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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002904

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002904

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002904
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 octobre 2020 et le 13 septembre 2021, Mme B C, représentée par Me Peltier-Feat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 à 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a remis en cause le bénéfice de l'exonération prévue à l'article 44 octies A du code général des impôts dès lors qu'elle dispose d'une implantation matérielle et des moyens d'exploitation dans un local situé au sein d'une zone franche urbaine ;

- elle conteste le rejet des charges ;

- le service a constaté la réalité d'une implantation matérielle en admettant qu'elle se rendait deux fois par jour en zone franche urbaine, ce qui constitue une prise de position formelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 avril 2021 et le 17 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, qui exerce la profession d'infirmière libérale, a déclaré disposer d'un cabinet médical situé au sein de la zone franche urbaine de la Seyne-sur-Mer. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au terme de laquelle l'administration fiscale a notamment remis en cause la réalité de l'implantation matérielle de son activité au sein d'une zone franche urbaine, et, en conséquence, le bénéfice de l'exonération d'impôt sur le revenu prévue par les dispositions de l'article 44 octies A du code général des impôts. Mme C demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a ainsi été assujettie au titre des années 2014 à 2016.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la loi fiscale :

2. En premier lieu, selon les dispositions de l'article 44 octies A du code général des impôts, dans leur rédaction applicable aux impositions en litige, les contribuables qui, lorsqu'ils possèdent des locaux situés à l'intérieur d'une zone franche urbaine tout en réalisant des actes en rapport avec cette activité en dehors de cette zone, exercent une activité de type non sédentaire, peuvent se prévaloir du bénéfice de l'exonération de leurs bénéfices, sous réserve notamment, soit qu'ils emploient au moins un salarié sédentaire à plein temps ou équivalent, exerçant ses fonctions dans les locaux affectés à l'activité, soit qu'ils réalisent au moins 25 % de son chiffre d'affaires auprès de clients situés dans les zones franches urbaines.

3. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application de l'exonération d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés prévue par les dispositions précitées. L'implantation d'une activité en zone franche urbaine, en l'absence de salarié, s'apprécie, pour le bénéfice de l'exonération prévue par l'article 44 octies A du code général des impôts, au regard de tous éléments pertinents, notamment de la situation des locaux et des moyens d'exploitation utiles à cette activité et de son lieu d'exercice effectif, sans que fasse obstacle à l'application de cet article la seule circonstance qu'une partie de l'activité, en raison de sa nature, doive s'exercer chez les patients de ce contribuable.

4. Il résulte de l'instruction que selon un bail conclu le 1er avril 2013 avec la SCI Lorenzo, Mme C loue " une pièce nommée infirmerie avec usage des parties communes à savoir WC, salle d'attente " au sein d'un local situé résidence le " Catamaran ", Quartier Peyron, au sein de la zone franche urbaine de la Seyne-sur-Mer, pour un loyer mensuel de 250 euros. L'administration ne conteste pas que Mme C reçoit, à ce cabinet, certains de ses courriers professionnels. Ce même local est loué à neuf autres infirmiers, ce que ne précise pas le contrat de bail, avec lesquels la requérante n'entretient aucune relation juridique, aucun contrat d'association ou même de mise en commun ou de partage des moyens d'exploitation ne liant les professionnels qui y sont domiciliés. Aucun élément ne détermine dans le contrat de bail les conditions de l'occupation du local et aucun planning de concertation d'utilisation ou de partage des locaux n'est produit. En outre, lors des opérations de contrôle, l'intéressée a indiqué, dans un premier temps, qu'elle dispensait des soins exclusivement au domicile de ses patients, puis dans un second temps, qu'elle prodiguait divers actes au cabinet dont la vaccination. Toutefois, alors même que le nom de la requérante figure sur une plaque professionnelle à côté de la porte du local, la seule production d'attestations ne permet pas d'établir qu'elle effectuait divers actes au cabinet. Par ailleurs, Mme C ne dispose pas de contrat de consommation d'eau, d'électricité ou de chauffage et a confirmé ne pas souscrire d'assurance professionnelle pour le local. Si le constat d'huissier établi le 9 janvier 2018, soit postérieurement aux opérations de contrôle, indique qu'il existe un " coin administratif avec notamment un bureau " et " un téléphone avec une ligne fixe ", seul le numéro de téléphone portable est mentionné à côté du nom de la requérante sur sa plaque professionnelle et aucun matériel informatique n'apparaît sur les photographies dudit constat. A cet égard, la requérante, qui dispose d'un ordinateur portable, ne peut utilement faire valoir que le matériel informatique " notamment le scan et l'imprimante sont entreposés " dans une armoire à clef. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que le local est pourvu d'une connexion internet. Si Mme C soutient disposer d'un espace en sous-sol pour y effectuer ses tâches administratives, elle n'a pas fait visiter cet espace au vérificateur, au demeurant non compris dans le bail, et le constat d'huissier n'en fait pas mention. En outre, l'intéressée, par la production d'une " lettre de mission " ne justifie pas, ainsi qu'elle l'allègue, que l'expert-comptable se rend en zone franche urbaine dans son local professionnel. Enfin, l'attestation du 18 janvier 2018 établie par Mme A, prestataire de services, qui indique qu'elle se déplace une fois par mois au local situé à La Seyne-sur-Mer pour " collecter toutes les informations " afin de procéder aux facturations et télétransmissions, qui ne précise pas la période concernée, est dépourvue de valeur probante. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que le local dont dispose Mme C au sein de la zone franche urbaine constitue le siège réel de son activité et qu'elle y dispose des moyens d'exploitation utiles ainsi que de son lieu d'exercice effectif. Il s'ensuit que l'activité de la requérante n'est pas effectivement implantée dans une zone franche urbaine. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause le bénéfice du dispositif exonératoire prévu à l'article 44 octies A du code général des impôts.

5. En second lieu, aux termes du 1 de l'article 93 du code général des impôts : " Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession ". Il incombe toujours au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net résultant de l'exercice de sa profession que du principe même de leur déductibilité.

6. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a relevé que Mme C avait parcouru, en moyenne, environ 18 804 kilomètres, sans distinguer les déplacements professionnels et personnels et a retenu que seuls deux tiers des kilomètres étaient parcourus à titre professionnel. Mme C n'apportant aucune justification concernant les frais de déplacement ni les autres charges dont la déductibilité a été remise en cause, c'est à bon droit que l'administration les a rejetées, pour ce motif.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

7. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'administration, en retenant qu'une partie des frais de déplacement étaient justifiés, n'a pas admis la réalité d'une implantation matérielle et la présence de moyens d'exploitation dans le local situé en zone franche urbaine. Ainsi, Mme C ne peut, en tout état de cause, se prévaloir d'une prise de position formelle de l'administration.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et majorations, des impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 à 2016.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit à la requérante au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- Mme Carotenuto, première conseillère,

- M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2023.

La rapporteure,

signé

S. ELa présidente,

signé

M. D

La greffière,

signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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