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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001946

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001946

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001946
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantITEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Gay-Para-Manwaring, représentée par Me Itey, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 30 septembre 2014, 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été privée de débat oral et contradictoire ;

- la dépréciation de la valeur du fonds de commerce est effective et justifiée ; dès lors, c'est à tort que l'administration a remis en cause la déduction de la provision constituée à cet effet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2020, la directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Itey, pour la SARL Gay-Para-Manwaring.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Gay-Para-Manwaring exploite une pharmacie située à Toulon sous l'enseigne " Pharmacie Plein Soleil ". Par une proposition de rectification en date du 20 juillet 2017 faisant suite à un examen de comptabilité portant sur la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2016, l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de provisions pour dépréciation du fonds de commerce que la société avait constituées. Par la présente requête, la société demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a ainsi été assujettie au titre des exercices clos les 30 septembre 2014, 2015 et 2016, pour un montant total de 170 498 euros en droits et intérêts de retard.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 13 G du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, les agents de l'administration peuvent, lorsque des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables tiennent leur comptabilité au moyen de systèmes informatisés, examiner cette comptabilité sans se rendre sur place ".

3. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que des entretiens ont été proposés à la société requérante par téléphone les 25 avril 2017, 2 mai 2017, 4 mai 2017 et 27 juin 2017. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait refusé d'échanger avec la société sur les points en litige. La circonstance que la vérificatrice aurait refusé de retenir les termes de comparaison proposés par la société requérante, alors au demeurant que ce refus a été motivé, n'a été en aucun cas de nature à priver la société d'un débat oral et contradictoire. Par suite, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable à la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () 5° les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". Aux termes de l'article 38 sexies de l'annexe III au même code : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de manière irréversible, notamment () les fonds de commerce, () donne lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par l'entreprise, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent en outre comme probables eu égard aux circonstances de fait constatées à la date de clôture de l'exercice, et qu'enfin, elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise. Il appartient au contribuable, indépendamment des règles qui régissent la charge de la preuve pour des raisons de procédure, d'établir le bien-fondé et de justifier du montant d'une telle provision au regard des caractéristiques de l'exploitation au cours de la période en litige.

6. Il résulte de l'instruction que la SARL Gay-Para-Manwaring a acquis l'officine de pharmacie, qu'elle exploite sous l'enseigne " Pharmacie Plein Soleil ", le 3 avril 2008, au prix de 2 300 000 euros, dont 2 140 000 euros pour les éléments incorporels et 160 000 euros pour les éléments corporels. Si aucun élément ne précisait, dans l'acte d'acquisition, le mode d'évaluation du fonds pour la détermination du prix de vente, le chiffre d'affaires hors taxes moyen des trois derniers exercices entiers précédant l'acquisition, représentait 2 019 877 euros et le bénéfice moyen s'élevait à 164 138 euros. La société a constitué, au titre de chacun des exercices clos de 2014 à 2016, des provisions pour dépréciation de son fonds de commerce d'un montant de 160 000 euros par exercice. Il en résulte qu'à la clôture de l'exercice 2016, les éléments incorporels du fonds de commerce qui avaient été acquis 2 140 000 euros avaient fait l'objet d'une provision pour dépréciation d'un montant total de 480 000 euros.

7. La société requérante, qui produit d'abord des analyses très générales, et des comparaisons avec la cession d'autres officines sans que les données propres à ces dernières ne soient identifiées avec suffisamment de précision, allègue qu'en 2008, elle a payé trop cher son officine et fait référence à un contexte baissier du prix des pharmacies. De tels éléments ne tiennent pas compte des caractéristiques propres du commerce en cause. Dès lors, les données comparatives produites ne permettent pas de justifier du caractère probable de la dépréciation ni, au demeurant, de l'évaluer avec une approximation suffisante. En outre, la société soutient que son chiffre d'affaires hors taxes représente 1 925 969 euros au titre de l'exercice clos en 2013, 1 814 953 euros au titre de l'exercice clos en 2014, 1 667 015 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et 1 619 315 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Toutefois, les chiffres d'affaires hors taxes dont se prévaut la société requérante au titre des deux derniers exercices ne prennent pas en compte que les ventes. Ainsi, il résulte de l'instruction que le chiffre d'affaires hors taxes représente un montant total de 1 823 953 euros au 30 septembre 2015 et 1 814 773 euros au 30 septembre 2016. Il ressort de ces éléments que le chiffre d'affaires hors taxes des exercices clos de 2013 à 2016 a diminué respectivement de 4,65 %, 10,15 %, 9,70 % et 10,15 % par rapport aux chiffres d'affaires des trois derniers exercices qui ont précédé l'acquisition de l'officine en 2008. En parallèle de cette baisse mesurée du chiffre d'affaires, le résultat d'exploitation avant constitution de la provision a progressé de façon continue, passant de 206 531 euros en 2013 à 241 506 euros en 2014, puis à 251 526 euros en 2015 et 264 669 euros en 2016. L'excédent brut d'exploitation a suivi la même progression et représentait 201 768 euros en 2013, 246 872 euros en 2014, 259 473 euros en 2015, pour atteindre 274 176 euros en 2016. Il en va de même du résultat fiscal hors provision, qui augmente respectivement de 16,76 %, 8,44 % et 9,04 % au titre des exercices clos de 2014 à 2016, et est même passé de 134 614 euros en 2007 à 228 365 euros en 2016. Les bénéfices de la société au titre des années 2013 à 2016 sont ainsi en progression constante et nettement supérieurs à ceux qui avaient précédé son acquisition. Enfin, la société propose de retraiter son excédent brut d'exploitation pour le faire passer de 246 870 à 204 302 euros en 2014, de 259 471 à 232 696 euros en 2015 et de 274 174 euros à 230 580 euros en 2016, afin de prendre en compte la perception par les pharmaciens de rémunérations supérieures aux rémunérations qu'il s'octroyaient effectivement. Toutefois, d'une part, ces retraitements ne sont pas justifiés dans la mesure notamment où il ne résulte pas de l'instruction que les pharmaciens étaient sous-rémunérés au titre de ces années alors que le poste " prélèvement des dirigeants " enregistre des montants entre 92 422 euros et 109 241 euros au titre des années 2014 à 2016, et d'autre part, ces différences peu significatives ne modifient aucunement les constats énoncés ci-dessus. Ainsi, il ne résulte pas des données propres à l'entreprise que la dépréciation de la valeur du fonds de commerce de la société requérante aurait été probable et pas seulement éventuelle au cours des exercices en litige. Il en résulte que c'est à bon droit que l'administration a estimé que les provisions en litige n'étaient pas déductibles du résultat des exercices clos de 2014 à 2016 et les a réintégrées dans les résultats de ces exercices.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos de 2014 à 2016.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit à la société requérante au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Gay-Para-Manwaring est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Gay-Para-Manwaring et à la directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Hamon, premier conseiller,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. B

La présidente,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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