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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000995

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000995

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000995
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAGADEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2020, la SARL Chéri Chérie, représentée par Me Blanchard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 30 janvier 2020 prise par la commune de Bandol de sa demande indemnitaire tendant à la réparation de son entier préjudice résultant des conséquences sur son activité de la réalisation des travaux de rénovation du quai Charles de Gaulle ;

2°) de condamner la commune de Bandol à lui verser la somme de 115 545 euros au titre de la réparation des préjudices que lui ont causé ces travaux ;

3°) de condamner la commune de Bandol à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travauxde restructuration du quai Charles de Gaulle sur le port de Bandol, conduits de décembre 2018 à janvier 2020, ont gravement affecté les conditions d'exploitation de la boutique de prêt-à-porter situé au 69 quai Charles de Gaulle et lui ont fait supporter un préjudice financier anormal et spécial ;

- si la conduite de ces travaux a été décomposée en sept tranches et que son commerce était situé entre les zones 6 et 7, elle a été affectée dès le commencement de la phase 5 le 17 mai 2019 par la suppression de l'éclairage public, la poussière, le bruit, l'installation de grandes bennes à ordures et la suspension des manifestations habituelles au printemps et à l'été ;

- les travaux des phases 6 et 7 se sont déroulés du 9 septembre 2019 à janvier 2020 avec l'installation au droit de la boutique de grilles de chantier puis de tractopelles et de marteaux piqueurs avant la démolition des trottoirs en octobre 2019 ;

- elle a enregistré une perte de chiffre d'affaires de 115 545 euros sur cette période par rapport aux mêmes périodes l'année précédente ;

- elle est fondée à demander la réparation de son préjudice anormal et spécial sur le fondement de la responsabilité sans faute conformément à la jurisprudence en matière de dommages de travaux publics subis par les tiers ;

- les sujétions supportées excèdent les obligations normales résultant du voisinage de la voie publique ;

- le lien de causalité entre ce dommage anormal et spécial et la réalisation des travaux publics sur le quai Charles de Gaulle est bien établi notamment par la dégradation des conditions d'accueil de ses clients au cours des phases 5, 6 et 7 des travaux.

La requête a été communiquée à la commune de Bandol qui n'a pas produit d'observations en défense.

En application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, une mise en demeure a été adressée à la commune de Bandol par lettre du 20 juillet 2022, faisant référence aux dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative et reproduisant les dispositions du 3ème alinéa de l'article R. 613-1 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience par un avis d'audience adressé le 25 août 2022 portant clôture d'instruction immédiate en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Un mémoire, adressé par la commune de Bandol, a été enregistré le 13 septembre 2022 et n'a pas été communiqué.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Sylvie Wustefeld, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, représentant la commune de Bandol et Me Castagnon substituant Me Lagadec, représentant la SARL Chéri-Chérie.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Chéri-Chérie exploitait sur le port de Bandol, depuis octobre 2006, une boutique de vente de vêtements prêt-à-porter, implantée 69 quai Charles de Gaulle. La commune de Bandol a engagé un programme de réhabilitation de cette chaussée, " le nouveau Quai de Gaulle " prévoyant la réalisation d'une première tranche de travaux sur le côté Nord de cette promenade de janvier 2019 à décembre 2019 avec une interruption prévue au cours des mois de juillet et août 2019 et un calendrier de travaux en sept phases. Le commerce de la requérante est situé au début de la zone 6, concernée par des travaux de démolition de la route et du trottoir entre le 16 septembre et la fin octobre 2019. La SARL Chéri-Chérie a estimé que ces travaux étaient responsables de la dégradation de son activité commerciale et, par un courrier du

27 novembre 2019, elle a saisi la commune de Bandol d'une demande préalable d'indemnisation de ses préjudices résultant de la réalisation de ces travaux de voirie, à hauteur d'une somme de 98 701 euros, à parfaire. La commune a accusé réception de cette demande le 31 janvier 2020 et, par le silence qu'elle a conservé sur celle-ci, l'a implicitement rejetée. Par la présente requête, la SARL Chéri-Chérie demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande et de condamner la commune de Bandol à lui verser la somme de 115 545 euros.

Sur le principe de la responsabilité sans faute de la commune de Bandol :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. À l'appui de sa requête, la SARL Chéri-Chérie soutient que les travaux conduits au cours de l'année 2019 et jusqu'au mois de janvier 2020 sur le quai Charles de Gaulle du port de Bandol par la commune ont affecté l'accès à son commerce de prêt-à-porter et le chiffre d'affaires qu'elle a réalisé au cours de cette période.

4. Ces travaux immobiliers réalisés à l'initiative de la commune de Bandol sur une voirie publique et ses dépendances répondent à une fin d'intérêt général et comportent l'intervention d'une personne publique, soit en tant que collectivité réalisant les travaux, soit comme bénéficiaire de ceux-ci. Ils ont, par suite, le caractère de travaux publics.

5. La requête de la SARL Chéri-Chérie a été communiquée à la commune de Bandol le 6 avril 2020 et celle-ci a été mise en demeure le 20 juillet 2022 de présenter ses observations dans un délai de trente jours, ce qu'elle n'a pas fait. Dans ces conditions, elle doit être réputée avoir admis l'exactitude des faits allégués par la société requérante relatifs à la réalité des travaux réalisés devant son commerce et à leur retentissement sur sa fréquentation commerciale dès lors que l'inexactitude desdits faits ne ressort d'aucune pièce du dossier.

6. Il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment du programme des travaux que ceux-ci étaient interrompus pendant les mois de juillet et août 2019.

Sur le montant du préjudice indemnisable :

7. La SARL Chéri-Chérie produit deux attestations de son expert-comptable, dont l'inexactitude ne ressort d'aucune pièce du dossier. La première fait état d'une réduction du chiffre d'affaires hors taxes qu'elle a réalisé entre la période du 1er octobre 2018 et le

30 septembre 2019 par rapport à la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2018, pour un montant d'environ 81 000 euros. La seconde fait état, de manière moins précise, d'une réduction du chiffre d'affaires hors taxes qu'elle a réalisé entre la période du 1er octobre et le 31 décembre 2019 par rapport à la période du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019, sans que ces deux périodes soient comparables. Par ailleurs, la société requérante ne produit aucun élément de nature à permettre de déterminer son niveau de rentabilité et, par voie de conséquence, le manque à gagner qui a effectivement résulté des importants travaux de voirie menés au droit de son fonds de commerces. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice anormal et spécial subi par SARL Chéri-Chérie en l'évaluant à la somme de 2 000 euros, à laquelle sera condamnée la commune de Bandol.

8. Il résulte de ce qui précède que la SARL Chéri-Chérie est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la commune de Bandol a rejeté sa demande indemnitaire préalable et la condamnation de cette collectivité à lui vers une somme de 2 000 euros hors taxes au titre de son préjudice commercial.

Sur les frais de justice :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Bandol la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SARL Chéri-Chérie et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de refus opposée par la commune de Bandol à la demande indemnitaire préalable du 27 novembre 2019 est annulée.

Article 2 : La commune de Bandol est condamnée à payer à la SARL Chéri-Chérie la somme de 2 000 euros, en réparation du préjudice subi par cette dernière du fait des travaux de rénovation du quai Charles de Gaulles à Bandol.

Article 3 : La commune de Bandol versera à la SARL Chéri-Chérie une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Chéri-Chérie et à la commune de Bandol.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Lamarre, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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