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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-1900045

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-1900045

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-1900045
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2019, M. A B représenté par

Me Tessonnière, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat, en tant qu'employeur, à lui verser, d'une part, la somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral et, d'autre part, 15 000 euros au titre du trouble dans les conditions d'existence ;

2°) de majorer le montant de l'indemnisation des préjudices, des intérêts de droit à compter de la date de la première demande d'indemnisation avec capitalisation des intérêts échus à compter de cette même formalité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'il souligne la carence de l'Etat régulateur, il recherche la responsabilité de l'Etat en tant qu'employeur ;

- l'Etat employeur a failli à ses obligations en laissant, pendant de nombreuses années, les militaires de la marine nationale au contact des poussières d'amiante, sans aucune protection efficace, comme en attestent différents témoignages ; si des mesures ont été prises, elles n'ont pas été effectivement mises en œuvre ; cette carence fautive est de nature à engager sa responsabilité ; l'Etat employeur n'a pas mis en œuvre effectivement les mesures de protection qui lui incombaient résultant notamment des prescriptions du décret n° 77-949 du 17 août

1977 ;

- devant la juridiction civile, le ministère de la défense ne conteste plus la faute inexcusable du fait de l'exposition à l'amiante ;

- l'exposition, notamment sur une longue durée, aux poussières d'amiante réduit l'espérance de vie des personnes concernées et peut provoquer chez elles de graves

pathologies ;

- il est dans une situation d'inquiétude permanente (anxiété), craignant d'apprendre qu'il est atteint d'une grave maladie ; il demande une indemnisation à hauteur de 15 000 euros pour son préjudice moral ;

- il sollicite la réparation du trouble dans les conditions d'existence causé par la faute de l'administration à hauteur de 15 000 euros ;

- la jurisprudence du conseil d'Etat s'oppose à ce que soit reconnu irrecevable un recours juridictionnel dès lors que les voies et délais de recours propres à l'exercice du recours administratif préalable obligatoire (RAPO) ne lui ont pas été notifiés ;

- les textes prévoyant l'exercice d'un recours préalable obligatoire sont inconventionnels.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le ministère des armées conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la requête n'a pas été précédée de la saisine de la commission de recours des militaires.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ; " ;

2. M. B, ancien militaire de la marine nationale demande la condamnation de l'Etat, en tant qu'employeur, à l'indemniser du préjudice moral et du trouble dans les conditions d'existence qu'il estime subir, résultant de sa carence fautive à l'avoir exposé aux poussières d'amiante durant toute sa carrière, sans que ne soient mises en œuvre de mesures de protection efficace entendue comme effective. Il demande au tribunal la condamnation pécuniaire de l'Etat au titre des préjudices d'anxiété et du trouble dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis en résultant.

3. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense ". Il résulte de ces dispositions que la commission des recours des militaires ne peut être régulièrement saisie que d'un recours formé contre une décision administrative, y compris en matière indemnitaire. Le président de la commission a le pouvoir de rejeter le recours formé par un militaire devant la commission au motif qu'il doit être réputé, en l'absence de décision administrative préalable, y avoir renoncé. Il incombe au juge, s'il est saisi par le militaire d'un recours qui n'a ainsi été valablement précédé d'aucun recours administratif préalable, de le rejeter comme irrecevable, alors même que l'administration présenterait devant lui des observations au fond.

4. Il n'est pas contesté que la requête de M. B n'a été précédée d'aucune saisine de la commission de recours des militaires (CRM), en méconnaissance des dispositions précitées du code de la défense. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à la condamnation pécuniaire de l'Etat sont irrecevables.

5. M. B étant partie perdante dans l'instance, ses conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la ministre des armées.

Fait à Toulon, le 2 juillet 2024.

Le président,

Signé

P. HARANG

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,00

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