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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001396

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001396

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001396
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2020, et un mémoire enregistré le 7 septembre 2021, la SCI Paluti, représentée par la Selarl FEAT agissant par Me Peltier-Feat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais reçu la proposition de rectification en date du 25 novembre 2016 relative aux impositions litigieuses ; il s'ensuit que la prescription n'a pas été interrompue en application de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ;

- elle n'a pas opté à l'impôt sur les sociétés ni s'est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée ;

- en l'espèce, elle ne réalise pas d'opérations d'achats et de reventes en tant qu'investisseur professionnel ; son activité ne s'apparente pas à celle d'un marchand de biens en l'absence d'intention spéculative et la condition d'habitude n'étant pas remplie ;

- l'administration n'a pas qualifié les opérations réalisées, lesquelles ne peuvent s'apparenter à une activité économique exercée de manière indépendante, et elle ne saurait déduire l'assujettissement à la TVA de la seule circonstance que la SCI serait assujettie à l'impôt sur les sociétés ; aucune démarche active de commercialisation n'a été entreprise par la société, qui s'est bornée à gérer son patrimoine immobilier ;

- l'administration n'a pas justifié la qualification d'immeuble neuf.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juillet 2020 et 25 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Paluti a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015. Lors de ce contrôle, l'administration fiscale a considéré que la SCI avait réalisé des opérations immobilières présentant un caractère habituel dans une intention spéculative lui conférant la qualité de marchand de biens. A ce titre, elle a été assujettie à l'impôt sur les sociétés en application de l'article 206-2 du code général des impôts et à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en application des dispositions combinées des articles 256 I et 257 I du même code. Une proposition de rectification en date du 25 novembre 2016 lui a été adressée en application de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, s'agissant des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés, et en vertu de l'article L. 66-3° s'agissant des rectifications en matière de TVA. En l'absence de réponse de la société requérante, un avis de mise en recouvrement a été établi le 30 janvier 2017. La SCI Paluti a contesté les impositions litigieuses par une réclamation en date du 23 octobre 2017 à laquelle l'administration n'a pas répondu. Par la présente requête, la société demande au Tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014.

Sur la prescription du droit de reprise de l'administration :

2. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ". Par ailleurs, en application de l'article L. 176 de ce livre : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. () ". Enfin, l'article L. 189 du même livre dispose que : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".

3. D'une part, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 25 novembre 2016 a été adressée par lettre recommandée avec accusé réception au domicile du gérant de la SCI requérante, M. C. Il résulte de l'avis de réception que le pli a été distribué le 5 décembre 2016 ainsi qu'en atteste la signature apposée dans le cadre réservé au destinataire sur ce document. Si par principe, la proposition de rectification doit être adressée au lieu où les contribuables souscrivent leurs déclarations, à savoir, pour les sociétés, le principal établissement ou, par exception, le siège social, l'administration justifie l'envoi de ce courrier au domicile du gérant dès lors que l'avis de vérification en date du 8 août 2016 qui avait été préalablement adressé au siège social de la SCI Paluti, rue Ambroise Paré sur la commune de La Valette, n'avait pu être délivré. Par ailleurs, elle fait valoir sans être contestée que le siège de la SCI Paluti a été transféré le 29 septembre 2016, au chemin de la Font de l'Ange à Hyères, sans que l'administration fiscale en ait été informée. Enfin, elle soutient également que le gérant avait demandé expressément que les opérations de contrôle se déroulent à son domicile. Ainsi, compte tenu de ces éléments, la notification de la proposition de rectification au domicile du gérant de la SCI requérante n'apparaît pas irrégulière.

4. D'autre part, lorsque le contribuable soutient que l'accusé de réception d'un pli recommandé, portant notification de la proposition de rectification, n'a pas été signé par lui, il lui appartient toutefois d'établir que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont il s'agit. Dans le cas où le contribuable n'apporte aucune précision sur l'identité de la personne signataire de l'avis litigieux et s'abstient de dresser la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour signer un tel avis, il ne peut être regardé comme ayant démontré que le signataire de l'avis de réception n'était pas habilité à réceptionner ce pli.

5. Il est constant que le pli comportant la proposition de rectification du 25 novembre 2016 avait fait l'objet du dépôt, dans la boîte aux lettres de M. C, le 1er décembre 2016, d'un avis postal l'informant qu'un courrier avait été mis à sa disposition à son bureau de poste. Il résulte de l'avis de réception que le pli a été distribué le 5 décembre 2016 ainsi qu'en atteste la signature apposée par un mandataire dans le cadre réservé au destinataire sur ce document. La SCI Paluti n'établit pas que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont il s'agit. Elle n'a pas davantage dressé la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour signer un tel avis. La circonstance que le nom et prénom de la personne ayant retiré le pli ne soit pas mentionné sur l'avis de réception est sans incidence sur la preuve de réception de la proposition de rectification au gérant de la société. Par suite, la SCI Paluti n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait jamais reçu la proposition de rectification et à se prévaloir de la prescription du droit de reprise de l'administration.

Sur l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés :

6. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts alors en vigueur : " () 2. Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt, même lorsqu'elles ne revêtent pas l'une des formes visées au 1, si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 ". Aux termes du I de l'article 35 du même code : " Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / 1° Personnes qui, habituellement, achètent en leur nom, en vue de les revendre, des immeubles, des fonds de commerce, des actions ou parts de sociétés immobilières (). / 1° bis Personnes qui, à titre habituel, achètent des biens immeubles, en vue d'édifier un ou plusieurs bâtiments et de les vendre, en bloc ou par locaux () ".

7. L'activité de marchand de biens, regardée comme une activité commerciale en application de ces dispositions, est subordonnée à la double condition que les opérations d'achat en vue de la revente procèdent d'une intention spéculative et qu'elles présentent un caractère habituel.

8. D'une part, la condition d'habitude à laquelle est subordonnée l'application des dispositions précitées du I de l'article 35 du code général des impôts, s'apprécie en principe en fonction du nombre d'opérations réalisées et de leur fréquence. D'autre part, la condition d'intention spéculative, qui ne se présume pas du fait du caractère habituel de la pratique et présente un caractère objectif, doit être recherchée à la date d'acquisition des immeubles ultérieurement revendus, et non à la date de leur cession.

9. Il résulte des statuts de la société qu'elle a pour objet " l'acquisition de tout bien immobilier en France métropolitaine, la propriété et l'exploitation de ces biens, notamment par voie de location, ainsi que la vente, la construction ou la rénovation de tout ou partie de ces immeubles, ainsi toutes opérations se rattachant à l'objet social ou pouvant en faciliter la réalisation à la condition qu'elles ne modifient pas le caractère civil de la société ".

10. Par ailleurs, et surtout, il résulte de l'instruction que la SCI Paluti a réalisé notamment entre 2002 et 2014 neuf acquisitions et dix ventes de biens immobiliers. Dès lors, en raison de la continuité et du nombre de ces transactions et nonobstant leur étalement sur une longue période, la SCI requérante, dont le gérant est au demeurant gérant et associé dans d'autres sociétés commerciales qui exercent notamment une activité de marchands de biens, ce que la société ne conteste pas, doit être regardée comme ayant procédé de manière habituelle à des opérations d'achat et de revente de biens immobiliers.

11. S'agissant particulièrement de la période 2013 et 2014, la SCI Paluti a acquis en 2013 les lots n°s 10, 16, et 20 de l'immeuble dénommé " Villa Joséphine " sis 284 avenue pré Fauchier à Toulon pour un montant total de 64 000 euros, puis a revendu l'ensemble des lots moins d'une année plus tard en 2014 pour un montant total de 127 000 euros. Au demeurant, elle avait précédemment en 2002 et 2003 réalisée une opération semblable d'achat et de vente sur la même propriété. Ainsi, la proximité dans le temps de ces achats et ventes ainsi que l'absence de mise en location des biens en litige révèlent que ces opérations procèdent, dès leur date d'acquisition, d'une intention spéculative.

12. Le caractère habituel et l'intention spéculative étant en l'espèce établis, c'est par suite à bon droit que l'administration a regardé la SCI Paluti comme s'étant livrée, au cours des exercices 2013 à 2015, à une activité commerciale de marchand de biens entrant dans les prévisions des dispositions précitées du I de l'article 35 du code général des impôts et a considéré que les bénéfices résultant de cette activité devaient être imposés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux sur le fondement de cet article.

Sur l'assujettissement des cessions de terrain à la TVA :

13. Aux termes de l'article 2 de la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée et de l'article 256 du code général des impôts, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens effectuées à titre onéreux " par un assujetti agissant en tant que tel ". Il résulte de ces dispositions, et notamment de leur interprétation par la cour de justice de l'Union européenne, qu'un assujetti doit agir " en tant que tel " pour qu'une opération puisse être soumise à la taxe sur la valeur ajoutée. Selon l'article 256 A du code précité : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa de cet article, quel que soit leur statut juridique, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services () ". En application des dispositions de l'article 257, I-2 2°) du même code, les livraisons à titre onéreux d'immeubles neufs sont imposables de plein droit à la taxe sur la valeur ajoutée.

14. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt de se fonder sur les résultats de l'instruction, compte tenu, le cas échéant, de l'abstention des parties à produire les éléments qu'elles sont seules en mesure d'apporter, pour estimer si l'activité d'un contribuable doit être soumise à la taxe sur la valeur ajoutée.

15. Ainsi qu'il a déjà été dit au point 12, la SCI Paluti s'est comportée comme un marchand de biens en procédant à l'acquisition de biens immobiliers avec une intention spéculative et de manière habituelle. Ce faisant, la société n'a pas agi dans un cadre purement patrimonial et dans le simple exercice de son droit de propriété, mais dans le but d'accomplir son activité économique de marchand de biens. Par suite, en procédant à la revente en 2014 de deux garages et un appartement dans l'immeuble " Villa Joséphine ", sis 284 avenue Pré Fauchier à Toulon, lequel a été achevé en juin 2013 soit depuis moins de cinq ans à la date de la cession, la SCI doit être regardée comme s'étant livrée à une activité économique réalisée par un assujetti en tant que tel, passible de la taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement des dispositions précitées au point 13.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SCI Paluti n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 ainsi que des rappels sur la taxe de la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Paluti est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Paluti et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022, où siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Hamon, premier conseiller,

- M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. A

La présidente,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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