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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002037

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002037

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002037
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 31 juillet 2020, 30 août 2021 et

8 septembre 2021, Mme C A, représentée par Me Peltier-Feat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2017, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en se fondant sur le 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôt, sur le 2° du 1 du même article et sur le c de l'article 111 du même code, qui ont un fonctionnement différent, l'administration n'a pas motivé la proposition de rectification, en méconnaissance de l'article

L. 57 du livre des procédures fiscales ; en outre, il lui est impossible de comprendre les charges qui lui sont imputées à la seule lecture de la proposition de rectification, il est par ailleurs fait état à ce titre de montants de 1 040 euros en 2016 et de 1 423 euros en 2017 dont le détail est inconnu et les charges rejetées pour défaut de justificatif n'apparaissent pas dans le corps du texte de ce document ;

- au titre de l'année 2017, la société MB n'a pas reçu de mise en demeure de déposer sa déclaration d'impôt sur les sociétés ; dès lors, la procédure de rectification contradictoire aurait dû être mise en œuvre pour cette année ;

- si la société MB n'a pas été en mesure de présenter au service vérificateur des factures clients ou tickets de caisse, elle a remis des livres-journaux figurant sur des cahiers ainsi que les tickets des articles vendus, mentionnant le prix, le montant de la remise et le mode de règlement, permettant de justifier les opérations de vente ; en outre, les ventes sans facture d'achat s'expliquent par des achats rétrocédés entre les société MB et NT ; dès lors, le rejet de la comptabilité de cette société n'est pas fondé ;

- la reconstitution des recettes de la société MB est entachée d'erreurs de saisie en ce qui concerne les coefficients moyens de remise pris en compte pour les fournisseurs Bash, Iro et Im Etoile au titre des exercices 2016 et 2017 ;

- l'absence de prise en compte par l'administration d'un stock de début ou de fin d'exercice ne permet pas de s'assurer des coefficients d'achat-revente définis ; en outre l'administration part du postulat erroné que la société a vendu l'intégralité des marchandises achetées l'année de leur acquisition, sans tenir compte de la circonstance que des achats ont été revendus au cours de l'exercice suivant ;

- l'échantillonnage retenu pour calculer les coefficients d'achat-revente par fournisseur est très faible ; il convient de retenir des coefficients différents ;

- un coefficient d'achat-revente moyen a été appliqué à l'intégralité des achats de la société MB pour chaque exercice, ce qui conduit nécessairement à une imposition exagérée ;

- l'administration ne tient pas compte des nouvelles collections et des périodes de soldes y afférentes ;

- l'administration ne tient pas compte des pertes, vols et destructions de la marchandise ;

- une facture du fournisseur Golden Goose n° 12644 en date du 1er décembre 2016 a été utilisée pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société MB au titre des années 2016 et 2017, toutefois, les articles ainsi revendus doivent être rattachés à la seule année 2017 ;

- les factures d'achats communiquées par le fournisseur Golden Goose sur lesquelles l'administration s'est fondée n'ont pas été transmises à la société MB ; dès lors, les rectifications fondées sur ces factures doivent être abandonnées et il convient de tenir compte uniquement du chiffre d'affaires encaissé figurant sur les étiquettes dépouillées ; les factures d'achat communiquées par les fournisseurs Zitra, Hudson et Mackage sur lesquelles l'administration s'est fondée n'ont pas davantage été transmises à la société MB ; dès lors, les rectifications fondées sur ces factures doivent être abandonnées ;

- la reconstitution des recettes de la société MB omet de prendre en compte les achats rétrocédés entre les sociétés MB et NT, qui justifient les ventes sans achats relevées par l'administration, ainsi certaines factures ont été prises en compte pour déterminer les recettes des deux sociétés ; les achats qui ont ensuite été rétrocédés ne peuvent être imputés comme vendus à l'établissement ayant initialement acquis la marchandise ; une fois ces rétrocessions prises en compte, plus aucun chiffre d'affaires n'a été éludé ;

- elle propose, au titre des exercices 2016 et 2017, une reconstitution plus fiable des recettes de la société MB, après retraitement des achats non revendus en cours d'exercice ;

- ainsi, au titre des exercices 2016 et 2017 la reconstitution de recettes de la société MB effectuée par l'administration est entachée de nombreuses erreurs, elle est excessivement sommaire, voire radicalement viciée dans son principe ;

- les revenus de capitaux mobiliers afférents aux charges non admises en déduction pour défaut de justificatifs pour un montant de 26 453 euros au titre de l'année 2015 ont seulement bénéficié aux sociétés Bash et NT ; ces charges ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise et n'ont pas entrainé de désinvestissement ; dès lors, elles ne peuvent pas lui être imputées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ;

- la majoration pour manquement délibéré n'est pas fondée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 15 décembre 2020 et 23 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements prononcés en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- dans le cadre de la reconstitution du chiffre d'affaires de la société MB, une facture du fournisseur Golden Goose n° 12644 du 1er décembre 2016 a été prise en compte au titre de deux exercices différents ; la correction de cette erreur a été effectuée, le chiffre d'affaires reconstitué de la société au titre de l'année 2017 étant ramené de 148 583,98 à 124 138 euros ; en conséquence, par une décision en date du 15 décembre 2020, il a été procédé au dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en litige pour un montant total, en droits et pénalités, de 21 249 euros au titre de l'année 2017 ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de M. Silvy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL MB, qui exploite, sous l'enseigne " La Pièce d'Arlette " un commerce de vente de vêtements situé à Toulon, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 30 juillet 2014 au 31 décembre 2017. Par des propositions de rectification des

14 décembre 2018 et 12 avril 2019, le service vérificateur a rejeté la comptabilité et a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société. Par des propositions de rectification des

14 décembre 2018 et 19 avril 2019, l'administration a considéré que Mme A, gérante et unique associée de cette société, avait bénéficié de l'intégralité des revenus réputés distribués par cette société. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a ainsi été assujettie au titre des années 2015 à 2017, pour un montant total de 303 091 euros, en droits et pénalités.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 15 décembre 2020, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques du Var a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en litige pour un montant total, en droits et pénalités, de 21 249 euros au titre de l'année 2017. Par suite, les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions à concurrence des dégrèvements ainsi prononcés.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire à cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse à ses observations, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.

4. Les propositions de rectification adressées à la requérante se réfèrent aux opérations de contrôle de la société MB, elles précisent la procédure de rectification suivie à l'égard de la requérante, en l'espèce la procédure de rectification contradictoire, elles rappellent notamment les constatations effectuées dans le cadre de la vérification de la société MB ainsi que le montant des rectifications qui en découlent et en tirent les conséquences sur les impositions personnelles de Mme A, en mentionnant de façon distincte et détaillée les textes applicables. Contrairement à ce que soutient la requérante, les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne font pas obstacle à ce que l'administration utilise, dans une même proposition de rectification, le 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, le 2° du 1 du même article et le c de l'article 111 du même code pour fonder des rectifications, à la condition de motiver de façon distincte et suffisante chaque rectification. L'administration cite, dans le corps des propositions de rectification concernant les impositions personnelles de Mme A, un extrait des propositions de rectification concernant la société MB. Le seul extrait cité par le service vérificateur ne permet pas à Mme A de connaître précisément le détail, la nature et le motif de rejet des charges de la société MB qui n'ont pas été admises en déduction de son résultat imposable ou qui ont été considérées comme engagées dans l'intérêt exclusif de sa gérante et qui constituent la source d'une partie des revenus de capitaux mobiliers imputés à Mme A. Toutefois, l'administration fait expressément et précisément référence, dans la proposition de rectification du 14 décembre 2018 adressée à Mme A à " la proposition de rectification, courrier n° 3924 du 14 décembre 2018 adressée au responsable légal de l'EURL MB " et, dans la proposition de rectification du 19 avril 2019 adressée à Mme A à " la proposition de rectification, courrier n° 3924 du 12 avril 2019 adressée au responsable légal de l'EURL MB ". En outre, il résulte de l'instruction que l'intégralité des deux propositions de rectification concernant la société MB, auxquelles il est ainsi fait référence dans les propositions de rectification concernant les impositions personnelles de Mme A, ont été adressées, les

14 décembre 2018 et 12 avril 2019, à Mme A en sa qualité de responsable légale de la société MB. Ces propositions de rectification sont correctement motivées et permettent à

Mme A d'identifier précisément, notamment la provenance et la nature exacte des charges non déductibles d'un montant de 1 040 et 14 858 euros au titre de l'année 2016 et de 26 744 et 1 423 euros au titre de l'année 2017. Ainsi, la contribuable a été informée des motifs de droit et de fait fondant les rectifications qui lui ont été imputées de manière suffisante pour lui permettre de présenter utilement ses observations. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces propositions de rectification doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

5. En raison de l'indépendance des procédures applicables à deux contribuables distincts, la charge de la preuve applicable à la société MB dans le cadre du litige la concernant est sans influence sur la charge de la preuve applicable au présent litige, concernant les impositions personnelles auxquelles Mme A a été assujettie.

S'agissant du rejet de comptabilité de la société MB :

6. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration ". Il est toujours loisible à l'administration de justifier le rejet de la comptabilité du contribuable vérifié, même si elle est régulière en la forme, en se fondant sur des motifs pertinents tirés du manque de valeur probante de cette comptabilité, accompagnés de tous éléments de fait permettant de présumer que les résultats déclarés ont été minorés.

7. Il résulte de l'instruction qu'au titre de la période en litige la société MB n'a pas été en mesure de présenter des pièces justificatives de ses ventes comportant la désignation précise du produit vendu, son prix de vente unitaire, le taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable, ainsi, aucune note ou facture client n'a été produite. Les cahiers de la société dont la requérante se prévaut à ce titre n'indiquent pas la référence des produits vendus et comportent des désignations partielles des articles, empêchant tout rapprochement avec les ventes comptabilisées. Si des étiquettes des produits vendus, contenues dans des enveloppes journalières, ont été fournies, celles-ci sont entachées de très nombreuses anomalies : certains produits vendus ne se rapportent à aucune facture d'achat, des recettes ne sont accompagnées d'aucune étiquette produit, les paiements constatés ne correspondent pas aux produits vendus, des étiquettes ne correspondent pas aux produits vendus inscrits sur les cahiers précités. Ces anomalies ôtent toute fiabilité aux étiquettes produites. Au demeurant, les ventes telles qu'issues de ces étiquettes ne présentent aucune cohérence avec les chiffres d'affaires inscrits en comptabilité au titre des années en litige. En outre, l'état des stocks au 31 décembre 2015 a été évalué en prix de vente toute taxes comprises, incluant la marge de la société, et non à sa valeur d'acquisition, le nombre d'articles en stock et par marque présente des incohérences, tandis qu'aucun état des stocks n'a été présenté au 31 décembre 2016 et que l'état des stocks au

31 décembre 2017 n'a pas été comptabilisé. Par ailleurs, la reconstitution des stocks effectuée en comparant les achats aux ventes résultant des étiquettes des produits vendus présentées par la société présente des discordances de grande ampleur. Enfin, un montant complémentaire de recettes de 43 745,98 euros hors taxes a été inscrit globalement en comptabilité au mois de décembre 2017 à partir du compte de caisse, par une écriture de régularisation. Dans son premier mémoire en réplique, la requérante fait valoir que les ventes sans achats s'expliquent par des achats rétrocédés entre les sociétés MB et NT. Toutefois, aucun justificatif n'a à ce titre été présenté au cours des opérations de contrôle et il ne résulte pas de l'instruction que ces sociétés auraient procédé à une facturation régulière des rétrocessions dont la requérante se prévaut désormais, les pièces présentées à ce titre, issues essentiellement de carnets manuscrits sans date certaine ne sont pas de nature à corriger cette carence. Au surplus, les comptabilités de ces deux sociétés ne témoignent à ce titre d'aucune réciprocité des opérations de rétrocession enregistrées tant en termes de dates que de montants. Enfin, ces opérations ne seraient pas de nature à justifier l'ampleur des manquements constatés, de nombreux achats revendus n'étant enregistrés dans la comptabilité d'aucune des deux sociétés. Au regard de ces éléments, l'administration était fondée à écarter la comptabilité et à procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société MB.

S'agissant de la reconstitution de recettes de la société MB :

8. Pour procéder à la reconstitution des recettes de la société MB, qui exerce une activité de vente de vêtements, le service vérificateur a déterminé, pour chaque exercice, un coefficient moyen d'achat-revente hors taxe - toutes taxes comprises par fournisseur, à partir des factures d'achats dont il disposait, le cas échéant suite à l'exercice de son droit de communication auprès de certains fournisseurs de la société et des données issues de l'exploitation de la société, telles qu'elles figuraient sur les étiquettes remises par cette dernière. Il a en outre tenu compte des remises effectuées en déterminant, pour chaque fournisseur et pour chaque exercice, un coefficient moyen de remise à partir de ces mêmes tickets. En l'absence de toute fiabilité des stocks, il n'a pas été tenu compte de leur variation.

9. En premier lieu, la requérante soutient que la reconstitution de recettes est entachée d'erreurs de saisie en ce qui concerne les coefficients moyens de remise pris en compte pour les fournisseurs Bash, Iro et Im Etoile au titre des exercices 2016 et 2017. Toutefois, l'administration s'est livrée à un dépouillement exhaustif et a utilisé à ce titre les seules étiquettes qui étaient exploitables, c'est-à-dire qui désignaient de façon suffisamment précise le produit concerné et mentionnaient son prix de vente initial et son prix de vente après remise. Les quelques erreurs constatées après un second dépouillement sont minimes et ne sont pas de nature à modifier les résultats reconstitués. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les discordances relevées par la requérante résulteraient d'erreurs de saisies. Celles-ci résultent au contraire de la prise en compte d'étiquettes écartées par l'administration en raison de leur caractère inexploitable.

10. En deuxième lieu, en l'absence de toute fiabilité des stocks enregistrés par la société MB, lorsqu'ils l'ont été, circonstance imputable exclusivement à la carence de cette dernière, c'est à bon droit que l'administration n'a pas pris en compte de variation des stocks pour effectuer la reconstitution de recettes en litige et qu'elle a considéré que les produits étaient revendus l'année au titre de laquelle ils avaient été acquis.

11. En troisième lieu, pour déterminer les coefficients d'achat-revente par fournisseur, le service vérificateur s'est fondé sur les seules étiquettes lui permettant de connaître de façon suffisamment précise et certaine le prix de revente des articles ainsi acquis. D'une part, l'échantillonnage retenu ne peut pas être qualifié de trop faible. D'autre part, l'utilisation de cet échantillonnage résulte de la carence de la société requérante à fournir non seulement une comptabilité sincère, mais également des factures ou même des tickets produits exhaustifs et correctement renseignés. Au demeurant, les coefficients proposés à ce titre par la société sont extrêmement proches de ceux retenus par l'administration.

12. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, l'administration a déterminé des coefficients différents selon les fournisseurs et selon les exercices. La neutralisation de la variation des stocks, qui n'a pas pu être déterminée, faute de données fiables fournies par l'entreprise, ne conduit pas à une imposition exagérée. Les retraitements proposés par la requérante à ce titre, qui ne reposent sur aucune donnée fiable, ne sauraient être retenus.

13. En cinquième lieu, la prise en compte des remises justifiées par les tickets produits permet de prendre en compte les périodes de soldes.

14. En sixième lieu, si la requérante soutient que l'administration ne tient pas compte des pertes, vols et destructions de la marchandise de la société MB, elle ne produit à ce titre aucune donnée chiffrée ni pièce justificative.

15. En septième lieu, il est constant que l'administration avait utilisé une facture du fournisseur Golden Goose n° 12644 en date du 1er décembre 2016 pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société MB au titre des années 2016 et 2017. Toutefois, la rectification de cette erreur a été effectuée en rattachant les produits revendus issus de cette facture d'achat uniquement à l'année 2016. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne convenait pas de rattacher les produits revendus à l'année 2017 dès lors que l'administration a considéré à bon droit, pour les besoins de la reconstitution de recettes et en l'absence de fiabilité des stocks, que les produits étaient revendus l'année de leur acquisition. Ainsi, le chiffre d'affaires reconstitué de la société MB au titre de l'année 2017 a été ramené de 148 583,98 à 124 138 euros et par une décision en date du 15 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques du Var a procédé au dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en litige pour un montant total, en droits et pénalités, de 21 249 euros au titre de l'année 2017.

16. En huitième lieu, en tout état de cause, contrairement à ce que soutient la requérante, les factures des fournisseurs Golden Goose, Zitra, Hudson et Mackage n'ont pas été obtenues par l'administration suite à l'exercice de son droit de communication mais sont issues de la comptabilité de la société.

17. En neuvième lieu, si la requérante se prévaut de la circonstance que des achats ensuite rétrocédés à une autre société ont été à tort imputés au chiffre d'affaires de la société MB, les documents qu'elle produit ne sont pas de nature à en établir l'existence et le montant alors que la comptabilité de la société, qui doit permettre de justifier, pour chaque exercice vérifié, tant de la comptabilisation des achats correspondants, que des refacturations, a été écartée comme dépourvue de caractère probant. A ce titre, la requérante ne produit aucune facture correspondant aux rétrocessions d'achat alléguées ni même aucune pièce permettant d'en justifier l'existence et le montant de façon suffisamment fiable et précise et les extraits des comptabilités des deux sociétés ne témoignent d'aucune réciprocité des opérations de rétrocession enregistrées tant en termes de dates que de montants.

18. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points précédents que la reconstitution des recettes de la société MB réalisée par l'administration est fiable, précise et cohérente, compte-tenu des données dont elle a pu disposer et que les paramètres proposés par la requérante ne doivent pas être retenus. Ainsi, la méthode de reconstitution employée par l'administration n'est ni radicalement viciée ni excessivement sommaire alors que la requérante ne propose pas de méthode plus pertinente. Dès lors, l'administration pouvait à bon droit se fonder sur les résultats de la méthode décrite ci-dessus pour déterminer le montant du chiffre d'affaires et du résultat de la société MB au titre des exercices en litige.

S'agissant des revenus distribués :

19. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe II au même code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire. Il est en conséquence présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

20. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A est la gérante et l'unique associée de la société MB. Elle dispose de la signature sur les comptes bancaires. Dès lors c'est à bon droit que l'administration l'a considérée comme maître de l'affaire de cette société, et, par voie de conséquence, comme la bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées sur ce fondement.

21. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'administration a notamment imputé à Mme A, en sa qualité de maître de l'affaire de la société MB, au titre de l'année 2015, un montant de 26 453 euros résultant de charges de la société MB non admises en déduction faute de justificatifs. A ce titre, la requérante se borne à faire valoir, sans le justifier, que ces charges ont seulement bénéficié aux sociétés Bash et NT, que ces charges ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise et n'ont pas entrainé de désinvestissement. Dès lors, elle ne peut pas être regardée comme contestant utilement l'appréhension des distributions qui lui ont ainsi été imputées en sa qualité de maître de l'affaire.

En ce qui concerne les pénalités :

22. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

23. Il résulte de l'instruction que les omissions de recettes, qui représentent des montants importants, étaient nécessairement délibérées en raison des graves et nombreuses irrégularités entachant la comptabilité de la société MB, que Mme A, en sa qualité d'associée-gérante, ne pouvait pas ignorer. En outre, ces omissions se sont répétées au cours des années vérifiées. De plus, l'administration a relevé que des charges ont été engagées dans l'intérêt unique de Mme A, ou avaient été déduites des résultats de la société sans aucune pièce justificative. Enfin, Mme A, qui s'est déclarée comme mère célibataire au titre des années en litige, ne pouvait pas ignorer qu'elle vit, depuis au moins l'année 2008, avec

M. B. Ainsi, l'administration doit être regardée comme établissant l'intention délibérée de Mme A de se soustraire à l'impôt dont elle était redevable.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge du surplus des impositions en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la requérante de quelque somme que ce soit au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour un montant total, en droits et pénalités, de 21 249 euros au titre de l'année 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chenal-Peter, présidente,

Mme Duran-Gottschalk, première conseillère,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. D

La présidente,

Signé

A-L. CHENAL-PETER

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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