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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001268

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001268

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001268
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2020, le 12 janvier 2023 et le 4 mai 2023, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Domaine de Clapiers et M. B A, représentés par Me Journault, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume rejetant sa demande préalable du 12 février 2020 relative à l'implantation non autorisée d'une canalisation d'eaux usées sur leur propriété ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et à la communauté d'agglomération Provence Verte de retirer leur ouvrage et leurs équipements des terrains dont la SCEA Domaine de Clapiers est propriétaire et de remettre les lieux en état dans un délai de deux mois à compter de la décision de justice à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner solidairement la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et la communauté d'agglomération de la Provence Verte à verser à M. A la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral, des troubles dans ses conditions d'existence et du préjudice de jouissance qu'il a subis ;

4°) de condamner solidairement la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et la communauté d'agglomération de la Provence Verte à verser à la SCEA Domaine de Clapiers la somme de 15 000 euros, à parfaire, en réparation de son préjudice de jouissance depuis le 19 décembre 2016 ;

5°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et de la communauté d'agglomération de la Provence Verte le versement d'une somme de 2 000 euros chacun à M. A et à la SCEA Domaine de Clapiers en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le terrain cadastré section AC n° 31, désormais section AC nos 57 et 58 sur le territoire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume appartient à la société Saint Jean d'Est, désormais SCEA Domaine des Clapiers, depuis son acquisition auprès de M. B A le 19 décembre 2016 ;

- la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume a enfoui sur ce terrain une canalisation d'eaux usées et installé les équipements afférents sur la propriété de M. A, désormais propriété de la SCEA Domaine des Clapiers ;

- l'irrégularité de cette emprise n'est pas contestée ni contestable ;

- la juridiction administrative est compétente pour connaître des demandes relatives à la démolition d'un ouvrage public mal implanté (CE, 29 novembre 2019, n°410689) ;

- M. A a intérêt pour agir dès lors qu'il a subi l'implantation en secret des travaux d'implantation de la canalisation et qu'il en est résulté un préjudice de jouissance jusqu'en 2016 ;

- la commune pénètre régulièrement sur cette propriété, aux alentours de l'assiette de l'ouvrage aux fins d'exploitation du réseau en violation de leur droit de propriété ;

- un projet amiable d'échange de parcelles pour régulariser la situation n'a pas abouti ;

- cette situation porte atteinte à leur droit au respect de leurs biens, garanti par l'article 1er du premier protocole de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'absence de toute procédure préalable d'expropriation ou d'institution de servitudes légales ;

- les eaux usées qui empruntent cet ouvrage sont déversées par la suite dans le ruisseau d'Argens qui appartient à la SCEA requérante, sans contrôle de la qualité des eaux qui sont utilisées pour l'irrigation de terres environnantes ;

- la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume ne pouvait pas, par suite, rejeter la demande préalable sans commettre une erreur de droit ;

- aucune régularisation de cet ouvrage n'est possible par le recours à la servitude administrative prévue à l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime ;

- la communauté d'agglomération Provence Verte n'a pas plus procédé à la régularisation de la situation ;

- il est possible et nécessaire de procéder au déplacement de la canalisation sur les parcelles de la commune au regard des intérêts en jeu, notamment s'agissant de la santé publique ;

- la simple violation du droit de propriété est fautive et constitue en elle-même un préjudice ; le préjudice de jouissance est ici évident et permanent.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2022, le 12 octobre 2022 et le 23 janvier 2023, la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, représentée par Me Besson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- 1°) de rejeter la requête ;

- 2°) de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'une régularisation de l'emprise irrégulière est possible et a été entreprise, que le retrait des canalisations en litige porterait une atteinte excessive à l'intérêt général et que la communauté d'agglomération de la Provence Verte doit être appelée en la cause en raison du transfert de compétence intervenue au 1er janvier 2023

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, la communauté d'agglomération de la Provence Verte, représentée par la Selarl LLC et associés, agissant par Me Marchesini, demande au tribunal :

- 1°) de rejeter la requête ;

- 2°) de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des dommages liés à l'exécution et à l'entretien d'un ouvrage public géré par un service public industriel et commercial ;

- M. A ne dispose plus d'un intérêt à agir suite à la cession des parcelles AC57 et AC58 à la société Saint Jean d'Est par acte notarié du 19 décembre 2016 ;

- l'ouvrage public en cause est régularisable et sa suppression entraînerait une atteinte excessive à l'intérêt général.

La production de deux délibérations du conseil de la communauté d'agglomération de la Provence Verte relatives au transfert de la compétence " eau et assainissement " a été sollicitée par lettre du 24 janvier 2023.

La commune de Saint-Maximin a produit le 25 janvier 2023 des pièces en réponse à la mesure d'instruction diligentée par le tribunal, lesquelles n'ont pas été communiquées.

Un mémoire a été enregistré le 13 mai 2023 pour la communauté d'agglomération de la Provence Verte, lequel n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Sylvie Wustefeld, rapporteure publique,

- et les observations de Me Journault représentant la SCEA Domaine de Clapiers, Me Grange substituant Me Besson, représentant la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et de Me Marchesini, représentant la communauté d'agglomération de la Provence Verte.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile d'exploitation agricole (SCEA) Domaine de Clapiers, alors dénommée SCEA Saint Jean d'Est, a acquis le 19 décembre 2016 la propriété de plusieurs terrains situés au lieu-dit Sceaux sur le territoire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume auprès de M. B A et notamment de deux parcelles cadastrées section AC nos 57 et 58 de plus de onze hectares de superficie. Par un courrier recommandé de leur conseil du 12 février 2020, cette société et M. A ont demandé au maire de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume de procéder au retrait des installations implantées irrégulièrement par celle-ci sur ces parcelles, soient une canalisation d'évacuation des eaux usées et les équipements afférents à cette conduite, et de procéder à l'indemnisation des divers préjudices résultant de cette emprise irrégulière pour un montant global de 40 000 euros. Ces demandes préalables ont été implicitement rejetées et la SCEA Domaine des Clapiers et M. B A demandent au tribunal de condamner solidairement, dans le dernier état de leurs écritures, la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et la communauté d'agglomération de la Provence Verte, à laquelle la compétence " eau et assainissement " a été transférée au 1er janvier 2023, à retirer cet ouvrage et ces équipements, à remettre les lieux en état et à les condamner à verser une somme totale de 45 000 euros au titre de leurs divers préjudices.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Eu égard aux rapports de droit privé nés du contrat qui lie le service public industriel et commercial de l'assainissement à ses usagers, les litiges relatifs aux rapports entre ce service et ses usagers relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire (cf. Trib. confl., 8 octobre 2018, n° 4135). Toutefois, lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général (cf. CE, 29 novembre 2019, n° 410689).

3. Si la canalisation en litige se rattache à l'exploitation d'un service public de l'assainissement collectif, lequel a le caractère d'un service public industriel et commercial par l'effet des dispositions de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales, il est constant que les requérants ne se prévalent pas dans la présente instance de leur qualité d'usager de ce service mais de tiers à un ouvrage public dont ils soutiennent qu'il serait irrégulièrement implanté. Il en résulte que la juridiction administrative est seule compétente pour connaître des conclusions tendant à la dépose ou au déplacement de cette canalisation et aux éventuelles indemnisations qui pourraient résulter de cette situation de fait.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la communauté d'agglomération de la Provence Verte :

4. La communauté d'agglomération de la Provence Verte fait valoir que M. B A ne dispose plus de qualité pour agir dans le cadre de la présente instance dès lors qu'il a cédé la propriété des terrains en cause le 19 décembre 2016. Si ce dernier n'est dès lors pas fondé à s'associer aux conclusions de la SCEA requérante en ce qui concerne les conclusions tendant au déplacement de la canalisation en litige, il peut se prévaloir du préjudice qu'il allègue et qui résulterait de l'occupation de terres qui lui appartenait depuis la réalisation des canalisations en 2008 jusqu'à la vente du 19 décembre 2016, indépendamment des effets d'une éventuelle prescription. Les conclusions tendant à la dépose ou au déplacement de ces canalisations sont, en outre, recevables en tant qu'elles sont présentées par la SCEA Domaine de Clapiers, propriétaire actuelle des parcelles concernées.

Sur la régularité de l'emprise :

5. L'implantation d'une canalisation publique dans le sous-sol d'une parcelle appartenant à une personne privée, opération dépossédant les propriétaires de cette parcelle d'un élément de leur droit de propriété, ne peut être régulièrement mise à exécution qu'après soit l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, soit l'institution de servitudes dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 152-1 et R. 152-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, soit, enfin, l'intervention d'un accord amiable conclu avec les propriétaires intéressés (cf. CAA Marseille, 17 février 2023,

n° 21MA04892).

6. Il résulte de l'instruction et notamment des déclarations de la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume que les travaux réalisés en 2008 sur le terrain appartenant désormais à la SCEA Domaine de Clapiers ont porté sur la réalisation d'une canalisation d'évacuation des eaux usées traitées par la station d'épuration de la commune ainsi que des regards nécessaires à son exploitation, sans qu'une servitude ait été constituée à cette fin, qu'il ait été procédé à une expropriation de la partie de ce terrain ou que le propriétaire du terrain ait formellement consenti à cette implantation. Si les allégations des requérants, selon lesquels ces travaux, qui s'étendent sur plusieurs dizaines de mètre linéaire le long de terrains agricoles exploités, auraient été réalisés de manière subreptice et n'auraient été découverts que tardivement et fortuitement sont dépourvues de caractère sérieux, la circonstance que les propriétaires successifs de ce terrain ont été informés de ces travaux et qu'ils ont été associés en amont par la collectivité maître d'ouvrage à certaines décisions relatives à l'implantation de l'ouvrage public contesté est également sans incidence sur la régularité de cette emprise.

7. La SCEA Domaine de Clapiers est, par suite, fondée à soutenir que cette emprise est irrégulière et n'a pas été régularisée à la date de la présente décision.

Sur les conclusions tendant au déplacement des ouvrages publics :

8. Aux termes de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime : " Il est institué au profit des collectivités publiques, des établissements publics ou des concessionnaires de services publics qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisations d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales une servitude leur conférant le droit d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis, excepté les cours et jardins attenant aux habitations. / L'établissement de cette servitude ouvre droit à indemnité. Il fait l'objet d'une enquête publique réalisée selon les modalités prévues au livre Ier du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. / Un décret en Conseil d'État fixe les modalités d'application du présent article afin notamment que les conditions d'exercice de la servitude soient rationnelles et les moins dommageables à l'utilisation présente et future des terrains. ". Aux termes de l'article L. 152-2 de ce code : " Les contestations relatives à l'indemnité prévue au deuxième alinéa de l'article L. 152-1 sont jugées comme en matière d'expropriation pour cause d'utilité publique. " Aux termes de l'article R. 152-1 de ce code : " Les personnes publiques définies au premier alinéa de l'article L. 152-1 et leurs concessionnaires, à qui les propriétaires intéressés n'ont pas donné les facilités nécessaires à l'établissement, au fonctionnement ou à l'entretien des canalisations souterraines d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales, peuvent obtenir l'établissement de la servitude prévue audit article, dans les conditions déterminées aux articles R. 152-2 à R. 152-15. ". Aux termes de l'article R. 152-2 de ce code : " Sauf dispositions contraires de l'arrêté préfectoral prévu à l'article R. 152-10 décidant, dans l'intérêt de l'exploitation de la parcelle que traverse la canalisation, que la servitude n'entraîne pas certains des effets énumérés au présent article, la servitude donne à son bénéficiaire le droit : / 1° D'enfouir dans une bande de terrain dont la largeur est fixée par le préfet, mais qui ne pourra dépasser trois mètres, une ou plusieurs canalisations, une hauteur minimum de 0,60 mètre étant respectée entre la génératrice supérieure des canalisations et le niveau du sol après les travaux ; / 2° D'essarter, dans la bande de terrain prévue au 1° ci-dessus et, le cas échéant, dans une bande plus large déterminée par l'arrêté préfectoral, les arbres susceptibles de nuire à l'établissement et à l'entretien de la canalisation ; / 3° D'accéder au terrain dans lequel la conduite est enfouie, les agents chargés du contrôle bénéficiant du même droit d'accès ; / 4° D'effectuer tous travaux d'entretien et de réparation conformément aux dispositions de l'article R. 152-14. ". Et aux termes de l'article R. 152-4 de ce même code : " La personne morale de droit public maître de l'ouvrage ou son concessionnaire, qui sollicite le bénéfice de l'article L. 152-1, adresse à cet effet une demande au préfet. / À cette demande sont annexés : / 1° Une note donnant toutes précisions utiles sur l'objet des travaux et sur leur caractère technique ; / 2° Le plan des ouvrages prévus ; / 3° Le plan parcellaire des terrains sur lesquels l'établissement de la servitude est envisagé, avec l'indication du tracé des canalisations à établir, de la profondeur minimum à laquelle les canalisations seront posées, de la largeur des bandes prévues aux 1° et 2° de l'article R. 152-2 et de tous les autres éléments de la servitude. Ces éléments devront être arrêtés de manière que la canalisation soit établie de la façon la plus rationnelle et que la moindre atteinte possible soit portée aux conditions présentes et futures de l'exploitation des terrains ; / 4° La liste par commune des propriétaires, établie à l'aide d'extraits des documents cadastraux délivrés par le service du cadastre ou à l'aide des renseignements délivrés par le service de la publicité foncière au vu du fichier immobilier ou par tous autres moyens. () ".

9. Le juge ne peut déduire le caractère régularisable d'un ouvrage public irrégulièrement implanté, qui fait obstacle à ce que soit ordonnée sa démolition, de la seule possibilité pour son propriétaire, compte tenu de l'intérêt général qui s'attache à l'ouvrage en cause, de le faire déclarer d'utilité publique et d'obtenir ainsi la propriété de son terrain d'assiette par voie d'expropriation, mais est tenu de rechercher si une procédure d'expropriation avait été envisagée et était susceptible d'aboutir.

10. Ainsi qu'il est dit au point 2, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, lorsque l'ouvrage est irrégulièrement implanté, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible. Il résulte de l'instruction que la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume avait entrepris des démarches auprès des services des Domaines et du préfet du Var afin d'engager une procédure d'établissement de servitudes de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime, démarches dont l'échec n'est pas imputable à une mauvaise volonté de cette collectivité. Par ailleurs, il est constant que les tronçons de la canalisation en cause ne sont pas implantés dans des cours ou jardins attenants à des habitations mais le long de terrains agricoles. L'institution d'une telle servitude constituerait une régularisation appropriée et si les requérants entendent conditionner une telle régularisation à l'obtention d'avantages sans lien avec l'ouvrage public en cause, une telle opposition n'est pas de nature à rendre impossible cette régularisation dans les conditions prévues par le code rural et de la pêche maritime. Dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête tendant au déplacement de la canalisation en litige et d'impartir à la communauté d'agglomération de la Provence Verte, en charge des équipements d'assainissement en litige depuis le 1er janvier 2023, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, de saisir le préfet du Var d'une demande d'établissement d'une servitude de l'article L. 152-1 selon la procédure exposée notamment à l'article R. 152-4 de ce code et d'obtenir, par l'effet de l'établissement d'une telle servitude, la régularisation de l'implantation de cet ouvrage.

Sur les conclusions indemnitaires de la requête :

11. Il résulte de l'instruction et notamment des pièces photographiques permettant de localiser le tracé de la canalisation enterrée en litige que celle-ci est située en lisière des terrains agricoles de la SCEA Domaine de Clapiers. À supposer même que cette emprise ait été, comme le soutient sans l'établir la société requérante, découverte de manière fortuite à l'occasion de travaux agricoles, celle-ci ne produit aucun élément de nature à établir un préjudice matériel ou un préjudice de jouissance des terres agricoles concernées. Aucun élément relatif à la dégradation des eaux de la rivière voisine n'est par ailleurs produit qui établirait un lien causal direct entre l'emplacement de cette canalisation et une éventuelle pollution et le droit dont se prévaut la société requérante de prélever l'eau de cette rivière n'est pas plus étayé. Enfin, aucun élément ne vient supporter le préjudice moral ou le trouble dans les conditions d'existence qui aurait affecté cette personne morale et l'ancien propriétaire de lieux du fait de l'absence de formalisation écrite de l'accord consenti par ce dernier pour permettre l'implantation de cet ouvrage. Les conclusions indemnitaires relatives aux préjudices moral et de jouissance et aux troubles dans les conditions d'existence des requérants doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais de justice :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge des parties les frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête tendant au déplacement de la canalisation en litige et d'impartir à la communauté d'agglomération de la Provence Verte, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, de saisir le préfet du Var d'une demande d'établissement d'une servitude de l'article L. 152-1 selon la procédure exposée notamment à l'article R. 152-4 de ce code et d'obtenir, par l'effet de l'établissement de cette servitude, la régularisation de l'implantation de la canalisation d'évacuation des eaux usées traitées qui longent les parcelles cadastrées section AC nos 57 et 58 appartenant à la SCEA Domaine de Clapiers

Article 2 : Les conclusions indemnitaires de la SCEA Domaine de Clapiers et de M. B A tendant à la réparation de leur préjudice moral, des troubles dans leurs conditions d'existence et de leur préjudice de jouissance sont rejetées.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Domaine de Clapiers, à M. B A, à la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, à la communauté d'agglomération de la Provence Verte et à la société SAUR.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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