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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000258

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000258

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000258
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantLA BALME CABINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2020, M. A B, représenté par Me La Balme, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Salernes à lui verser une somme globale de 26 571,31 euros en réparation des préjudices ayant affecté la maison dont il est propriétaire dans cette commune, et notamment une somme de 14 833,50 euros correspondant à la facture de la société Arti-Bat, une somme de 7 200 euros correspondant aux travaux de reprise en sous-œuvre de la cloison séparative entre la cage d'escalier et le garage et une somme de 4 537,81 euros avec intérêts au taux légal à compter du 26 septembre 2019 ;

2°) de condamner la commune de Salernes à lui verser la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune de Salernes est propriétaire de la canalisation d'écoulement des eaux pluviales qui passe sous sa propriété, constitutive d'un ouvrage public à l'origine des dommages subis par son bien ;

- sa demande préalable d'indemnisation, qui ne présentait pas un caractère obligatoire s'agissant d'un dommage de travaux publics, du 26 septembre 2019 est restée sans réponse ;

- il a la qualité d'usager de cet ouvrage public et la responsabilité de la commune relève de la faute présumée du fait d'un défaut d'entretien normal ;

- l'ouvrage public concernéétait manifestement affecté d'un défaut de conception ou d'entretien ;

- les dommages supportés portent sur les remontées d'humidité contre les murs du bien et l'affaissement partiel du dallage du garage du fait de l'effondrement de la galerie abritant la canalisation ;

- les travaux réalisés ont notamment conduit à dévier la galerie ancestrale en partie effondrée située sous la maison pour la remplacer par une canalisation de 600 mm de diamètre et à pratiquer des reprises en sous-œuvre de la cloison séparative entre la cage d'escalier et le garage pour remédier à la désolidarisation de celle-ci et du dallage ;

- il est établi un lien de causalité entre le défaut d'entretien de la canalisation et les dommages qui ont affecté sa propriété ainsi que cela ressort de l'expertise ordonnée par le tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2020, la commune de Salernes, représentée par la SELAS LLC et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'expert a remis son rapport le 25 avril 2019.

Par une ordonnance du 9 mai 2019, le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 4 537,81 euros TTC.

Un courrier du 27 septembre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Une ordonnance du 24 octobre 2022 a prononcé la clôture de l'instruction à la date de son émission, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

La production de pièces produites dans le cadre de la procédure de référé-expertise a été sollicitée par lettre du 12 janvier 2023.

M. B a produit le 16 janvier 2023 des pièces en réponse à la mesure d'instruction diligentée par le tribunal, lesquelles n'ont pas a été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- et les observations de Me Garcia, représentant la commune de Salernes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'une maison de village situé 3 rue Jean-Jacques Rousseau, dans le centre ancien de la commune de Salernes. Suite à des remontées d'eau dans cette habitation, M. B a fait procéder à une expertise le 9 décembre 2015 qui a retenu comme cause de ces infiltrations, l'effondrement partiel d'un caniveau souterrain d'évacuation des eaux pluviales, situé sous sa maison. En raison de l'importance des désordres constatées, M. B a fait procéder en juin 2017, après en avoir informé la commune, à des travaux de remplacement de la galerie située sous la maison par une canalisation de 600 mm de diamètre. Par une ordonnance du 31 juillet 2018, le président du tribunal administratif a désigné M. C, expert, aux fins notamment de déterminer le caractère public ou privé du réseau d'évacuation des eaux pluviales en litige. Ce rapport a été remis le 25 avril 2019 et M. B a saisi la commune de Salernes d'une demande préalable d'indemnisation de ses divers préjudices liés au mauvais entretien de cet équipement pour un montant global de 26 571,31 euros par un courrier du 26 septembre 2019, reçu le 27 septembre 2019 en mairie de Salernes. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. B demande l'indemnisation de ses préjudices.

Sur le principe de la responsabilité de la commune de Salernes :

2. La responsabilité d'une collectivité publique peut être engagée, même sans faute, à l'égard des demandeurs tiers par rapport à un ouvrage public. La collectivité mise en cause doit alors, pour dégager sa responsabilité, établir la preuve que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure, sans que puisse être utilement invoqué le fait d'un tiers. La victime doit toutefois apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'elle allègue avoir subis et l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et lesdits préjudices qui doivent, en outre, en cas de dommage permanent, présenter un caractère grave et spécial.

3. Il résulte des conclusions de l'expertise diligentée par le tribunal que la maison située au 3 rue Jean-Jacques Rousseau est située au-dessus d'une ancienne conduite ancestrale d'irrigation et d'arrosage, qui n'était pas mentionnée au titre d'une servitude de tréfonds dans l'acte d'acquisition par le requérant de ce bien en date du 3 janvier 1989, et qui est devenue un ouvrage de collecte et de transport des eaux pluviales du centre ancien de Salernes, en amont de cette maison. La circonstance que les travaux de remplacement de cette canalisation par une conduite avaient déjà été réalisés à la date de cette expertise est sans incidence sur son caractère probant dès lors que deux visites contradictoires ont été conduites sur les lieux les 1er octobre 2018 et 26 février 2019 et que l'expert s'est utilement et régulièrement appuyé sur les constatations réalisées précédemment ainsi que sur les clichés photographiques communiqués par le propriétaire. Il résulte également des tests à la matière colorante fluorescéine pratiqués en dernier lieu en février 2019 que le réseau d'évacuation du réseau pluvial de cette partie du centre de Salernes emprunte effectivement cette ancienne conduite, remplacée par une canalisation à la date de ces essais. Un tel équipement intégrée au réseau d'évacuation des eaux pluviales de la commune présente, par suite, le caractère d'un ouvrage public. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la propriété de M. B comportait des raccordements directs permettant l'évacuation des eaux de pluie qu'elle reçoit vers cette galerie souterraine, celui-ci n'avait aucun usage direct de cette conduite et doit être qualifié de tiers à l'égard de cet ouvrage public (Rappr. CE 17 janvier 2020, n°433506, CE, 18 décembre 1989, n° 86297).

4. Il résulte également des constatations de l'expert et de son analyse des documents et preuves photographiques constitués antérieurement aux travaux de remise en état réalisés par le propriétaire en juin 2017 que l'effondrement de la canalisation souterraine est directement à l'origine des dégradations constatées dans le garage de M. B et cette appréciation n'est pas remise en cause par les résultats de l'instruction. La circonstance que cette maison ne comportait pas de vide sanitaire est à cet égard sans incidence dès lors qu'il est constant qu'il s'agît d'un bâti ancien et qu'aucune obligation de quelque nature que ce soit ne faisait l'obligation à un acquéreur d'une telle maison de procéder, à supposer même que cela soit faisable sans démolition complète, à la création d'un tel vide sanitaire. Si la commune de Salernes fait également valoir la réalisation de travaux de rénovation par M. B, il n'a été établi par l'expert aucun lien de causalité entre ces travaux réalisés il y a plus de vingt années et l'effondrement qui constitue la cause directe de la déformation du sol du garage et des dégradations associées. La responsabilité de la commune de Salernes est, par suite, engagée du fait de cet ouvrage public et elle ne peut utilement se prévaloir des circonstances exonératoires qu'elle allègue.

Sur l'indemnisation des préjudices de M. B :

5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 25 avril 2019 que l'effondrement de la conduite souterraine doit être regardée comme la cause unique de la déformation du sol du garage et de la détérioration de la cloison séparative entre ce garage et la cage d'escalier voisine. Si ce rapport ne se prononce pas de manière expresse sur le caractère nécessaire des travaux de remplacement de la conduite ancestrale écroulée, ce point n'est pas utilement contesté et la propagation des perturbations liées à son effondrement à l'ensemble du bâtiment appartenant à M. B est suffisamment établi ainsi que l'existence de ravinements en souterrain qui affouillaient le sous-sol de l'immeuble et en menaçait donc la pérennité. La préservation du bien appartenant à M. B rendait, par suite, nécessaire la réalisation des travaux de remplacement de cette conduite ancestrale par une canalisation, lesquels auraient dû être conduits par la collectivité publique en charge de ce réseau d'évacuation des eaux usées. Les frais liés à la réfection du sol du garage et ceux, afférents à la remise en état de la cloison séparative dégradée, travaux non encore réalisés à la date de la clôture de l'instruction, présentent également un lien de causalité établi par l'instruction avec la dégradation de l'ouvrage public en cause. Ces dépenses réalisées et à venir constituent, par suite, des préjudices en lien direct avec la détérioration de l'ouvrage public préexistant et dont le requérant est fondé à demander l'indemnisation intégrale.

6. Si la commune de Salernes entend contester le chiffrage des travaux réalisés par M. B, elle se borne à relever l'écart entre le devis estimatif initialement communiqué par un entrepreneur pour un montant de 6 391 euros à celui-ci avec le montant de 14 833,50 euros TTC porté sur la facture définitive du 29 mai 2017 adressée par la société Arti-Bat'. La circonstance que M. B a fait installer une nouvelle canalisation à un autre emplacement, légèrement distant de la galerie existante, si elle n'est pas contredite, n'est toutefois pas de nature à elle seule à remettre en cause ce montant. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait fait réaliser à cette occasion des travaux supplémentaires au remboursement desquels la commune de Salernes ne pourrait pas être tenue. Il sera fait, par suite, une exacte appréciation de ce chef de préjudice en mettant à la charge de la commune de Salernes une somme de 14 833,50 euros toutes taxes comprises.

7. Enfin, il résulte également de l'expertise que les travaux de reprise sur la cloison séparative en contact avec le sol du garage dégradé ont été évalués à 5 000 euros hors taxes pour le travail de seconde œuvre proprement dit et à 1 000 euros hors taxes pour la mission de maîtrise d'œuvre. L'application du taux réduit dérogatoire prévu à l'article 279-0 bis du code général des impôts est soumise à plusieurs conditions impératives dont la réunion n'est pas établie en l'état de l'instruction et pourraient ne pas être satisfaites à la date de facturation des travaux. Il y a lieu, dès lors, d'appliquer le taux normal de 20 % prévu à l'article 278 du code général des impôts. Il sera fait, par suite, une exacte appréciation de ce chef de préjudice en mettant à la charge de la commune de Salernes une somme de 7 200 euros toutes taxes comprises.

Sur les frais de justice :

Sur les dépens :

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

9. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par une ordonnance du 31 juillet 2018, liquidés et taxés à la somme de 4 537,81 euros par une ordonnance du 9 mai 2019 du président du tribunal, à la charge de la commune de Salernes.

Sur les conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le Tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Salernes doivent, dès lors, être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette commune la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Salernes est condamnée à verser à M. B une somme de 14 833,50 euros toutes taxes comprises au titre des travaux de remplacement de la conduite souterraine publique d'évacuation des eaux pluviales et de remise en état du sol de son garage.

Article 2 : La commune de Salernes est condamnée à verser à M. B une somme de 7 200 euros toutes taxes comprises au titre des travaux de remise en état de la cloison séparant son garage d'une cage d'escalier.

Article 3 : La commune de Salernes versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les frais d'expertise sont mis à la charge de la commune de Salernes.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Salernes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Salernes.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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