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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000186

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000186

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDI CESARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 janvier 2020, le 21 février 2020 et le

30 juillet 2020, M. et Mme B, représentés par Me Di Cesare, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales mises à leur charge au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- l'administration n'a pas suivi complètement l'avis de la commission départementale des impôts ;

- toutes les charges admises en déduction ont été justifiées et l'administration supporte la charge de la preuve du caractère non déductible des charges.

Par des mémoires en défense enregistrés le 29 juillet 2020 et le 2 septembre 2020, la directrice du contrôle fiscal sud-est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Silvy, rapporteur public,

- et les observations de Me Di Cesare, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 à l'issue d'une vérification de comptabilité de la SAS PACAPROD, dont M. B est le dirigeant.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

3. Il ressort des termes de la proposition de rectification du 29 mai 2017 que l'administration a considéré, après vérification de comptabilité de la SAS PACAPROD, que le requérant avait obtenu des remboursements de frais professionnels pour un montant de 44 489,13 euros en 2014 et

44 486,36 euros en 2015. Elle a estimé que les justificatifs apportés n'étaient pas probants et que ces sommes étaient constitutives de revenus distribués en 2014 (année civile) pour 44 165 euros et en 2015 (année civile) pour 33 795 euros, et qu'elles étaient imposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. La proposition de rectification indique ainsi l'année d'imposition, l'impôt, la nature, les motifs et le montant des rehaussements envisagés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, si les requérants soutiennent que les sommes mentionnées dans la proposition de rectification du 29 mai 2017 sont erronées et que les sommes remboursées par la SAS PACAPROD à M. B ont été d'un montant moins important, ils n'en justifient pas en produisant des copies de bordereaux d'ordre de virement de la société au profit de M. B d'octobre 2013 à septembre 2015 alors que l'administration a calculé ces sommes sur l'année civile.

5. En deuxième lieu, à supposer même que l'administration n'ait pas suivi l'avis rendu par la commission départementale des impôts, aucune disposition ne l'y contraint.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

7. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

8. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

9. Il résulte de l'instruction que M. B a bénéficié de remboursement de frais professionnels (déplacements et restauration) pour des montants de 44 489,13 euros en 2014 et 44 486,36 euros en 2015. S'il a produit pour cette période des tableaux mentionnant le nombre de kilomètres parcourus, les dates et lieux des déplacements, ainsi que des tickets de caisse ou des notes, les motifs précis des déplacements ne sont pas précisés, ainsi que le relève l'administration, qui fait en outre valoir que M. B est le dirigeant de plusieurs entreprises dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, de sorte que sans ces précisions, l'intérêt de l'engagement de ces frais pour la SAS PACAPROD n'est pas justifié. C'est donc à bon droit que l'administration a considéré que ces sommes étaient réputées distribuées sur le fondement des articles 109-1-1 et 111-c du code général des impôts.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de réduction présentées par les requérants doivent être rejetées, ainsi que leurs conclusions présentées en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, où siégeaient :

- Mme Chenal-Peter, présidente,

- Mme Duran-Gottschalk, première conseillère,

- M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.

La rapporteure,

Signé

K. CLa présidente,

Signé

A.-L. CHENAL-PETER

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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