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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002346

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002346

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002346
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) GF Conseil, représentée par Me Peltier-Feat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le 18 décembre 2015, elle a acquis un terrain qui n'a pas subi de modifications, la maison qui y était édifiée n'a pas été démolie, seul des divisions en cinq parcelles sont intervenues les 1er octobre et 26 novembre 2015, antérieurement à l'acte d'acquisition, les quatre terrains à bâtir ont ensuite été revendus les 19 août, 23 septembre et 22 décembre 2016 ;

- dès lors, le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge, prévu par l'article 268 du code général des impôts, était applicable à la cession de ces lots.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue par une ordonnance du 29 octobre 2021.

Un mémoire, présenté pour la SARL GF Conseil, a été enregistré le 4 août 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Peltier-Feat pour la SARL GF Conseil.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL GF Conseil a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au terme de laquelle, par une proposition de rectification du 12 avril 2018, l'administration a remis en cause le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge dont avait entendu bénéficier la société au titre de la cession de quatre terrains à bâtir. Par la présente requête, la société GF Conseil demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont ainsi été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016, pour un montant total de 47 959 euros, en droits et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, le I de l'article 257 du code général des impôts dans sa rédaction applicable, issue initialement de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du b du 2 de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.

3. D'autre part, aux termes de l'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée : " Les Etats membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable, dispose que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir, ou d'une opération mentionnée au 2° du 5 de l'article 261 pour laquelle a été formulée l'option prévue au 5° bis de l'article 260, si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : a) soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain ou de l'immeuble () ".

4. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur ou quand le bien acquis a fait l'objet d'une division parcellaire en vue d'en céder séparément des parties ne constituant pas le terrain d'assiette du bâtiment.

5. Par un acte notarié du 18 décembre 2015, la société requérante a acquis, au prix de 454 500 euros, une maison d'habitation située à Solliès-Pont édifiée sur un terrain de 2 861 m². Par un document d'arpentage dressé le 18 mai 2016 par un géomètre expert et publié au service de la publicité foncière le 8 septembre 2016, la parcelle AA n° 183, correspondant à la parcelle d'assiette de la maison, a été divisée en six parcelles référencées AA n° 321, 322, 323, 324, 325 et 326, la maison occupant les parcelles AA n° 321 et 322. Par des actes des 19 août, 23 septembre et 22 décembre 2016, la société requérante a cédé ces parcelles en appliquant le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. L'administration a remis en cause l'application de ce régime aux quatre parcelles qui ne constituent pas la parcelle d'assiette de la maison.

6. Il ressort de l'acte de vente du 18 décembre 2015 précité que l'opération immobilière sur laquelle le vendeur et l'acheteur se sont mis d'accord a consisté en l'achat par la société requérante, pour un prix déterminé, d'une parcelle comprenant un immeuble bâti et son terrain d'assiette. La double circonstance que la société a déposé des déclarations préalables en date des 31 août 2015 et 5 octobre 2015 portant " lotissements et autres divisions foncières non soumises à permis d'aménager " et a obtenu des certificats de non-opposition par arrêtés des 1er octobre 2015 et 26 novembre 2015, soit avant la vente, n'a pas modifié la nature de l'opération immobilière, la société GF Conseil n'ayant pas acheté séparément les parties du terrain qui n'étaient pas bâties et qu'elle a ensuite revendues en tant que terrain à bâtir. Ainsi, dès lors qu'elle a cédé des terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, la société requérante ne pouvait utiliser le régime de la taxe sur la valeur ajoutée appliquée sur la marge issu des dispositions précitées de l'article 268 du code général des impôts.

7. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL GF Conseil est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée GF Conseil et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Hamon, premier conseiller,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. B

La présidente,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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