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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001934

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001934

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001934
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantVEDESI ASSOCIATION D' AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 juillet 2020, 13 juillet 2021, 6 janvier 2022 et 25 janvier 2022, la société anonyme (SA) Leroy Merlin France, représentée par Me de Vernejoul, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 pour ses locaux situés au 9001, rue des Commandos d'Afrique, sur le territoire de la commune de La Valette-du-Var, ainsi que des frais de gestion correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, tel qu'il résulte du rapport d'activité et de développement durable du syndicat mixte intercommunal de transport et de traitement des ordures ménagères de l'aire Toulonnaise au titre de l'année 2018 et du tableau issu du site internet impots.gouv.fr, excède largement le besoin de financement du service de collecte et de traitement des déchets ; dès lors, la délibération du conseil métropolitain de la métropole Toulon-Provence-Méditerranée du 27 mars 2018 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2018 est illégale au regard de l'article 1520 du code général des impôts et de l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée BOI-IF-AUT-90-30-10 du 24 juin 2015 ; par voie d'exception d'illégalité de cette délibération, elle est fondée à demander la décharge de l'imposition en litige ;

- les données figurant dans le budget primitif de la métropole Toulon-Provence-Méditerranée, faisant état d'un excédent de 7 %, déjà excessif, sont contredites par le rapport annuel du syndicat mixte intercommunal de transport et de traitement des ordures ménagères de l'aire Toulonnaise, faisant état d'excédents récurrents et importants, mais aussi par le compte administratif établi au titre de l'année 2018, faisant état d'un excédent de 14,86 %, arrondi à 15 %, qui est manifestement disproportionné ; dès lors, les données du budget primitif, qui ne sont pas sincères, doivent être écartées ;

- l'attribution de compensation ne relève pas du champ de l'article 1520 du code général des impôts, elle ne doit pas être prise en compte dans le calcul des dépenses de fonctionnement du service de collecte et de traitement des déchets.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 janvier 2021 et 21 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par des observations, enregistrées les 15 juin 2021 et 20 septembre 2021, la métropole Toulon-Provence-Méditerranée, représentée par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante du versement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Des observations, produites pour la métropole Toulon-Provence-Méditerranée, ont été enregistrées le 26 janvier 2022 et n'ont pas été communiquées en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vergnon, pour la métropole Toulon-Provence-Méditerranée.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la SA Leroy Merlin France, propriétaire de locaux situés au 9001, rue des Commandos d'Afrique, sur le territoire de la commune de La Valette-du-Var, demande au tribunal de prononcer la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018, pour un montant total de 1 999 euros, frais de gestion compris.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale, dans sa rédaction en vigueur pour l'année 2018 : " I. - Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'entendent des déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières.

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales précité et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations.

4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe.

5. Pour solliciter la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères en litige, la société requérante soutient, par voie d'exception, que la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2018 est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux et du produit de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service. Par une délibération du conseil métropolitain de la métropole Toulon-Provence-Méditerranée du 27 mars 2018 le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2018 a été fixé à 8,05 %. Il ressort du budget primitif de l'année 2018 de cette métropole que les dépenses de fonctionnement du service de collecte et de traitement des déchets, y compris les dotations aux amortissement, représentent un montant total de 74 953 494 euros, ramené à 66 813 789 euros une fois exclues les " attributions de compensation ", dont il ne résulte pas de l'instruction, dans les circonstances de l'espèce, qu'elles seraient exposées pour les besoins du service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales. Le montant des recettes non fiscales prévisionnelles représente 1 886 731 euros. Dès lors, le montant des dépenses prévisionnelles non couvertes par des recettes n'ayant pas un caractère fiscal représente 64 927 058 euros alors que le produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est 68 885 000 euros. Par conséquent, le produit de cette taxe excède de 6,10 % le montant des charges qu'elle a pour objet de couvrir. L'excédent prévisionnel de recettes ainsi dégagé par rapport aux dépenses de fonctionnement exposées n'est pas manifestement disproportionné.

6. En deuxième lieu, d'une part, si la société requérante se prévaut des données figurant dans le rapport annuel du syndicat mixte intercommunal de transport et de traitement des ordures ménagères de l'aire Toulonnaise, ces données ne sont toutefois pas pertinentes dans la mesure où, d'une part, ce syndicat regroupe 26 communes, appartenant à la métropole Toulon-Provence-Méditerranée, qui réunit 12 communes, mais aussi à deux autres communautés de communes et, d'autre part, ce syndicat se borne à assurer le traitement et l'élimination des déchets mais par leur collecte. D'autre part, il résulte du compte administratif de la métropole Toulon-Provence-Méditerranée au titre de l'année 2018 que les dépenses de fonctionnement du service de collecte et de traitement des déchets, y compris les dotations aux amortissement, ont représenté un montant total de 63 766 093 euros une fois exclues les " attributions de compensation ". Le montant des recettes non fiscales a représenté 2 967 224 euros. Dès lors, le montant des dépenses non couvertes par des recettes n'ayant pas un caractère fiscal a représenté 60 798 869 euros alors que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a été de 69 832 819 euros. Par conséquent, le produit de cette taxe a excédé de 14,86 % le montant des charges qu'elle a pour objet de couvrir, ce qui n'est pas manifestement disproportionné. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que la métropole aurait eu connaissance de ces données à la date du vote du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicable au titre de l'année 2018 ni que les données prévisionnelles, découlant notamment des éléments retracés dans le compte administratif ou le rapport annuel relatif au service public d'élimination des ordures ménagères relatifs à l'année précédente, au vu desquelles la délibération a été prise, diffèreraient sensiblement de celles constatées a posteriori. Par suite, le moyen, soulevé par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de la délibération ayant institué le taux de taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2018 doit être écarté.

7. En troisième lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'instruction publiée le 24 juin 2015 sous la référence BOI-IF-AUT-90-30-10, qui au demeurant ne comporte pas une interprétation différente de celle qui résulte de la loi, dans la mesure où les cotisations de taxe en litige ne procèdent pas d'un rehaussement mais d'une imposition primitive.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Leroy Merlin France n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 pour ses locaux situés au 9001, rue des Commandos d'Afrique sur le territoire de la commune de La Valette-du-Var.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante le versement à la métropole Toulon-Provence-Méditerranée de quelque somme que ce soit au titre des mêmes dispositions. En tout état de cause, la métropole Toulon-Provence-Méditerranée n'a pas la qualité de partie à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SA Leroy Merlin France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole Toulon-Provence-Méditerranée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Leroy Merlin France, au directeur départemental des finances publiques du Var et à la métropole Toulon-Provence-Méditerranée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

T. A

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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