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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000831

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000831

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000831
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKUNTZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mars 2020 et le 12 février 2021, M. A B, représenté par Me Kuntz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État sur le terrain de la responsabilité sans faute à l'indemniser des préjudices qu'il a subis pour un montant de 24 577,43 euros au titre de la perte de loyers évalués au 14 janvier 2021 et de 5 539,22 euros au titre des charges de copropriété qui sont restées à sa charge ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'appartement dont il est propriétaire au sein de l'ensemble immobilier de la Grande Plaine I à Toulon, boulevard des Armaris, situé bâtiment A8 au 1er étage a fait l'objet d'un placement sous scellé dans le cadre d'une instruction criminelle relative à un assassinat depuis le 28 janvier 2018 ;

- il est privé de ce fait de son logement, lequel était libre de tout occupant depuis la résiliation du bail de la dernière locataire le 8 janvier 2017 et ne peut le remettre en location ;

- sa demande de restitution du logement adressée le 4 juin 2018 est restée sans suite ;

- le recours indemnitaire préalable qu'il a adressé au ministre de la Justice le 11 juin 2019 et reçu le 12 juin 2019 est resté sans réponse ;

- la responsabilité sans faute de l'État est engagée dès lors que ce placement sous scellés, non fautif, revêt à son égard un caractère spécial et excède les charges résultant normalement du fonctionnement du service public de la justice ;

- il a la qualité de tiers à la procédure judiciaire en cause ;

- ses préjudices sont établis jusqu'à la date de restitution de l'appartement rendu le

21 décembre 2020 et notifiée le 4 janvier 2021 ;

- le préjudice qui résulte de la perte de loyers, loyer dont le montant hors charge était fixé à 674,34 euros par suite d'indexation au 1er février 2017 lors de l'apposition de scellés, s'établit à la somme de 24 577,43 euros ;

- ce préjudice est aggravé des charges de copropriété qui sont restées à sa charge dès lors qu'elles n'ont pas pu être supportées par un éventuel locataire pour un montant total de 5 539,22 euros ;

- les conclusions indemnitaires de la présente requête relèvent de la compétence du juge administratif, indépendamment du visa des dispositions de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2021, le Garde des sceaux, ministre de la Justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête qui entend faire reconnaître la responsabilité de l'État en raison d'un dysfonctionnement imputable au service public de la justice au visa de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire relève de la compétence exclusive des juridictions judiciaires ;

- le requérant n'a pas adressé une réclamation préalable malgré la demande qui lui a été communiquée le 27 juin 2019

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'organisation judiciaire,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Sylvie Wustefeld, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'un appartement destiné au logement au sein de l'ensemble immobilier de la Grande Plaine I, boulevard des Armaris à Toulon, situé au

1er étage du bâtiment A8. En raison d'une instruction criminelle relative à un assassinat, ce logement a fait l'objet d'un placement sous scellé depuis le 28 janvier 2018, mesure qui n'a été levée que début janvier 2021, malgré les demandes en restitution du propriétaire. M. B a adressé un recours indemnitaire préalable pour obtenir réparation de l'indisponibilité de sa propriété au ministre de la Justice le 11 juin 2019, reçu le 12 juin 2019, lequel est resté sans réponse. Par la présente requête, M. B demande au tribunal la condamnation de l'État à l'indemniser de ses préjudices financiers à hauteur d'une montant de 24 577,43 euros au titre de la perte de loyers et de 5 539,22 euros au titre des charges de copropriété demeurées à sa charge.

2. Aux termes de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire : " L'État est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service public de la justice ".

3. M. A B demande la condamnation de l'État à réparer les préjudices financiers qu'il a subis résultant du placement sous scellé, entre janvier 2018 et janvier 2021, d'un appartement dont il est propriétaire, dans le cadre d'une procédure judiciaire. Un tel litige est relatif non à l'organisation du service public de la justice mais à son fonctionnement. Ainsi, il n'appartient qu'au juge judiciaire de statuer sur l'action en responsabilité formée par le requérant. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la Justice.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Lamarre, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre de la Justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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