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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001230

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001230

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001230
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantAIZAC & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 avril 2020, 10 mars 2021 et

9 novembre 2021, sous le n° 2001230, M. A B, représenté par Me Serra, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme dont le montant sera indiqué ultérieurement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est implanté au sein d'une zone franche urbaine où il exerce une activité de façon non-sédentaire dans la mesure où il reçoit ses patients en consultation à son cabinet et y exerce des activités administratives au moyen d'un salarié employé à temps plein, mais il opère ses patients dans deux établissements de santé situés en dehors de la zone franche, qui doivent être regardés comme des espaces publics ; dès lors, il doit bénéficier intégralement de l'exonération d'impôt prévue par l'article 44 octies A du code général des impôts ;

- la modification de l'article 44 octies A du code général des impôts résultant de l'article 29 de la loi n° 2013-1279 du 29 décembre 2013, concernant les modalités de détermination de l'exonération d'impôt en cas d'activité exercée partiellement en zone franche urbaine, méconnaît l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la réponse ministérielle n° 92955 " Lévy " du 25 octobre 2016 n'a pas été reprise au bulletin officiel des finances publiques ; dès lors, en application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, elle ne peut lui être opposée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er octobre 2020, 23 août 2021 et 26 novembre 2021, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue par une ordonnance du 9 août 2022.

Un mémoire, présenté pour M. B, a été enregistré le 9 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er avril 2021 et

9 novembre 2021, sous le n° 2100892, M. A B, représenté par Me Serra, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme dont le montant sera indiqué ultérieurement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est implanté au sein d'une zone franche urbaine où il exerce une activité de façon non-sédentaire dans la mesure où il reçoit ses patients en consultation à son cabinet et y exerce des activités administratives au moyen d'un salarié employé à temps plein, mais il opère ses patients dans deux établissements de santé situés en dehors de la zone franche, qui doivent être regardés comme des espaces publics ; dès lors, il doit bénéficier intégralement de l'exonération d'impôt prévue par l'article 44 octies A du code général des impôts ;

- la modification de l'article 44 octies A du code général des impôts résultant de l'article 29 de la loi n° 2013-1279 du 29 décembre 2013, concernant les modalités de détermination de l'exonération d'impôt en cas d'activité exercée partiellement en zone franche urbaine, méconnaît l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la réponse ministérielle n° 92955 " Lévy " du 25 octobre 2016 n'a pas été reprise au bulletin officiel des finances publiques ; dès lors, en application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, elle ne peut lui être opposée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 août 2021 et 26 novembre 2021, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue par une ordonnance du 9 août 2022.

Un mémoire, présenté pour M. B, a été enregistré le 9 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Dans ces deux instances, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sont pas chiffrées, et sont, en conséquence, irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2006-396 du 31 mars 2006 ;

- la loi n° 2013-1278 du 29 décembre 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Serra pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerce une activité de chirurgien vasculaire et dispose à ce titre d'un cabinet situé au sein d'une zone franche urbaine, à compter de l'année 2006 au 10 passage Pécheret, à Toulon, puis, à compter du 23 mars 2016, au 4 rue Hyppolyte Duprat, à Toulon. Il a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, puis du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. Par des propositions de rectification en date des 19 mars 2018, 16 et 23 octobre 2019, le service vérificateur a estimé qu'une partie seulement des recettes tirées de son activité sédentaire étaient générées au sein d'une zone franche urbaine et, en conséquence, il a remis en cause le bénéfice de l'exonération d'impôt prévue à l'article 44 octies A du code général des impôts pour la part des recettes réalisées par M. B en dehors d'une zone franche urbaine. Par les présentes requêtes, ce dernier demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a ainsi été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2018, pour un montant total de 111 065 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant, ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour () assurer le paiement des impôts () ". Une personne ne peut prétendre au bénéfice des stipulations précitées que si elle peut faire état de la propriété d'un bien qu'elles ont pour objet de protéger et à laquelle il aurait été porté atteinte. A défaut de créance certaine, l'espérance légitime d'obtenir une somme d'argent doit être regardée comme un bien au sens de ces stipulations. Si la remise en cause pour l'avenir de dispositions fiscales adoptées sans limitation de durée ne peut pas être contestée par le contribuable sur le terrain de l'espérance légitime, en revanche, l'atteinte à l'espérance légitime du contribuable est caractérisée lorsque le législateur remet en cause un régime fiscal garanti pour une période limitée dans le cadre d'un dispositif incitatif, ou le bénéfice d'un agrément en cours de validité délivré en contrepartie de certains engagements économiques.

4. Aux termes de l'article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction préalable à la modification résultant de l'article 29 de la loi du 29 décembre 2013 de finances rectificative pour 2013 : " () Lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans une zone franche urbaine, le bénéfice exonéré est déterminé en affectant le montant résultant du calcul ainsi effectué du rapport entre, d'une part, la somme des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises définis à l'article 1467 afférents à l'activité exercée dans les zones franches urbaines et relatifs à la période d'imposition des bénéfices et, d'autre part, la somme des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises du contribuable définis au même article pour ladite période () ". Aux termes du même article, dans sa rédaction résultant de l'article 29 de la loi du 29 décembre 2013, applicable à compter du

31 décembre 2013 : " () Lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans les zones franches urbaines, les bénéfices réalisés sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés, dans les conditions de droit commun, en proportion du montant hors taxes du chiffre d'affaires ou de recettes réalisé en dehors de ces zones () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'article 44 octies A du code général des impôts prévoyait, à compter du 1er janvier 2006, un régime d'exonération d'impôt sur les bénéfices provenant d'activités professionnelles implantées dans une zone franche urbaine. L'exonération était totale pendant cinq ans à compter du début d'activité dans les zones éligibles, puis partielle pendant neuf ans. Le bénéfice exonéré était déterminé au prorata des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises afférents à l'activité implantée en zone franche urbaine. C'est cette règle qui était alors en vigueur lors de l'implantation de M. B en zone franche urbaine, à compter du 1er janvier 2007. Toutefois, ce dispositif a été modifié dans des conditions moins favorables aux contribuables à compter du 1er janvier 2014, l'article 29 de la loi du 29 décembre 2013 de finances rectificative pour 2013 prévoyant que le bénéfice exonéré serait désormais déterminé au prorata du montant hors taxes du chiffre d'affaires ou des recettes réalisés en zone. Dans ces conditions, dès lors que le législateur avait fixé, dès l'institution de ce régime d'exonération partiel d'impôt, la période à durée limitée durant laquelle il était possible d'escompter en bénéficier, ce dispositif était bien de nature à laisser espérer son application sur l'ensemble de la période prévue, contrairement à d'autres mesures fiscales adoptées sans limitation de durée. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en modifiant prématurément le régime prévu par l'article 44 octies A du code général des impôts, le législateur a porté atteinte à une espérance légitime devant être regardée comme un bien au sens des stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Le coût élevé d'un régime fiscal ne peut constituer en lui-même un motif d'intérêt général susceptible de justifier l'atteinte portée à l'espérance légitime du contribuable, au demeurant, en l'espèce, le coût de ce dispositif n'est pas chiffré. Le moyen tiré de ce qu'il existerait un motif d'intérêt général de nature à remettre en cause le régime fiscal revendiqué doit donc être écarté même si les entreprises concernées gardent la possibilité de changer de lieu d'installation et que la modification en litige a pour objet de permettre le développement des zones franches urbaines. Par suite, la modification des modalités de détermination de l'exonération d'impôt en cas d'activité exercée partiellement en dehors de la zone franche urbaine a porté une atteinte disproportionnée à l'espérance légitime de M. B de bénéficier des montants de l'exonération auxquels il aurait pu prétendre au titre des années en litige.

7. Il est constant qu'au titre des années en litige, l'ensemble des biens imposables à la cotisation foncière des entreprises afférents à l'activité de M. B implantée en zone franche urbaine se situent au sein d'une zone franche urbaine. Ainsi, il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2018.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sont pas chiffrées. Par suite, elles doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2018.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice de la direction du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

Mme Carotenuto, première conseillère,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. D

La présidente,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

F. OUJABER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

N°s 2001230 et 210089

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