jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2001483 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GILLES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juin 2020 et un mémoire enregistré le 12 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Gilles, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal (CHI) de Fréjus-Saint-Raphaël à lui verser la somme totale de 58 742,93 euros en réparation des préjudices qu'elle impute à l'infection nosocomiale qu'elle a contractée à l'occasion de son hospitalisation le 15 juillet 2017 ;
2°) de mettre à la charge du CHI de Fréjus-Saint-Raphaël la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner le CHI de Fréjus-Saint-Raphaël aux entiers dépens ;
4°) de débouter le CHI de Fréjus-Saint-Raphaël de l'ensemble de ses demandes, fins et conclusions.
Elle soutient qu'elle a développé une infection nosocomiale à la suite de sa prise en charge du 15 juillet 2017 dont le CHI de Fréjus-Saint-Raphaël est responsable ; la commission de conciliation a uniquement pris en considération le délai entre la gazométrie réalisée le 15 juillet 2017 et sa nouvelle présentation au CHI le 9 septembre 2017 et a considéré que ce délai lui apparaissant " trop long " pour retenir un lien de causalité mais n'a pas pris en compte les vives douleurs qu'elle a ressenties dès la prise de sang du 15 juillet 2017, ni l'œdème qui s'est développé peu de temps après cet examen ;
Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2021, le centre hospitalier intercommunal (CHI) de Fréjus-Saint-Raphaël, représenté par la Selarl Abeille et Associés, agissant par Me Zandotti, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- l'infection survenue ne peut être qualifiée de nosocomiale ;
- aucune faute n'est relevée à son encontre ni en per/postopératoire ni dans le suivi de l'infection.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de Mme Mme Wustefeld, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 juillet 2017, Mme B A, alors âgée de 78 ans, s'est présentée au service des urgences du centre hospitalier intercommunal (CHI) de Fréjus-Saint Raphaël, pour une dyspnée et une douleur thoracique, qui a réalisé plusieurs examens dont une gazométrie afin de vérifier l'acidité, les niveaux d'oxygène et de dioxyde de carbone dans le sang artériel. Deux tentatives de prise de sang au niveau de l'artère radiale ont été réalisées sans succès et l'examen a finalement été réalisé sur le poignet droit. Un œdème s'est cependant développé sur le poignet gauche de Mme A. Le 9 septembre 2017, en raison de douleurs à ce poignet, elle s'est présentée aux urgences du CHI. La douleur persistant, elle a été renvoyée aux urgences du CHI et le 11 septembre 2017, le diagnostic d'une arthrite septique du poignet gauche, avec staphylocoque doré, a alors été posé. Le 15 septembre 2017, elle s'est faite opérée. Il persiste une grande limitation de la mobilité du poignet gauche ainsi qu'une légère amyotrophie au niveau du bras gauche. Mme A demande réparation des préjudices qu'elle impute à l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au CHI le 15 juillet 2017.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 % ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ".
3. Il résulte des dispositions précitées qu'un patient peut rechercher la responsabilité sans faute de l'établissement hospitalier lorsqu'une infection qu'il a contractée lui a causé un taux d'incapacité permanente inférieure à 25 % et celle de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale pour une infection plus grave.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise réalisée le 4 décembre 2019 à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), que le déficit fonctionnel permanent dont souffre Mme A à la suite de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée a été évalué à 18 %. Seule, la responsabilité du CHI de Fréjus-Saint Raphaël peut donc être recherchée par Mme A à ce titre.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du même rapport d'expertise précité, que " l'affection est représentée par l'infection du poignet qui s'est révélée en septembre 2017 et que l'accident correspond à l'inoculation par la gazométrie réalisée le 15/07/2017 (). En l'absence d'argument pour une autre origine de cette complication infectieuse, on peut imputer par défaut la gazométrie, mais sans relation directe et certaine. En effet, le délai entre l'acte médical et l'apparition des signes infectieux (bien qu'il y ait eu auparavant des signes douloureux) nous parait long (). Il s'agit d'une infection associée aux soins et nous n'avons aucun élément d'interrogatoire ou de prise en charge pour démontrer qu'il puisse y avoir une cause étrangère ou extérieure responsable de cette complication infectieuse en dehors de la réalisation de cette gazométrie le 15/07/2017 ".
6. Dans son avis en date du 16 mars 2020, la CCI PACA a rejeté la demande de règlement amiable présentée par Mme A en considérant que " les éléments du dossier ne permettent pas d'établir un lien de causalité direct et certain entre les soins réalisés et le dommage survenu, et par suite, que la qualification d'infection nosocomiale de l'arthrite septique dont Mme A a été victime ne peut être retenue en l'espèce ". Elle a également retenu que " le délai entre la gazométrie, réalisée le 15 juillet 2017, et l'apparition des signes infectieux début septembre 2017, soit un mois et demi, paraît trop long pour retenir un tel lieu de causalité, a fortiori en l'absence de tout élément au dossier quant à un état d'inflammation, et/ou de rougeur, et/ou d'induration, de la zone concernée par la gazométrie ".
7. Toutefois, d'une part, Mme A produit la copie du rapport journalier d'hospitalisation qui précise : " Le 17/07/2017 11:33 () douleurs thoracique + avant-bras gauche : poignet gonflé () Résultats () Depuis 4h la douleur thoracique a disparue, mais il reste une douleur très importante au poignet qui [est] gonflé ; Le 18/07/2017 05:29 () douleur poignet gauche toujours présente ; 22/07/2017 09:52 () Douleur au niveau du pouce gauche toujours évaluée à 5. Œdème en régression, incapacité à se servir de la main ". D'autre part, à la question II de la fiche récapitulative de conclusions jointe au rapport d'expertise précité, on peut lire " Peut-on considérer qu'à l'origine du dommage, il existe : () 2.2 Une infection : - Nosocomiale () En tout () Oui ".
8. Par suite, en application des dispositions précitées du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique précité, le CHI de Fréjus-Saint Raphaël ne rapportant pas la preuve d'une cause étrangère à la survenue de l'infection, Mme A est fondée à soutenir que celle-ci présente le caractère d'une infection nosocomiale et qu'il est responsable des dommages résultant de l'infection qu'elle a contractée.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
9. Il résulte de l'instruction que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total le 9 septembre 2017 (1 jour) puis du 11 septembre 2017 au 24 novembre 2017 (74 jours), du 20 août 2018 au 28 septembre 2018 (39 jours) et du 10 janvier 2019 au 30 janvier 2019 (20 jours). Elle a également subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % le 10 septembre 2017 (1 jour) puis du 25 novembre 2017 au 25 janvier 2018 (61 jours), et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 26 janvier 2018 au 7 août 2019 (558 jours).
10. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi, sur la base d'un montant d'indemnisation de 16 euros par jour pour une incapacité totale, en l'évaluant à la somme de 4 872,00 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
11. Dans l'expertise précitée de la CCI, les souffrances temporaires endurées par Mme A ont été évaluées à 3,5/7. Il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en les indemnisant par l'allocation de la somme de 5 410,00 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
12. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique temporaire de Mme A peut être évalué à 2/7. Il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en les indemnisant par l'allocation de la somme de 500,00 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
S'agissant de l'aménagement du véhicule au handicap :
13. L'expertise précitée de la CCI a relevé qu'un surcout était induit par l'aménagement du véhicule de Mme A au handicap, consistant en une boite de vitesses automatique et une boule au niveau du volant. Mme A produit une facture du garagiste ayant procédé à ces aménagements d'un montant de 1 178,93 euros. Il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à cette somme de 1 178,93 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
14. Depuis la date de consolidation de son état de santé, le 8 août 2019, Mme A, alors âgée de 80 ans, est restée atteinte d'un déficit fonctionnel permanent partiel évalué dans l'expertise précitée à 18 %. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 21 000,00 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
15. Compte tenu de l'âge de la requérante, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000,00 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
16. L'expertise précitée a évalué le préjudice esthétique permanent de Mme A à 1,5/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 400,00 euros.
S'agissant du préjudice lié à des pathologies évolutives :
17. L'expertise précitée de la CCI a relevé qu'une évolution vers une arthrose radio-carpienne gauche était attendue. Compte tenu de l'âge de la requérante, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500,00 euros.
18. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'allouer à Mme A la somme totale de 37 860,93 euros au titre des préjudices qu'elle a subis.
Sur les dépens :
19. En l'espèce, les frais d'expertise ont été pris en charge par la CCI PACA. Mme A n'établit pas s'être acquittée de dépens qui seraient restés à sa charge. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHI de Fréjus-Saint Raphaël le versement de la somme de 2 000 euros au profit de Mme A au titre des frais exposés non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le CHI de Fréjus-Saint Raphaël sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint Raphaël versera une somme de 37 860,93 euros à Mme A en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint Raphaël versera une somme de 2 000,00 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint Raphaël sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint Raphaël.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, où siégeaient :
- M. Harang, président,
- M. Jean-Alexandre Silvy, premier conseiller,
- M. Lamarre, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. CLe président,
Signé
P. HARANGLe greffier
Signé
A.CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2001483
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026