lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-1902904 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MARLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juillet 2019 et le 21 février 2020, la SARL O'WINE, représentée par Me Marlier, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er mai 2014 au 30 juin 2015, ainsi que de la pénalité appliquée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration l'a privée d'une garantie substantielle en n'ayant pas fait droit à sa demande de saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur ;
- la mise en recouvrement, intervenue dix jours après la notification de l'avis de la commission des impôts est précipitée ;
- la méthode de reconstitution des recettes proposée par l'administration est radicalement viciée par le prix unitaire retenu pour le café qui est sans rapport avec les conditions d'exploitation de l'établissement ;
- ne pas détailler le calcul du prix moyen pondéré du café confère à la méthode utilisée un caractère excessivement sommaire ;
- l'administration n'a pas motivé sa décision de majorer les rappels d'imposition au taux de 40 %, en application de l'article 1729 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2019, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé dans la présente instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- par décision du 16 décembre 2019, il a accordé un dégrèvement de 3 392 euros ;
- aucun des moyens soulevés par la société requérante en ce qui concerne le surplus des conclusions n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Silvy, rapporteur public,
- et les observations de Me Marlier, représentant la société O'WINE.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL O'WINE, qui exploite un bar-restaurant au Castellet, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er mai 2014 au 30 juin 2015. L'administration fiscale ayant estimé que sa comptabilité n'était ni sincère ni probante a reconstitué son chiffre d'affaires. Selon une proposition de rectification du 16 décembre 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés. La SARL O'WINE demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, y compris la majoration infligée en application de l'article 1759 du code général des impôts.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 16 décembre 2019, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques du Var a prononcé un dégrèvement de 3 392 euros. Par suite, les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions à concurrence du dégrèvement ainsi prononcé.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". Dans la partie relative aux conclusions du contrôle, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoit, dans son texte applicable à la procédure en litige, que : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les redressements envisagés, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur départemental ou principal. Si après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur départemental spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ". Ces dispositions assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de redressement, un débat sur les redressements envisagés avec le supérieur hiérarchique du vérificateur puis avec l'interlocuteur départemental dans les conditions qu'elles précisent.
4. Il résulte de l'instruction que la société requérante a contesté par un courrier du 6 février 2017 les motifs de rejet de sa comptabilité, le prix de vente du café retenu et l'application de la majoration de 40 % mentionnés dans la proposition de rectification du 16 décembre 2016. Par une réponse à ses observations du 29 mars 2017, l'administration a maintenu les rectifications envisagées. La société a sollicité le 9 mai 2017 la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui s'est réunie le 12 avril 2018. L'avis de cette commission tendant au maintien des rectifications a été notifié à la société le 20 avril 2018. La société a alors demandé par courrier du 3 mai 2018, posté le 9 mai et reçu le 14 mai suivant, la saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur. Mais l'avis de mise en recouvrement avait été établi le 30 avril 2018 et rendu exécutoire par le visa du comptable le 9 mai 2018, ce qui a conduit l'administration à rejeter la demande de saisine du supérieur hiérarchique pour tardiveté.
5. Aucune disposition du code général des impôts ou de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié n'impose au service de communiquer l'avis de la commission au contribuable dans des délais utiles avant que ce dernier n'exerce l'un des recours hiérarchiques prévus par la charte. Eu égard au délai de plus d'un an accordé à la SARL O'WINE pour lui permettre d'exercer utilement son droit de saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur entre la date de réception de la réponse de l'administration à ses observations et la mise en recouvrement des impositions en litige, cette société n'a pas été privée, contrairement à ce qu'elle soutient, de la garantie de pouvoir obtenir un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur, quand bien même la mise en recouvrement est intervenue dix-neuf jours après la notification de l'avis de la commission départementale des impôts directs.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
6. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".
7. Il résulte de l'instruction que la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires a confirmé, dans l'avis rendu au cours de sa séance du 12 avril 2018, le rejet de la comptabilité et la reconstitution de recettes réalisée par l'administration. Ainsi, les impositions en litige ont été établies conformément à l'avis de cette commission. Dès lors, la charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe à cette dernière tandis que la charge de la preuve de l'exagération des impositions appartient ensuite à la société requérante si le rejet de la comptabilité est fondé. En l'espèce, la société requérante ne conteste pas le bien-fondé du rejet de sa comptabilité.
8. Il résulte de l'instruction que l'administration a appliqué à la reconstitution des recettes de la société la méthode dite des vins, en prenant en compte les conditions d'exploitation de l'établissement, les données obtenues sur place et celles obtenues auprès des fournisseurs. L'administration soutient qu'elle a reconstitué les recettes " boissons " et celles générées par les ventes de menus, formules et cafés gourmands, vendus café compris, en utilisant le prix moyen de vente du café, pondéré par les quantités vendues, quelque soit la forme de la vente (desserts ou formules) et que cette technique implique de calculer le prix de vente moyen de la dose de café pondéré par les quantités de chacune des modalités de vente du café, celui-ci étant dès lors fixé à 8,44 euros.
9. La société requérante soutient qu'un tel prix unitaire retenu pour le café caractérise à lui seul un vice et que le calcul n'a pas été détaillé. Il résulte toutefois de l'instruction que la méthode appliquée a été exposée dans la proposition de rectification et dans l'établissement d'un tableau détaillé (annexe 17). La société ne conteste pas non plus que la méthode alternative consistant à retenir un prix unitaire de 1,40 euros en extournant de la reconstitution les quantités vendues sous une forme autre que la vente à l'unité aurait été économiquement incohérente dès lors que les quantités à extourner auraient été trop importantes (sur 5 383 doses recensées, seules 1 635 ont été vendues à l'unité). Dans ces conditions, la société requérante n'apporte pas la preuve qui lui incombe que la méthode utilisée par l'administration, qui s'appuie sur les conditions d'exploitation de l'établissement, serait excessivement sommaire ou radicalement viciée.
En ce qui concerne la majoration de 40 % :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
11. La société requérante soutient que la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne l'application de la majoration de 40 %. Toutefois, en mentionnant les nombreuses irrégularités entachant la comptabilité ayant entraîné une minoration importante des recettes et la répétition des manquements constatés, précisément détaillées dans le corps de la proposition de rectification, l'administration a suffisamment motivé sa décision sur ce point.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL O'WINE n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er mai 2014 au 30 juin 2015, ainsi que de l'amende qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts. Sa requête ne peut, par suite, qu'être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer à hauteur du dégrèvement de 3 392 euros prononcé par l'administration.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL O'WINE et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2022, où siégeaient :
- Mme Chenal-Peter, présidente,
- Mme Duran-Gottschalk, première conseillère,
- M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
K. ALa présidente,
Signé
A-L. CHENAL-PETER
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2520806
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B... A... comme manifestement irrecevable. La requérante contestait le refus de la commission d’accès aux documents administratifs de lui communiquer le dossier personnel de son arrière-grand-père. Saisi en plein contentieux, le tribunal a constaté que la requête n'était pas accompagnée de la décision attaquée et que Mme B... A..., résidant en Algérie, n'avait pas élu domicile sur le territoire national comme l'exige l'article R. 431-8 du code de justice administrative. Malgré une demande de régularisation restée sans effet, ces vices n'ont pas été corrigés, justifiant le rejet sur le fondement de l'article R. 222-1 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2609206
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui délivrer un certificat d’immatriculation pour son véhicule. Le juge a estimé que la mesure sollicitée était manifestement irrecevable car elle aurait pour effet de faire obstacle à l’exécution de la décision administrative de refus d’immatriculation déjà prise. En conséquence, la requête a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l’article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — N° TA63-2601156
Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a été saisi par M. A... d’une requête en plein contentieux visant à contester le rejet implicite de sa demande de communication des listes électorales des communes du Puy-de-Dôme et à obtenir une injonction de transmission. Le requérant s’est désisté de son instance par un mémoire du 25 avril 2026, désistement pur et simple. Par ordonnance du 1er juin 2026, la présidente du tribunal a donné acte de ce désistement en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Aucune décision au fond n’a donc été rendue sur la légalité du refus préfectoral.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — N° TA63-2601189
Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté l'opposition formée par Mme A... contre une contrainte émise par France Travail pour le recouvrement d'un indu d'allocation solidarité spécifique de 3 463,33 euros. La requérante invoquait sa bonne foi et sa situation de précarité financière, mais ces moyens ont été jugés inopérants dans le cadre d'une opposition à contrainte. En application du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, la requête a été rejetée sans débat contradictoire.
01/06/2026