. / Le jour du scrutin, si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l'ordre de priorité suivant : l'électeur le plus âgé, puis l'électeur le plus jeune ".

3. Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Par suite, leur refus de les exercer sans excuse valable les expose à ce que le tribunal les déclare démissionnaires de leur mandat sur le fondement de ces dispositions.

4. Il résulte de l'instruction que, d'une part, si la maire de la commune de Rubempré soutient que M. D a expressément refusé d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote de la commune lors du scrutin du 30 juin 2024, l'intéressé avait informé la maire de son indisponibilité lors du créneau horaire de 13h00 à 15h30 mais avait accepté d'assurer l'ouverture comme la fermeture du bureau de vote ainsi que le créneau horaire de 8h00 à 10h30, de telle sorte qu'il ne peut être regardé comme ayant expressément refusé d'exercer les missions précitées. Par suite, le grief tiré de ce que M. D a expressément refusé d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote de la commune lors du scrutin du 30 juin 2024, au demeurant tardif dès que celui-ci a été présenté plus d'un mois après le refus exprès du 15 juin 2024, soit au-delà du délai de recours contentieux prévu par les dispositions de l'article R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales précité, doit être écarté.

5. D'autre part, si M. D a expressément refusé, par un message électronique du 2 juillet 2024 adressé à la maire de la commune de Rubempré ainsi qu'aux conseillers municipaux de cette dernière, d'assurer les fonctions d'assesseur du bureau de vote lors du second tour des élections législatives le 7 juillet 2024, il justifie de son absence par la production de billets d'avion pour un vol vers l'Asie le 2 juillet 2024 et un vol de retour le 17 juillet 2024, ainsi que de son passeport comportant les mentions de ces vols. Si la maire de la commune de Rubempré soutient qu'il n'est pas établi que ces billets ont été réservés avant l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale intervenue le 9 juin 2024, elle ne conteste pas qu'il s'agissait de la période de congés annuels de M. D, et n'apporte aucun élément sérieux de nature à démontrer que M. D, qui s'est rendu disponible le 30 juin 2024 afin d'assurer l'ouverture et la fermeture du bureau de vote ainsi qu'un créneau de 8h à 10h30, aurait acheté ses billets d'avion pour un voyage de 15 jours en Chine après l'annonce des dates de scrutins législatifs, soit moins de trois semaines avant son départ du 2 juillet 2024.

6. Pour regrettable que soit la circonstance que ces pièces aient été produites tardivement au tribunal, et que l'intéressé n'ait pas transmis ces justificatifs de voyage à la maire de la commune avant la tenue du scrutin, M. D justifie toutefois d'une excuse valable pour son absence du 7 juillet 2024. Dans ces conditions, la maire de la commune de Rubempré n'est pas fondée à demander que la démission d'office de M. D soit prononcée sur le fondement des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la maire de la commune de Rubempré doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la maire de la commune de Rubempré est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. C D.

Copie en sera adressée pour information à la maire de la commune de Rubempré et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 5 août 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente-rapporteure,

- M. A, magistrat honoraire,

- M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

L'assesseur le plus ancien,

signé

E. FumagalliLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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