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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001957

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001957

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001957
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juillet 2020 et 9 septembre 2021, la SARL Construction Traditionnelle, représentée par Me Lair, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 octobre 2018, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- les travaux en litige étaient éligibles au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, en application de l'article 279-0 bis du code général des impôts ;

- l'article 283-2 nonies du code général des impôts n'exclut pas les mises à disposition ou prêts de matériels et équipements du régime de l'auto-liquidation ;

- elle a omis de faire compléter les attestations prévues par la loi par inadvertance ; dès lors, en application du droit à l'erreur institué par la loi n° 2018-727 du 10 août 2018, elle doit être déchargée des intérêts de retard ;

- au titre de l'année 2016, le délai de dépôt des déclarations a été dépassé de seulement sept jours, ce qui ne justifie pas l'application de la majoration de 10 % prévue par l'article

1728-1 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, par suite elle est irrecevable ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Silvy, rapporteur public,

- et les observations de Me Lair, pour la société Construction Traditionnelle.

Considérant ce qui suit :

1. La société Construction Traditionnelle, située à Sanary-sur-Mer, dans le département du Var, exerce une activité de maçonnerie générale. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 31 octobre 2018, qui s'est conclue par une proposition de rectification en date du 16 mai 2019. Par la présente requête, cette société doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 octobre 2018, pour un montant total de 50 072 euros en droits et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 279-0 bis du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % sur les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien autres que ceux mentionnés à l'article 278-0 bis A portant sur des locaux à usage d'habitation, achevés depuis plus de deux ans, à l'exception de la part correspondant à la fourniture d'équipements ménagers ou mobiliers ou à l'acquisition de gros équipements fournis dans le cadre de travaux d'installation ou de remplacement du système de chauffage, des ascenseurs, de l'installation sanitaire ou de système de climatisation dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé du budget. 2. Par dérogation au 1, le taux prévu à l'article 278 s'applique aux travaux, réalisés sur une période de deux ans au plus : a) Qui concourent à la production d'un immeuble neuf au sens du 2° du 2 du I de l'article 257 ; b) A l'issue desquels la surface de plancher des locaux existants est augmentée de plus de 10 %. 2 bis. Par dérogation au 1, le taux prévu à l'article 278 s'applique aux travaux de nettoyage ainsi qu'aux travaux d'aménagement et d'entretien des espaces verts. 3. Le taux réduit prévu au 1 est applicable aux travaux facturés au propriétaire ou, le cas échéant, au syndicat de copropriétaires, au locataire, à l'occupant des locaux ou à leur représentant à condition que le preneur atteste que ces travaux se rapportent à des locaux d'habitation achevés depuis plus de deux ans et ne répondent pas aux conditions mentionnées au 2. Il est également applicable dans les mêmes conditions aux travaux réalisés par l'intermédiaire d'une société d'économie mixte intervenant comme tiers financeur. Le prestataire est tenu de conserver cette attestation à l'appui de sa comptabilité. Le preneur doit conserver copie de cette attestation, ainsi que les factures ou notes émises par les entreprises ayant réalisé des travaux jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant la réalisation de ces travaux. Le preneur est solidairement tenu au paiement du complément de taxe si les mentions portées sur l'attestation s'avèrent inexactes de son fait ". Il résulte de ces dispositions que l'application du taux réduit aux travaux qu'elles mentionnent est soumise à la double condition que le preneur établisse, à la date du fait générateur de la taxe ou au plus tard à celle de la facturation, une attestation selon laquelle les travaux effectués remplissent les conditions posées par cet article et que la personne qui réalise ces travaux, et qui établit la facturation, conserve cette attestation à l'appui de sa comptabilité.

3. L'administration fiscale a remis en cause l'application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée prévu à l'article 279-0 bis du code général des impôts à 26 factures émises par la société requérante au titre des années 2016 à 2018, au motif que les attestations étaient manquantes ou incomplètes, ou que certains travaux, portant sur une piscine, ne pouvaient pas bénéficier du taux réduit.

4. La société produit de nombreuses factures qui ne sont accompagnées d'aucune attestation. Dès lors, la condition de fond tenant à l'établissement d'une telle attestation n'est pas satisfaite.

5. Deux attestations sont datées du 23 février 2021, postérieurement à la facturation, en méconnaissance de l'article 279-0 bis du code général des impôts.

6. L'attestation du 13 avril 2016 se rapportant à la facture du 7 juin 2016 ne mentionne pas la nature des travaux, ce qui ne permet pas d'attester que ces derniers n'étaient pas au nombre de ceux prévus au a et au b du 2 de l'article 279-0 bis du code général des impôts. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a refusé d'appliquer le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée prévu par l'article 279-0 bis du code général des impôts.

7. La société requérante produit une facture du 21 février 2017 au nom de M. A C, et la preuve du paiement des travaux par ce dernier, tandis que l'attestation en date du

18 octobre 2016 qui l'accompagne est au nom de M. B, l'adresse renseignée étant simplement " Bandol ". Un post-it indique " travaux en commun avec M. B et M. A C très vieux mur mitoyen ". Cette attestation, établie par une autre personne que le preneur méconnait, l'article 279-0 bis du code général des impôts.

8. Concernant la facture au nom de " Licata " d'un montant de 1 738 euros en date du 28 avril 2017 au titre de laquelle l'administration a refusé l'application du taux réduit en raison de l'absence d'attestation, la société requérante produit une facture du 27 mars 2017, adressée à la même personne et portant sur le même montant mais contenant une date différente, et une attestation datée du même jour. Toutefois, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que l'attestation afférente à cette prestation ne figurait pas dans la comptabilité lors des opérations de vérification. Ainsi, il n'est pas établi que cette attestation a été rédigée au plus tard à la date de la facturation des travaux et que la société l'a conservée dans sa comptabilité.

9. Enfin, l'administration soutient sans être sérieusement contredite que les factures au nom de " Cashga " en date des 30 janvier, 4 avril, 29 mai et 12 juin 2018, concernent une piscine. A ce titre, la seule facture produite par la société, en date du 12 juin 2018, porte le libellé " facture sur option caillebotis bois exotique fournis posés ". Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que ces factures porteraient sur des travaux éligibles au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée.

10. En second lieu, aux termes de l'article 283 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, sous réserve des cas visés aux articles 275 à 277 A où le versement de la taxe peut être suspendu () 2 nonies. Pour les travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante, au sens de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, pour le compte d'un preneur assujetti, la taxe est acquittée par le preneur ".

11. Il résulte de l'instruction que la société a émis une facture en date du 29 février 2016 au nom du client Tradi Construction pour un montant de 1 050 euros hors taxe avec une taxe sur la valeur ajoutée nulle, correspondant à une prestation de location d'un camion benne, au titre de laquelle elle se prévaut du régime prévu par le 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts. Toutefois, la seule location d'un camion benne ne constitue pas des travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause l'application à cette prestation de services du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts.

En ce qui concerne les pénalités :

12. En premier lieu, en se bornant à soutenir qu'en application de la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance, le droit à l'erreur permet de régulariser sa situation sans payer d'intérêts de retard, sans notamment faire référence à un article ou à des dispositions précises, la société requérante n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ce moyen doit être rejeté.

13. En second lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () "

14. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les impositions en litige n'ont pas fait l'objet de la majoration de 10 % prévue au a du 1 de l'article 1728 du code général des impôts. En tout état de cause, l'ampleur du retard de production dans les délais prescrits est sans influence sur l'application de cette majoration. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du

1er janvier 2016 au 31 octobre 2018.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit à la société requérante au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Construction Traditionnelle est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Construction Traditionnelle et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chenal-Peter, présidente,

Mme Duran-Gottschalk, première conseillère,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. D

La présidente,

Signé

A-L. CHENAL-PETER

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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