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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001226

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001226

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001226
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDE LUMLEY WOODYEAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2020, M. A B, représenté par Me de Lumley Woodyear, demande au Tribunal :

1°) de condamner l'Etat/ministère des armées à lui verser une somme de 30 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence, une somme de 30 000 euros au titre du préjudice d'agrément, une somme de 35 000 euros au titre des souffrances endurées ainsi qu'une somme de 10 000 euros au titre du préjudice d'anxiété ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- après avoir servi durant 25 ans dans la Marine nationale, il a achevé sa carrière le 31 août 2016, comme moniteur puis directeur de tir au sein de la Base navale de Toulon ; il a été exposé, durant plusieurs années, à des agents chimiques dangereux ainsi que des métaux lourds lorsqu'il a évolué professionnellement dans les deux stands de tir de Malbousquet et de la Renardière situés à Toulon et à Saint-Mandrier ;

- le Préfet Maritime et le responsable de la base navale de Toulon ont laissé du personnel être exposé aux fumées et résidus de tir sans prendre les mesures élémentaires de protection des militaires usagers des deux stands de tir de Malbousquet et Saint-Mandrier ;

- à la fin de l'année 2014, alors que le stand de tir de Malbousquet n'était pas classé comme bâtiment à risque permettant un accès à la Médecine du Travail militaire, son état de santé général s'est dégradé ;

- le 19 janvier 2015, un certificat médical administratif d'aptitude a été rendu avec réserves concernant le service à la mer et les opérations extérieures pendant deux mois ;

- le stand de tir de Malbousquet est un stand de tir couvert, contrairement à ce que prétend la hiérarchie militaire ; en outre, les stands de tir ne sont pas pourvus de dispositifs de ventilation-aspiration avec filtrage ;

- la découverte de la plombémie dont il a souffert et ses demandes d'explications ont entrainé de véritables manœuvres visant à le discréditer (bulletin de punition, baisse sensible de sa notation) ; le stand de tir de Malbousquet est très dangereux en raison de l'existence d'un toit et par l'obstruction des anciennes fenêtres de tir pour l'isolation phonique ;

- des courriers ont été envoyés à deux reprises, par son avocat, au capitaine de vaisseau Gaubert, son supérieur hiérarchique, ainsi qu'au capitaine de frégate D, de l'inspection du travail des armées mais ces courriers sont restés sans réponse ;

- les règles applicables en matière de santé et de sécurité au travail sont celles définies par le code du travail et par les décrets pris pour son application ; aucun élément produit à ce jour ne fait état d'analyse de conformité du stand de tir au regard de la plombémie et de l'évacuation des fumées et résidus de tir ; le capitaine de vaisseau Gaubert a commis des fautes pénales, en vertu des articles 222-19 et 223-1 du code pénal, en ne respectant pas la réglementation applicable en la matière ; une instruction a été ouverte par le Parquet militaire de Marseille ;

- plusieurs stands de tir de la Police Nationale ont fait l'objet de fermetures en raison de l'absence de conformité à la réglementation ;

- des mesures ont été prises suite aux courriers envoyés par son avocat au capitaine de vaisseau Gaubert ; les directeurs de tir sont désormais tenus de porter des gants, des masques, une combinaison et leur exposition est limitée à deux heures ; ceci démontre que le risque de plombémie et d'intoxication aux fumées et résidus de tirs en considération n'avait pas été pris en compte auparavant ;

- il est aujourd'hui reconnu comme travailleur handicapé et son état s'aggrave ; il n'a pu trouver un emploi dans le secteur civil et a été contraint de créer une microentreprise en qualité d'installateur sanitaire ;

- sa demande indemnitaire préalable adressée au ministre des armées et reçue le 3 janvier 2020 est restée sans réponse.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 décembre 2021 et 2 août 2022, le ministre des armées, dans le dernier état de ses écritures conclut à titre principal au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à titre infiniment subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision à rendre par le juge pénal.

Il fait valoir que :

En ce qui concerne la recevabilité :

- la requête est irrecevable car elle n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 4125-1 du code de la défense ;

- elle est également irrecevable car une première demande indemnitaire préalable a été faite le 23 janvier 2017, qui a donné lieu à une décision de rejet implicite le 23 mars 2017 ; M. B disposait alors d'un délai de deux mois, à compter de cette date, pour effectuer un recours administratif préalable obligatoire devant la commission des recours des militaires, ce qu'il n'a pas fait ; la nouvelle demande indemnitaire, formée par le requérant le 19 décembre 2019, portant sur le même fait générateur que la demande initiale du 23 janvier 2017, n'a pas eu pour effet de faire courir un nouveau délai.

En ce qui concerne le fond :

- le lien de causalité entre l'exposition au plomb de M. B et les affections dont il est ou a été victime n'est pas établi ; M. B n'a en outre pas accepté la proposition d'une expertise médicale amiable ;

- M. B n'a jamais été exposé à une plombémie supérieure à la valeur biologique réglementaire de 400 µg/l fixée par les dispositions de l'article R. 4412-152 du code du travail ;

- les mesures de protection et les normes de sécurité visant à prévenir l'exposition au plomb ont été respectées ; des mesures tendant à préserver la sécurité et la santé des personnels ont été mises en œuvre ; la surveillance de la plombémie sanguine était respectée à l'égard de tout le personnel du stand de tir de Malbousquet, et ce dès 2013 ;

- une surveillance médicale renforcée a été mise en œuvre pour M. B, conformément aux dispositions de l'article R. 4412-60 du code du travail, à partir du prélèvement du 20 janvier 2015, qui a révélé un taux de plomb dans le sang supérieur à 200µg/l ;

- contrairement à ce qu'indique M. B, même si le stand de tir de Malbousquet possède un toit, il s'agit d'un stand de tir semi-ouvert ;

- la baisse de la notation de M. B est dû à une dégradation de sa manière de servir quelques mois avant sa radiation des cadres ; en tout état de cause, le requérant ne justifie pas avoir contesté cette notation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2022 à 12h00 par une ordonnance du 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022 :

- le rapport de M. C ;

- et les conclusions de M. Cros, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1970, après avoir servi pendant 25 ans au sein de la Marine nationale, a achevé sa carrière le 31 août 2016 en tant que moniteur puis directeur de tir au sein de la Base navale de Toulon. M. B a demandé au ministre des armées, en date du 19 décembre 2019, la réparation de son préjudice à hauteur de 30 000 euros au titre de ses préjudices dans ses conditions d'existence, 30 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 35 000 euros au titre des souffrances endurées et la somme de 10 000 euros au titre du titre du préjudice d'anxiété, en raison de son exposition pendant de longues années, alors qu'il servait sur les champs de tir de Malbousquet à Toulon et à Saint-Mandrier, à des agents chimiques dangereux et à des métaux lourds, qui aurait eu des effets néfastes sur son état de santé général. Devant l'absence de réponse à cette demande par le ministre des armées, le requérant a alors introduit sa requête en date du 28 avril 2020.

2. Aux termes de l'article L. 4125-1 du code de la défense : " Les recours contentieux formés par les militaires mentionnés à l'article L. 4111-2 à l'encontre d'actes relatifs à leur situation personnelle sont précédés d'un recours administratif préalable, sous réserve des exceptions tenant à l'objet du litige déterminé par décret en Conseil d'Etat. Ce décret fixe les conditions dans lesquelles le recours est exercé. ". En outre, selon les dispositions de l'article R. 4125-1 du même code : " I. Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. La saisine de la commission est seule de nature à conserver le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention de la décision prévue à l'article R. 4125-10. II. Les dispositions de la présente section ne sont pas applicables aux recours contentieux formés à l'encontre d'actes ou de décisions : 1° Concernant le recrutement du militaire ou l'exercice du pouvoir disciplinaire ; 2° Pris en application du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et du code des pensions civiles et militaires de retraite ainsi que ceux qui relèvent de la procédure organisée par le décret n° 92-1369 du 29 décembre 1992 modifiant le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique et fixant les dispositions applicables au recouvrement des créances de l'Etat mentionnées à l'article 60 de ce décret. ". Enfin, aux termes de l'article R. 4125-10 du code de la défense : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par tout moyen conférant date certaine de réception, fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission ".

3. Il n'est pas contesté que le requérant, ainsi que le fait valoir le ministre des armées, n'a pas effectué de recours administratif préalable obligatoire devant la commission des recours des militaires avant d'introduire sa requête devant le Tribunal administratif de Toulon. Ainsi, sa requête est irrecevable, en application des dispositions précitées du code de la défense. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le ministre des armées est fondé à faire valoir que la requête de M. B, faute d'avoir été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire devant la commission des recours des militaires, est irrecevable. Ainsi, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le ministre des armées en défense et de rejeter la requête pour ce motif, sans qu'il soit nécessaire d'examiner la seconde fin de non-recevoir opposée par le ministre des armées.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé :

F. C

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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