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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501519

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501519

vendredi 3 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens (2ème chambre) a rejeté la requête de M. B... contre un arrêté préfectoral du 26 mars 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, estimant que le droit d'être entendu n'avait pas été méconnu, la motivation était suffisante, l'examen de la situation personnelle était circonstancié et la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme). La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :






RÉPUBLIQUE FRANÇAISE



AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS



Le tribunal administratif d'Amiens,

(2ème chambre)


Par une requête enregistrée le 8 avril 2025, M. A... B..., représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté en date du 26 mars 2025 par lequel le préfet de la Somme l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit et a assorti ces décisions d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- son droit d’être entendu a été méconnu ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation personnelle ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée.

La requête a été communiquée au préfet de la Somme qui a produit des pièces.

M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 23 avril 2025.

Par ordonnance du 24 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 15 juillet 2025.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Boutou, président-rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, le droit d’être entendu, principe général du droit de l’Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d’une procédure administrative, avant l’adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision d’éloignement fait suite à l’interpellation du requérant par les services de police pour vérification de son droit au séjour le 26 mars 2025. Pendant son audition, M. B... a été informé de l’éventualité que soit prise une décision d’éloignement et il a pu à cette occasion faire valoir ses observations, indiquant qu’il souhaitait régulariser sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d’être entendu doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment le 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne, notamment, que M. B... est entré irrégulièrement en France en 2023 et n’y a fait aucune demande de titre de séjour malgré le fait qu’il soutient avoir conclu un contrat jeune majeur. Elle détaille les éléments de son parcours et de sa vie personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation manque en fait.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. B.... Il a en particulier noté que M. B... alléguait sans l’établir avoir signé un contrat jeune majeur.

5. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. M. B... soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors qu’il est intégré depuis son entrée en France et qu’il y vit avec son frère. L’intéressé produit un certificat de scolarité en CAP daté d’octobre 2024 ainsi que des courriers du département de la Somme indiquant qu’il bénéficie d’un contrat jeune majeur. Il n’a toutefois entrepris aucune démarche de régularisation, ce qui l’empêche d’accéder à un logement autonome selon ce qui résulte de l’attestation des services départementaux produite par le requérant lui-même, qui indique également qu’il rencontre des difficultés dans son parcours de formation dues à ses retards et absences. La présence d’un frère en France n’est attestée par aucune pièce. Il n’y a aucune preuve de la création de liens amicaux comme il le soutient. Par suite, le préfet ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée et n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

7. La décision attaquée vise l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation manque en fait.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d’application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Tourbier la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés au cours de l’instance et non compris dans les dépens.










D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de la Somme.


Délibéré après l'audience du 18 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,
M. Le Gars, conseiller,
Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2025.


Le président-rapporteur,


Signé


B. Boutou




L’assesseur le plus ancien,


Signé


V. Le Gars
La greffière,



Signé



A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
.


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