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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002132

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002132

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002132
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET CHAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2020, Mme B, épouse A, représentée par Me Pourreyron, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier intercommunal (CHI) Toulon-La Seyne-sur-Mer à lui payer une somme de 30 000 euros au titre de son préjudice moral résultant d'un défaut d'information ainsi que celle de 30 000 euros au titre de ses préjudices résultant d'une erreur de diagnostic ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise afin d'évaluer ses préjudices ainsi que la fraction imputable à la faute du centre hospitalier ;

3°) de mettre à la charge du CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier a manqué à son devoir d'information à l'occasion de l'autopsie de sa fille ;

- il a commis une faute dans sa prise en charge ayant conduit à la perte de son enfant ;

- son préjudice moral résultant du manquement au devoir d'information s'élève à la somme de 30 000 euros et ses préjudices résultant de la prise en charge défectueuse qui a entraîné une perte de chance de mener à terme sa grossesse de 30 % à celle de 30 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 et 25 mai 2021, le centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer conclut à ce que la somme mise à sa charge au titre du manquement à l'obligation d'information ne soit pas supérieure à 600 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- il s'en remet à la sagesse du Tribunal quant au principe de l'engagement de sa responsabilité ;

- le préjudice résultant des souffrances endurées en lien direct avec ce manquement ayant été évalué à 0,5 sur 7, l'indemnisation accordée ne saura être supérieure à la somme de 600 euros ;

- l'expert ne retient aucun préjudice résultant d'une éventuelle erreur de diagnostic.

Par un courrier du 17 septembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Var a informé le Tribunal qu'elle n'entendait pas intervenir dans la présente instance.

Par ordonnance du 6 mai 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2021 à 12h.

Un mémoire ainsi que des pièces complémentaires ont été enregistrés pour la requérante le 18 août 2021 et n'ont pas été communiqués en application des dispositions de l'article

R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wustefeld, première conseillère,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A et de Me Castagnon substituant Me Chas pour le CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, alors enceinte de 19 semaines, a été prise en charge par le CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer en raison de pertes de sang abondantes les 6 et 8 novembre 2013. L'enfant est née le 8 novembre 2013 sans vie. Le lendemain, Mme A a autorisé le centre hospitalier à pratiquer une autopsie. S'estimant victime de plusieurs fautes commises par le CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer, elle a saisi le 16 avril 2019 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) qui a désigné un expert, chirurgien gynécologue obstétricien, qui a rendu son rapport le 9 septembre 2019. Par la présente requête, Mme A demande au Tribunal de condamner le CHI Toulon- La Seyne-sur-Mer à réparer les préjudices résultant de sa prise en charge par ce centre hospitalier.

Sur la responsabilité :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. D'autre part, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu.

4. Mme A se prévaut d'une première faute commise par le CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer consistant, d'une part, en l'absence d'explication claire sur les modalités de l'autopsie pratiquée sur sa fille et, d'autre part, en la restitution tardive des organes de l'enfant, seulement le 25 novembre 2013. Le centre hospitalier ne conteste pas l'analyse de l'expert qui retient que la requérante a insuffisamment été informée notamment de la possibilité d'éviter une autopsie classique par un examen type " IRM " et l'absence de conformité aux bonnes pratiques de la restitution des organes de l'enfant malgré une demande expresse de restitution ad integrum. Ainsi, le CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer a commis une faute lors de la réalisation de l'autopsie de l'enfant dont a accouché Mme A le 8 novembre 2013 de nature à engager sa responsabilité.

5. Mme A se prévaut également de plusieurs manquements dans sa prise en charge le 6 novembre 2013 par le CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer ayant entraîné la perte de son enfant. L'expert conclut que l'examen clinique de Mme A le 6 novembre 2013 était incomplet et que notamment l'absence de réalisation d'un examen au speculum et de consultation d'un gynécologue obstétricien constituent des manquements. Néanmoins, il précise également que même si la patiente avait été hospitalisée à ce moment, une période d'observation minimale de 48 heures aurait dû être respectée et n'aurait donc conduit à un éventuel " cerclage à chaud " que le 9 novembre 2013. Dès lors que la patiente a accouché le 8 novembre suivant, soit moins de

48 heures après sa première consultation, cette circonstance exclue toute perte de chance. Il indique, par ailleurs, que l'absence de réalisation d'une tocolyse n'est pas fautive, ce contrôle n'étant pratiqué seulement si la grossesse se poursuit au-delà de 48 heures en raison des risques de cet examen pour la mère. Si Mme A conteste l'analyse de l'expert en soutenant qu'elle a pu donner naissance à son second enfant dans des circonstances identiques mais avec un traitement approprié, notamment un traitement tocolytique et la mise en place d'un cerclage, il résulte seulement du compte-rendu d'hospitalisation du 30 septembre au 3 octobre 2014 qu'elle avait été admise pour des contractions douloureuses sans mention d'écoulement de liquide, raison de sa prise en charge en 2013. Les conditions de sa prise en charge n'étaient pas identiques lors de ses deux grossesses, elle ne saurait par suite se prévaloir des circonstances propres à l'une d'entre elles. La requérante n'apporte aucun élément médical permettant de mettre en doute l'analyse de l'expert ou d'établir la nécessité d'une expertise complémentaire. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la faute commise par le CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer lors de sa prise en charge le 6 novembre 2013 est de nature à engager sa responsabilité.

Sur l'évaluation des préjudices :

6. Mme A se prévaut d'un préjudice à hauteur de 30 000 euros résultant de la faute du CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer commis lors de la réalisation de l'autopsie de son enfant au titre de ses souffrances endurées et des frais d'obsèques. Toutefois, les frais d'obsèques résultent du décès de l'enfant et sont sans lien avec la faute commise par le centre hospitalier, la requérante n'alléguant notamment pas que la restitution tardive des organes aurait occasionnée des frais supplémentaires. La requérante conteste l'évaluation à 0,5 sur une échelle allant de 0 à 7 de ses souffrances par l'expert qui impute l'essentiel des souffrances au décès de l'enfant et non au type de restitution de son corps. Toutefois, les précisions apportées lors de l'audience publique confirment l'existence d'une grande souffrance persistant 9 ans après les faits, souffrance tenant notamment à la manière dont le corps lui a été rendu. Par suite, il sera fait une juste évaluation du préjudice moral subi par Mme A en l'évaluant à la somme de 6 000 euros.

7. Il résulte de tout ce qui précède que CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer doit être condamné à verser à Mme A une somme de 6 000 euros, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit une expertise.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHI Toulon-La Seyne-sur-Mer une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE

Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal de Toulon-La-Seyne-sur-Mer est condamné à verser à Mme A la somme de 6 000 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal de Toulon-La-Seyne-sur-Mer versera à

Mme A une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties à l'instance est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, épouse A, au centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Lamarre, premier conseiller,

Mme Wustefeld, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

S. WUSTEFELD

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et de la santé, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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