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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001054

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001054

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001054
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantAUBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit n° 2001054 du 7 juin 2022, le tribunal administratif de Toulon a, en son article 1er, sursis à statuer sur la requête formée par M. C A contre l'arrêté préfectoral du 2 décembre 2019 autorisant la société Valsud à exploiter une plateforme de compostage située route de Malpasset à Fréjus, pendant un délai de six mois à compter de la notification de ce jugement, dans l'attente de la production, par le préfet, d'une autorisation modificative régularisant l'arrêté en litige selon les modalités précisées aux points 56 à 59 dudit jugement, en son article 2, demandé au préfet de fournir au tribunal, au fur et à mesure de leur accomplissement, les actes entrepris en vue de cette régularisation et, en son article 3, réservé jusqu'en fin d'instance les moyens et conclusions des parties sur lesquels ce jugement n'a pas statué.

Par un mémoire enregistré le 17 juillet 2023, M. A maintient ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué et à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- aucune régularisation n'a été effectuée dans le délai imparti par le jugement avant dire droit ni dans un délai raisonnable ;

- l'activité de la société Valsud est dangereuse pour la santé humaine, ainsi qu'il ressort de l'avis émis le 20 octobre 2022 par la mission régionale d'autorité environnementale qui révèle les insuffisances de l'étude d'impact ;

- cette activité présente des dangers pour l'environnement car l'avis rendu le 21 juillet 2022 par le service départemental d'incendie et de secours comporte des prescriptions en matière de risque d'incendie qui n'ont été intégrées ni dans le dossier de demande d'autorisation ni dans l'arrêté attaqué ;

- l'intérêt général de l'activité n'est pas démontré ;

- la société Valsud bénéficie d'un traitement de faveur par rapport à ses concurrents.

Par des mémoires en défense et en production de pièces enregistrés les 1er décembre 2022, 5 juillet 2023, 13 octobre 2023, 1er décembre 2023 et 22 janvier 2024, le préfet du Var sollicite la prolongation du délai de sursis à statuer jusqu'au 1er décembre 2023 afin de permettre la production d'un arrêté modificatif, et produit des pièces complémentaires.

Il fait valoir que la procédure de régularisation est en cours mais nécessite une prolongation du délai de sursis à statuer jusqu'au 1er décembre 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2024, la société Valsud maintient ses conclusions tendant au rejet de la requête et à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les vices relevés dans le jugement avant dire droit ont été régularisés et que les moyens soulevés par le requérant dans son dernier mémoire ne sont pas fondés.

Des pièces enregistrées les 13 juillet, 5 août, 26 août et 25 octobre 2022 pour le préfet du Var ainsi qu'un mémoire enregistré le 2 avril 2024 pour la société Valsud n'ont pas été communiqués en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 avril 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- les observations de Me Aubret pour M. A ;

- les observations de M. B pour le préfet du Var ;

- et les observations de Me Pessoa pour la société Valsud.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 décembre 2019, le préfet du Var a délivré à la société Valsud une autorisation environnementale au titre de la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement, afin d'exploiter une plateforme de compostage sur la parcelle cadastrée CN n° 41, d'une superficie d'environ 2,3 hectares et située au lieu-dit La Bouteillère, route départementale n° 37 dite route de Malpasset sur le territoire de la commune de Fréjus. M. A demande l'annulation de cet arrêté. Par un jugement avant dire droit du 7 juin 2022, le tribunal a considéré que cet acte était entaché d'un double vice de procédure dès lors, d'une part, que l'avis rendu sur le projet par l'autorité environnementale le 29 mai 2015 était irrégulier au regard de la garantie d'autonomie dont doit disposer cette autorité, pour avoir été préparé par le même service que celui ayant instruit la demande d'autorisation et, d'autre part, que l'avis émis par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Var le 28 septembre 2015 avait été rendu caduc par la survenue d'un important incendie sur et aux alentours du terrain d'assiette le 1er septembre 2017 et que le SDIS n'avait pas été consulté à nouveau postérieurement à cette date. Toutefois, ces deux vices étant régularisables, le tribunal, après avoir constaté que les autres moyens soulevés par le requérant n'étaient pas fondés, a sursis à statuer sur les conclusions de la requête en application des dispositions du 2° du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, pendant un délai de six mois à compter de la notification de ce jugement afin de permettre au préfet du Var de produire une autorisation modificative de régularisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " I.-Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre une autorisation environnementale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés : / () 2° Qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé par une autorisation modificative peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si une telle autorisation modificative est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. / II.-En cas () de sursis à statuer affectant une partie seulement de l'autorisation environnementale, le juge détermine s'il y a lieu de suspendre l'exécution des parties de l'autorisation non viciées ".

3. Les dispositions du 2° du I de l'article L. 181-18 permettent au juge, lorsqu'il constate un vice qui entache la légalité de la décision mais qui peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant dire droit, les modalités de cette régularisation. Ces dispositions peuvent trouver à s'appliquer que le vice constaté entache d'illégalité l'ensemble de l'autorisation environnementale ou une partie divisible de celle-ci. Rien ne fait par ailleurs obstacle à un sursis à statuer dans le cas où le vice n'affecte qu'une phase de l'instruction, dès lors que ce vice est régularisable. Dans tous les cas, le sursis à statuer a pour objet de permettre la régularisation de l'autorisation attaquée. Cette régularisation implique l'intervention d'une décision complémentaire qui corrige le vice dont est entachée la décision attaquée. S'il constate que la régularisation a été effectuée, le juge rejette le recours dont il est saisi.

4. Aux points 17 à 19, 22 et 56 à 59 du jugement avant dire droit du 7 juin 2022, le tribunal a considéré que la régularisation des vices de procédure tenant à l'irrégularité des avis du SDIS et de l'autorité environnementale nécessitait que le préfet du Var consulte respectivement le SDIS et la mission régionale de l'autorité environnementale (MRAE) du conseil général de l'environnement et du développement durable, afin que ceux-ci rendent sur le projet en cause un avis tenant compte des éventuels changements significatifs des circonstances de fait. Le tribunal a précisé qu'au cas où l'un au moins de ces nouveaux avis diffèrerait substantiellement de celui qui avait été porté à la connaissance du public à l'occasion de l'enquête publique dont le projet avait fait l'objet, une enquête publique complémentaire devra être organisée à titre de régularisation selon les modalités prévues aux articles L. 123-14 et R. 123-23 du code de l'environnement, dans le cadre de laquelle seront soumis au public, outre les avis ainsi recueillis à titre de régularisation, tout autre élément de nature à régulariser d'éventuels vices révélés par les nouveaux avis, notamment une insuffisance de l'étude d'impact.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, postérieurement à ce jugement avant dire droit, le préfet du Var a saisi la MRAE Provence-Alpes-Côte d'Azur qui a rendu son avis le 20 octobre 2022. En outre, le préfet a consulté le SDIS du Var, qui a émis un premier avis le 21 juillet 2022, puis un second le 7 février 2023 par lequel il a définitivement arrêté sa position sur le projet en formulant de nouvelles prescriptions " annulant et remplaçant " celles de l'avis du 21 juillet 2022 et en se déclarant favorable au projet " à l'issue de la réalisation de [ces] prescriptions ". Ces avis des 20 octobre 2022 et 7 février 2023 différant substantiellement des avis initialement émis les 29 mai et 28 septembre 2015, le préfet du Var a ouvert, par un arrêté du 9 octobre 2023, une enquête publique complémentaire à titre de régularisation qui s'est déroulée du 31 octobre au 14 novembre 2023 dans les formes prescrites aux articles L. 123-14 et R. 123-23 du code de l'environnement. Il ressort du rapport et des conclusions du commissaire-enquêteur que le dossier soumis à cette enquête publique complémentaire comprenait notamment les avis rendus par la MRAE le 20 octobre 2022 et par le SDIS le 7 février 2023, ainsi que le dossier de demande d'autorisation complété par la société Valsud le 30 mai 2023, incluant l'étude d'impact modifiée pour tenir compte de ces avis. A l'issue de l'enquête publique complémentaire, lors de laquelle M. A a d'ailleurs présenté des observations écrites et orales, le commissaire-enquêteur a rendu un avis favorable au projet, sans réserve. Enfin, par un arrêté du 22 janvier 2024, le préfet du Var a délivré à la société Valsud une autorisation environnementale modificative de l'arrêté du 2 décembre 2019, laquelle comporte de nouvelles prescriptions en matière de renforcement des moyens de prévention et de lutte contre l'incendie. Ces éléments ne sont pas contestés par M. A qui n'a pas répliqué aux pièces produites par le préfet concernant l'enquête publique complémentaire et l'autorisation modificative, ni ne critique les compléments apportés au dossier de demande d'autorisation et notamment à l'étude d'impact. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que ces éléments ont été transmis au tribunal postérieurement à l'expiration de délai de six mois imparti par le jugement avant dire droit du 7 juin 2022 ne fait pas obstacle à leur prise en compte. Dans ces conditions, les deux vices de procédure relevés dans le jugement avant dire droit ont été régularisés.

6. En second lieu, M. A soutient qu'il ressort de l'avis émis par la MRAE le 20 octobre 2022 que l'étude d'impact est lacunaire et le projet dangereux pour la santé humaine, notamment celle des riverains et des enfants, que ce projet crée un risque pour l'environnement car les prescriptions contenues dans l'avis du SDIS du 21 juillet 2022 n'ont pas été intégrées dans le dossier de demande d'autorisation ni dans l'arrêté en litige, et que l'intérêt général de l'activité n'est pas démontré au regard du schéma régional d'aménagement et de développement durable du territoire. Toutefois, aucun de ces moyens ne conteste l'état actualisé du dossier, comprenant l'avis rendu par le SDIS le 7 février 2023, le dossier de demande complété par la société Valsud le 30 mai 2023 qui inclut notamment l'étude d'impact modifiée pour tirer les conséquences des derniers avis de la MRAE et du SDIS, le rapport, les conclusions et l'avis favorable sans réserve rendus par le commissaire-enquêteur le 28 novembre 2023 et enfin l'arrêté préfectoral modificatif du 22 janvier 2024. Par conséquent, ces moyens, qui reposent sur des éléments non mis à jour, ne peuvent qu'être écartés. Enfin, la circonstance alléguée par M. A que la société Valsud aurait bénéficié d'un " avantage concurrentiel injustifié " en gardant la possibilité de fonctionner pendant la durée du sursis à statuer est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularisation opérée. Ce moyen doit donc également être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 2 décembre 2019 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la société Valsud, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant le versement à la société Valsud de la somme qu'elle demande au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Valsud au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Valsud.

Copie de la présente décision sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. DOUMERGUE

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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