lundi 10 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002719 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DELBOSC CLAVET BLANC CURZU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 octobre 2020 et 2 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Baldacchino, représentée par Me Delbosc, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2011 et 2012 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012, ainsi que de l'amende fiscale mise à sa charge au titre des années 2011 et 2012 sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rejet de la comptabilité, uniquement justifié par l'absence d'inventaire des stocks qui représentent une valeur faible et par l'utilisation sur de rares notes clients de la mention " divers ", pour des ventes d'un montant total de 2 365,62 euros soit 0,74 % du chiffre d'affaires au titre de l'année 2012, n'est pas fondé ; à ce titre, elle peut se prévaloir des paragraphes n° 20, 50 et 60 de l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée BOI-CF-IOR-10-20 ;
- le mois d'avril 2014 ayant servi de base à la reconstitution du chiffre d'affaires n'est pas représentatif ;
- l'abattement de 7 % pratiqué par l'administration pour tenir compte de la consommation de vin en pichet des associés et du personnel est insuffisant, chaque salarié et dirigeant présent consomme 0,25 cl par repas, soit au total 2 850 pichets par an à raison de deux repas par jour ;
- l'abattement de 7 % pratiqué par l'administration pour tenir compte des offerts et de la consommation de café du personnel et des gérants est insuffisant, chaque salarié et dirigeant présent consomme cinq cafés par jour, soit 7 125 cafés par an ;
- contrairement à ce que retient l'administration, le personnel consomme 80 % des sirops ;
- l'administration retient que 3 % des digestifs sont offerts alors que c'est le cas pour 90 % d'entre eux tandis que 5 % sont utilisés pour confectionner des glaces, ce qui ressort des notes obtenues par l'administration ;
- les deux associés prennent chacun six bouteilles de vin par mois pour leur consommation personnelle, soit au total 144 bouteilles par an ; ainsi, c'est à tort que l'administration retient l'emport de 64 bouteilles en 2011 et 66 bouteilles en 2012 ;
- il résulte des éléments précités que la reconstitution de recettes est radicalement viciée ou, à tout le moins, excessivement sommaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
- et les observations de Me Delbosc, pour la SARL Baldacchino.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Baldacchino, qui exploite, sous l'enseigne " Le Grillon " un restaurant situé à Sanary-sur-Mer, dans le département du Var, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012. Par une proposition de rectification du 21 juillet 2014, le service vérificateur a rejeté la comptabilité et a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société. Par la présente requête, la société Baldacchino demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2011 et 2012 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012, ainsi que de l'amende fiscale mise à sa charge au titre des années 2011 et 2012 sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales qu'il incombe à l'administration d'établir que la comptabilité de la société requérante comportait de graves irrégularités justifiant son rejet.
3. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ". Aux termes de l'article L. 123-12 du code du commerce : " Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable ". Il est toujours loisible à l'administration de justifier le rejet de la comptabilité du contribuable vérifié, même si elle est régulière en la forme, en se fondant sur des motifs pertinents tirés du manque de valeur probante de cette comptabilité, accompagnés de tous éléments de fait permettant de présumer que les résultats déclarés ont été minorés.
4. La société Baldacchino, qui disposait d'une comptabilité informatisée, a présenté ses données de caisse ainsi que des pièces justificatives. Toutefois, l'administration a relevé que la caisse enregistreuse ne disposait pas de sauvegarde et que le gérant n'éditait pas de tickets Z mensuels. Par ailleurs, les tickets de caisse comportaient des produits insuffisamment détaillés, figurant sous les intitulés " divers ", " soda " et " apéritif ", ne permettant pas de vérifier la concordance de ces ventes avec les achats effectués, bien que les montants concernés représentaient, à quelques exceptions près, un faible pourcentage du montant total des tickets de caisse concernés. L'administration a en outre relevé qu'aucun état ni inventaire des stocks n'était réalisé au titre des exercices en litige. En outre, il résulte de l'instruction que la réalisation par le service vérificateur d'une comptabilité matière portant sur les ventes de liquides a mis en évidence, après prise en compte des pertes, des offerts, et de la consommation du personnel, des écarts importants entre les achats destinés à être revendus et les recettes effectivement comptabilisées et un chiffre d'affaires minoré de 65 % que la société n'explique que par des allégations dépourvues de crédibilité confortant l'insincérité de la comptabilité. Au regard de ces carences, qui ne sont pas accidentelles ni seulement formelles, l'administration démontre que la comptabilité de la société comportait de graves irrégularités. Dès lors, elle était fondée à écarter cette comptabilité et à procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société, ainsi que l'a au demeurant estimé la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires dans sa séance du 30 mars 2015.
5. Enfin, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations contenues dans la documentation administrative référencée BOI-CF-IOR-10-20, qui portent sur la procédure d'imposition et ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale au sens de l'article précité.
En ce qui concerne la reconstitution de recettes :
6. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité () ".
7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la comptabilité présentée par la société requérante comportait de graves irrégularités. En outre, les impositions en litige ont été établies conformément à l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires lors de sa séance du 30 mars 2015. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, il appartient à la SARL Baldacchino d'apporter la preuve de l'exagération de ces impositions, notamment en établissant que la méthode de reconstitution des recettes est excessivement sommaire ou en proposant une méthode plus précise.
8. Pour procéder à la reconstitution des recettes de la société requérante, qui exerce une activité de restaurant, le service vérificateur a utilisé la méthode dite " des liquides ". Il s'est fondé sur les factures d'achat de liquides fournies par le gérant. Pour déterminer la part, fixée à 23,55 %, que représentent les ventes de liquides dans les recettes totales, le service a utilisé les données contemporaines à la vérification de comptabilité, concernant la période du 7 avril au 7 mai 2014. Pour déterminer les prix de vente, il s'est fondé sur les copies des cartes détaillées des menus et boissons concernant les années vérifiées. Le service a tenu compte des liquides utilisés en cuisine, des dosages indiqués par le gérant, a pris en compte un taux de pertes, offerts et consommations du personnel correspondant à 12 % pour la bière, 7 % pour les sirops, cafés et pour le vin acheté en bib, 10 % pour le coca cola acheté au litre et 3 % pour les autres liquides, tandis que pour les vins Bunan et Moulin vendus en bouteille, il a admis une consommation à hauteur de 15 % par les associés, auquel s'ajoute un taux de perte de 3 %.
9. En premier lieu, la société requérante soutient que le mois d'avril 2014 ayant servi de référence pour déterminer la part représentée par les ventes de liquides dans les recettes totales du restaurant n'est pas représentatif. Toutefois, elle ne produit à ce titre aucun élément ni même ne précise pour quel motif ce mois, correspondant pourtant à une période d'activité moyenne, ne serait pas représentatif en ce qui concerne l'importance des boissons dans les recettes totales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En deuxième lieu, la société conteste le taux de 7 % retenu par le service au titre des pertes, offerts et de la consommation du personnel concernant les vins en bib. Si elle soutient à ce titre que chaque salarié et dirigeant présent consomme 0,25 cl par repas, soit au total 2 850 pichets de 0,25 cl par an à raison de deux repas par jour, cette allégation n'est étayée par aucun élément. Au surplus, elle est dépourvue de toute crédibilité dans la mesure où la seule consommation alléguée du personnel représenterait alors 712,5 litres sur 1 462 litres de vins en bib destiné à être revendu, avant application du coefficient de 7 %, soit 48,7 % du vin en bib destiné à être revendu.
11. En troisième lieu, l'allégation selon laquelle chaque membre du personnel et gérant présent consommerait cinq cafés par jour, ce qui représenterait au total 7 125 cafés par an dévolus à la consommation du personnel, est dépourvue de tout justificatif. Elle est au surplus dénuée de toute crédibilité dans la mesure où la consommation du personnel alléguée représenterait, en 2011 et 2012, respectivement 77 et 71 % du café acheté, café décaféiné compris, avant application de l'abattement de 7 % réalisé par l'administration.
12. En quatrième lieu, l'allégation selon laquelle le personnel consommerait 80 % des sirops achetés est injustifiée et dépourvue de crédibilité.
13. En cinquième lieu, l'administration a retenu que 10 % des digestifs étaient offerts, perdus, ou utilisés dans la confection des glaces. Si la société requérante soutient que 90 % des digestifs sont offerts, cette allégation n'est pas justifiée ni même étayée ou circonstanciée alors qu'au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que des offerts auraient été comptabilisés.
14. En sixième et dernier lieu, aucun élément ne permet de justifier que les associés auraient emporté à leur domicile 144 bouteilles de vin au titre de chacune des années 2011 et 2012.
15. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la reconstitution du chiffre d'affaires réalisée par l'administration est fiable, précise et cohérente, compte-tenu des données dont elle a pu disposer et que les paramètres proposés par la société ne sauraient être retenus. Ainsi, la méthode de reconstitution employée par l'administration n'est ni radicalement viciée ni excessivement sommaire alors que la société requérante ne propose pas de méthode plus pertinente. Dès lors, la SARL Baldacchino n'apporte pas la preuve de l'exagération des impositions en litige.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des impositions en litige, et des amendes mises à sa charge, à l'encontre desquelles elle n'articule aucun moyen propre.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la société requérante au titre des frais exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Baldacchino est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Baldacchino et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Hamon, premier conseiller,
M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
T. B
La présidente,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026