vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002626 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | BORIE-DOUCEDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2020, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Pac Habitat, représentée par Me Georges, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et en 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- M. A, son associé-gérant, assure seul les fonctions de directeur général, de directeur financier et de directeur commercial ; il gère l'ensemble du personnel et exerce les fonctions de chef de chantier ; par ailleurs, elle dispose d'une trésorerie suffisante pour rémunérer ce dernier et le récompenser à la hauteur de ses efforts et de son rôle dans la réussite commerciale de la société et dans le développement de son activité de démarchage ; par suite, les rémunérations versées à ce dernier ne sont pas excessives ;
- la majoration pour manquement délibérée, motivée principalement par l'importance des rectifications, n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Pac Habitat, exerce une activité de démarchage à domicile afin de proposer des services d'entretien, réparation et rénovation. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2016. Par une proposition de rectification en date du 18 décembre 2017, l'administration a notamment réintégré, dans la base imposable à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016, la partie des rémunérations versées au dirigeant de la société qu'elle a considérée comme excessive. Par la présente requête, la société Pac Habitat demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a ainsi été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et en 2016, pour un montant total de 281 019 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes du 1° du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () les dépenses de personnel () Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais ".
3. La société requérante a versé à M. A, son gérant et unique associé à compter du 23 juin 2014, des rémunérations de gérance, auxquelles s'ajoute la prise en charge des cotisations sociales obligatoires de ce dernier, pour des montants de 152 469 euros au titre de l'exercice clos en 2014, 508 363 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et 881 454 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Il n'est pas contesté que M. A effectuait un travail effectif pour le compte de sa société. Toutefois, l'administration a considéré que la rémunération allouée à ce dernier au titre des exercices clos en 2015 et 2016 était excessive pour le montant dépassant 224 892 euros, correspondant à la rémunération accordée au titre de l'exercice clos en 2014 augmentée de 47,5 %, soit la hausse du chiffre d'affaires au titre de l'exercice clos en 2015. Elle ainsi réintégré aux résultats de ces deux exercices, sur le fondement des dispositions précitées, la fraction excessive de ces rémunérations, conformément au demeurant à l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Il incombe à l'administration, en application de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve du bien-fondé des rectifications d'impôt sur les sociétés en litige.
4. La société, composée de treize à quinze personnes, dispose, outre M. A, son gérant, de trois à cinq commerciaux, d'hôtesses qui procèdent au démarchage téléphonique, d'un directeur d'agence exerçant la fonction de directeur commercial ayant notamment pour mission d'encadrer l'équipe commerciale, d'une comptable, de techniciens qui effectuent les travaux, et elle a aussi recours à des prestataires extérieurs. Il résulte de l'instruction que cette société a réalisé, au titre de l'exercice clos en 2014, un chiffre d'affaires d'un montant de 1 349 635 euros. La rémunération versée à M. A représentait alors 11,3 % de ce chiffre d'affaires. Au titre de l'exercice suivant, le chiffre d'affaires a augmenté de 47,5 % tandis que la rémunération de l'intéressé augmentait de 233,4 %, et représentait alors 25,6 % du chiffre d'affaires. Enfin au titre de l'exercice clos en 2016, le chiffre d'affaires diminuait de 13,9 % mais la rémunération allouée au gérant progressait de 79,39 %, s'établissant à 881 454 euros, soit 51,4 % du chiffre d'affaires. Dans le même temps, le résultat de la société, qui s'élevait à 216 322 euros au titre de l'exercice clos en 2014, diminuait de 34,83 % au titre de l'exercice clos en 2015 et devenait déficitaire de 347 360 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Par ailleurs, les salaires bruts versés aux autres personnels de la société représentent respectivement 24,97 %, 27,15 % et 24,3 % du chiffre d'affaires des exercices clos de 2014 à 2016. Enfin, la rémunération de M. A représente 45,2 % de la rémunération totale des autres salariés de la société au titre de l'exercice clos en 2014, puis 94,1 % au titre de l'exercice clos en 2015 et 211,6 % au titre de l'exercice clos en 2016.
5. Ainsi, il résulte de ces éléments que la rémunération allouée à M. A a augmenté sans aucune corrélation avec celle du chiffre d'affaires de la société ou de ses bénéfices, contrairement à la rémunération versée aux autres salariés. Cette rémunération a représenté une part de plus en plus importante du chiffre d'affaires et a augmenté dans des proportions particulièrement importantes tandis que, dans le même temps, le résultat de la société diminuait pour devenir très nettement déficitaire et le montant des capitaux propres représentait moins de la moitié du capital. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le rôle important exercé par son gérant dans le développement de son activité n'est pas de nature à justifier une telle évolution de sa rémunération. Par suite, en se fondant sur les éléments rappelés ci-dessus, l'administration apporte la preuve du caractère excessif des rémunérations en cause par rapport à l'importance du service rendu par M. A. Dès lors, c'est à bon droit qu'elle a considéré comme excessive la part des rémunérations excédant 224 892 euros au titre des exercices clos en 2015 et 2016.
En ce qui concerne les pénalités :
6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
7. Pour justifier l'application des pénalités prévues par les dispositions précitées du a de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fiscale relève, outre l'importance et le caractère répété des manquements, que la société requérante ne pouvait pas ignorer que M. A avait perçu des avantages disproportionnés eu égard à l'importance du service rendu. Ainsi, la société requérante a, au cours des deux années en litige, minoré les bases de l'impôt sur les sociétés en versant systématiquement à l'intéressé, associé-gérant, une rémunération excessive. Par suite, l'administration apporte la preuve qui lui incombe du bien-fondé des majorations appliquées aux impositions en litige.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Pac habitat n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Pac Habitat est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Pac Habitat et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 28 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Hamon, premier conseiller,
M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
T. C
La présidente,
Signé
M. B
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026