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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001628

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001628

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001628
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon a partiellement fait droit à la demande de Mme A, ouvrière d'État exposée à l'amiante à la DCN de Toulon de 1982 à 2003. Il a reconnu la responsabilité de l'État pour manquement à son obligation de sécurité, sur le fondement des décrets de 1977 et 2002, mais uniquement pour la période antérieure au 1er juin 2003. L'État a été condamné à verser 10 500 euros au titre du préjudice d'anxiété, avec intérêts au taux légal à compter du 28 février 2020 et capitalisation, tandis que la demande pour suivi post-professionnel a été rejetée faute de preuve.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2020, Mme C B, épouse A, représentée par Me Macouillard, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 30 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son exposition aux poussières d'amiante ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'État a commis une faute, dès lors qu'elle a été exposée, durant toutes ses années d'activité au sein de la direction des constructions navales, à l'inhalation de poussières d'amiante ;

- ses préjudices extrapatrimoniaux doivent être réparés ;

- le lien de causalité entre la faute et ses préjudices est établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le ministre des armées conclut à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;

- le décret n° 2002-832 du 3 mai 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les observations de Me Tizot, substituant Me Macouillard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, née le 26 février 1966, a exercé en qualité d'ouvrière d'État au sein de la direction des constructions navales (DCN) de Toulon, de 1982 à 2017. Par un courrier du 26 février 2020 adressé au ministre des armées, elle a demandé, en vain, la réparation de préjudices qu'elle impute à son exposition aux poussières d'amiante, durant sa carrière.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. La responsabilité de l'administration, en sa qualité d'employeur, peut être engagée en cas de manquement à l'obligation de sécurité à laquelle elle est tenue envers les agents, lorsqu'elle a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel étaient exposés ces derniers et qu'elle n'a pas pris les mesures nécessaires pour les en préserver.

3. D'une part, le décret du 17 août 1977 relatif aux mesures particulières d'hygiène applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l'action des poussières d'amiante comportait des dispositions interdisant l'exposition à l'amiante des travailleurs au-delà d'un certain seuil et imposait aux employeurs de contrôler la concentration en fibres d'amiante dans l'atmosphère des lieux de travail, de nature à réduire le risque de maladie dans les établissements concernés.

4. D'autre part, le décret du 3 mai 2002 relatif à la situation des personnels de l'Etat mis à la disposition de l'entreprise nationale DCNS prévue à l'article 78 de la loi de finances rectificative pour 2001, a placé ceux-ci sous un régime de droit commun après le 31 mai 2003, la DCN étant devenue une société privée le 1er juin 2003. Par suite, l'Etat, qui n'avait plus la qualité d'employeur, ne peut voir sa responsabilité engagée à compter de cette date au titre de l'exposition de l'intéressée.

5. En premier lieu, la décision de reconnaissance du droit à l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité prévue par le décret du 21 décembre 2001 vaut reconnaissance pour l'intéressée d'un lien établi entre son exposition aux poussières d'amiante et la baisse de son espérance de vie. Cette circonstance, qui suffit par elle-même à faire naître chez son bénéficiaire la conscience du risque de tomber malade, est la source d'un préjudice indemnisable au titre du préjudice d'anxiété. Il résulte de l'instruction que, le 28 juillet 2017,

Mme A a été admise à percevoir, à compter du 1er septembre suivant, l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité. Son relevé des services fait mention d'une exposition à l'amiante durant vingt ans, huit mois et dix-sept jours, jusqu'au 1er juin 2003, date à laquelle la DCN est devenue une société privée. Eu égard aux conditions et à la durée de l'exposition personnelle de Mme A aux poussières d'amiante, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'anxiété subi en condamnant l'Etat à lui verser une indemnité de 10 500 euros.

6. En second lieu, Mme A se borne à faire valoir qu'elle bénéficie d'un suivi post-professionnel de son état de santé, dans le cadre de l'arrêté du 28 février 1995, sans produire aucune pièce à l'appui de sa demande, de sorte que le préjudice allégué, qui pourrait résulter du caractère contraignant de tels examens, n'est pas établi. Dès lors, sa demande doit être rejetée sur ce point.

Sur les intérêts :

7. Mme A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 10 500 euros à compter du 28 février 2020, date de réception de sa demande par le ministre des armées.

8. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 24 juin 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 28 février 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B, épouse A une somme de 10 500 euros avec intérêts au taux légal à compter du 28 février 2020. Les intérêts échus à la date du 28 février 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B, épouse A une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.00

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