mardi 26 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2003212 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LELIEVRE SAINT-PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 novembre 2020, Mme C D, M. B D et Mme H G, représentés par Me Saint-Pierre, demandent au Tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à Mme C D la somme de 539 179,79 euros en réparation du préjudice subi du fait d'un accident de service survenu le 29 mars 2017 alors qu'elle effectuait une patrouille au sein du site militaire de Tourris, sur la commune de Le Revest-les-Eaux ;
2°) de condamner l'Etat à verser la somme de 10 000 euros à M. B D et la somme de 10 000 euros à Mme H G en réparation du préjudice moral qu'ils ont subi ;
3°) d'assortir ces indemnités des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts à compter de la demande préalable ou à défaut de la saisine de la commission des recours des militaires ;
4°) de mettre définitivement à la charge de l'Etat la charge des frais de l'expertise judiciaire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il est soutenu que :
- la faute commise par le matelot de première classe A le 29 mars 2017 à 21h57 lors d'une patrouille n'étant pas détachable du service, elle engage la responsabilité de l'Etat ; s'ajoute une faute de la hiérarchie, qui a placé de jeunes matelots inexpérimentés et armés en patrouille dans des conditions de fatigue avancée, ceci générant un risque accru dans la manipulation des armes mises à disposition ; le fait qu'une provision ait été ordonnée par le juge des référés du Tribunal administratif de Toulon confirme que la responsabilité de l'État n'est pas sérieusement contestable ;
- il convient de ramener les prétentions indemnitaires des requérants à de plus justes proportions : l'état de santé de Mme D étant consolidé, il convient de fixer l'évaluation de ses préjudices à la somme de 5 343,39 euros au titre des frais divers, la somme de 2 400 euros au titre de l'assistance à tierce personne avant consolidation, la somme de 12 500 euros au titre de la perte de gains actuelles, la somme de 23 436,40 euros représentant le surcoût pour l'achat d'un véhicule adapté, la somme de 400 000 euros au titre de l'incidence professionnelle résultant d'une reconversion dans le secteur civil, la somme de 37 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, la somme de 20 000 euros au titre des souffrances endurées, la somme de 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire et la somme de 4 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, la somme de 30 000 euros au titre du préjudice d'agrément ; enfin, les parents de Mme D ont subi un préjudice moral qu'il convient de réparer par l'octroi à chacun d'eux de la somme de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'Etat n'a commis aucune faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service et le tir accidentel résulte uniquement des fautes commises par M. A alors que l'ensemble des opérations de sécurité et plus largement la manipulation de l'armement règlementaire sont enseignés à l'école des fusiliers marins, mais aussi en exercice, au stand de tir et à chaque prise et fin de service ; le marin était affecté sur la base depuis plus de dix mois et formé et régulièrement entraîné au maniement de son arme en tant que fusilier marin de la marine nationale ; par ailleurs, le lieu de l'accident étant une zone de défense hautement sensible, l'arme du mis en cause était dans sa configuration règlementaire, à savoir approvisionnée mais non chargée à partir de 18 heures ; le fait d'être armé dans des conditions de fatigue constitue une circonstance habituelle pour un personnel militaire en service, même nouvellement recruté ; dès lors, il convient d'indemniser l'intéressée au titre de ses préjudices non réparés par le forfait de pension en déduisant de cette indemnisation la provision déjà versée à l'intéressée ; les préjudices relatifs aux pertes de gains professionnels actuelle, à l'incidence professionnelle et au déficit fonctionnel permanents, déjà réparés par la pension militaire d'invalidité, ne peuvent indemnisés ;
- les souffrances endurées ayant été fixées par l'expert médical à 4 sur une échelle allant de 1 à 7, elles seront réparées par la somme de 7 000 euros, le préjudice esthétique temporaire évalué à 2,5 sur une échelle de 1 à 7 sera réparé par la somme de 2 500 euros, le préjudice esthétique permanent sera indemnisé par la somme de 2 000 euros, l'assistance à tierce personne sera indemnisée à hauteur de 1 599 euros, le préjudice d'agrément à la somme de 1 200 euros, les frais de véhicule adapté seront indemnisés à hauteur de 14 446, 86 euros, les frais de déplacement à la somme de 2 497, 82 euros, les frais d'assistance à expertise à la somme de 1 440 euros, soit au total la somme de 32 683,68 euros de laquelle il convient de déduire la provision de 7 000 euros allouée par le juge des référés ;
- la somme de 6 000 euros peut être allouée à chacun des parents de Mme D en réparation de leur préjudice moral.
La clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2022 à 12h00 par une ordonnance du 19 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2021 :
- le rapport de M. F ;
- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;
- et les observations de Me Saint-Pierre représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D née le 13 janvier 1997 a été recrutée sous contrat le 4 juillet 2016 pour servir en tant que matelot au sein du groupement des fusiliers marins de la base navale de Toulon. Le 29 mars 2017 un peu avant 22 heures et dans l'enceinte du dépôt de munitions de Tourris situé sur la commune de Le Revest-les-Eaux, alors qu'elle se trouvait à l'arrêt dans un véhicule de patrouille, le matelot de 1ère classe, chef de binôme, qui l'accompagnait à l'arrière a manipulé son fusil d'assaut pour effectuer une vérification de sécurité et un projectile est parti, traversant le dossier du fauteuil avant ainsi que le pied gauche de la conductrice. Par un jugement du 18 septembre 2017, la 8ème chambre militaire du Tribunal de grande instance de Marseille a condamné ce militaire à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis total pour blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence et violation de consigne par militaire en temps de guerre, de circonstances exceptionnelles ou en présence de bande armée. Par une ordonnance du 2 mai 2018, la présidente de la Cour administrative d'appel de Marseille a prescrit une expertise médicale confiée au docteur I et a alloué à Mme D une provision de 7 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de son préjudice. Par courrier du 10 avril 2019, une demande préalable d'indemnisation des préjudices personnels subis par Mme D et du préjudice moral supporté par ses parents, a été adressée à la ministre des armées. Par un arrêté du 1er juillet 2019, une pension militaire d'invalidité temporaire " hors guerre ", établie sur le taux de 25 % sur la période du 25 septembre 2017 au 24 septembre 2020, a été allouée à Mme D et le 10 mars 2020, la ministre des armées a établi un protocole transactionnel afin d'indemniser les postes de préjudices en relation directe avec l'accident de service mais non pris en compte par la pension militaire d'invalidité. Mme D n'a pas signé ce protocole et a formé un recours administratif préalable obligatoire dont le secrétariat de la commission des recours des militaires a accusé réception sous le n° 64507 à la date du 5 juin 2020. Une décision implicite de rejet étant née le 24 octobre 2020 compte tenu de l'état d'urgence sanitaire, Mme C D demande principalement au Tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 539 179,79 euros en réparation de l'entier préjudice personnel qu'elle a subi, tandis que M. B D et Mme H G, les parents de la requérante, demandent au Tribunal de condamner l'Etat à leur verser chacun la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il ont subi.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité de l'État :
2. Aux termes de l'article L. 4123-2 du code de la défense : " Les militaires bénéficient des régimes de pensions ainsi que des prestations de sécurité sociale dans les conditions fixées par le code des pensions civiles et militaires de retraite, le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et le code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service () ".
3. Eu égard à la finalité qui lui est assignée par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et aux éléments entrant dans la détermination de son montant, la pension militaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer, d'une part, les pertes de revenus et l'incidence professionnelle de l'incapacité physique et, d'autre part, le déficit fonctionnel, entendu comme l'ensemble des préjudices à caractère personnel liés à la perte de la qualité de la vie, aux douleurs permanentes et aux troubles ressentis par la victime dans ses conditions d'existence personnelles, familiales et sociales, à l'exclusion des souffrances éprouvées avant la consolidation, du préjudice esthétique, du préjudice sexuel, du préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de continuer à pratiquer une activité spécifique, sportive ou de loisirs, et du préjudice d'établissement lié à l'impossibilité de fonder une famille. Lorsqu'elle est assortie de la majoration prévue à l'article L. 133-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, la pension a également pour objet la prise en charge des frais afférents à l'assistance par une tierce personne.
4. En instituant la pension militaire d'invalidité, le législateur a entendu déterminer forfaitairement la réparation à laquelle les militaires peuvent prétendre, au titre des préjudices mentionnés ci-dessus, dans le cadre de l'obligation qui incombe à l'État de les garantir contre les risques qu'ils courent dans l'exercice de leur mission. Cependant, si le titulaire d'une pension a subi, du fait de l'infirmité imputable au service, d'autres préjudices que ceux que cette prestation a pour objet de réparer, il peut prétendre à une indemnité complémentaire égale au montant de ces préjudices. Il en va de même s'agissant du préjudice moral subi par ses ayants droits. En outre, dans l'hypothèse où le dommage engage la responsabilité de l'État à un autre titre que la garantie contre les risques courus dans l'exercice des fonctions, l'intéressé peut prétendre à une indemnité complémentaire au titre des préjudices que la pension a pour objet de réparer, si elle n'en assure pas une réparation intégrale. Lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, il incombe au juge administratif de déterminer le montant total des préjudices que la pension a pour objet de réparer, avant toute compensation par cette prestation, d'en déduire le capital représentatif de la pension et d'accorder à l'intéressé une indemnité égale au solde, s'il est positif.
5. Enfin, pour déterminer si l'accident de service ayant causé un dommage à un militaire est imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, de sorte que ce militaire soit fondé à engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale par l'Etat de l'ensemble du dommage, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de rechercher si l'accident est imputable à une faute commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service. Notamment, le juge ne peut se borner, pour engager la responsabilité de l'Etat à ce titre, à relever que l'accident dont a été victime le militaire trouverait sa cause dans la faute commise par un autre militaire, sur les lieux et durant le temps du service, avec une arme de service, quelle que soit sa gravité et son lien avec le service.
Quant à la responsabilité pour faute :
6. Il résulte de l'instruction que le tir accidentel dont a été victime Mme D résulte exclusivement de l'imprudence du matelot de première classe A, chef de binôme, qu'elle accompagnait lors de la patrouille sur le site militaire pyrotechnique de Tourris. En effet, ce militaire qui s'était assoupi à l'arrière du véhicule a effectué machinalement une opération de sécurité sur son fusil d'assaut dans l'habitacle alors pourtant qu'aucune cartouche n'avait été engagée dans la chambre du fusil pendant la patrouille, ce qui a déclenché le tir d'un projectile. Ce militaire a d'ailleurs été pénalement condamné pour violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence et pour violation de consigne par militaire en temps de guerre, de circonstances exceptionnelles ou en présence de bande armée. Ces faits qui traduisent une faute du militaire sont seulement de nature à établir un lien entre le fait générateur du dommage subi par Mme D et le service, mais ne permettent pas de caractériser, contrairement à ce que soutient cette dernière, l'existence d'une faute qui aurait été commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service. La ministre des armées expose, sans être contredite, que l'ensemble des opérations de sécurité et plus largement la manipulation de l'armement règlementaire sont enseignés à l'école des fusiliers marins, mais aussi en exercice, au stand de tir et à chaque prise et fin de service, et que bien qu'étant une jeune recrue, le matelot de 1er classe, chef de binôme, était affecté sur le site militaire de Tourris depuis plus de dix mois et qu'il était formé et régulièrement entraîné au maniement de son arme et, enfin, que le lieu de l'accident, un dépôt de munitions, constituant une zone de défense hautement sensible, l'arme du matelot en patrouille était dans sa configuration professionnelle, à savoir approvisionnée mais non chargée à partir de 18h00. Dans ces conditions, Mme D n'établit pas qu'il existerait un manquement de l'Etat constitutif d'une faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service de nature à engager sa responsabilité et à ouvrir droit à la réparation intégrale de son préjudice.
Quant à la responsabilité sans faute :
7. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire ou par un militaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet accident du service, le caractère d'un accident de service. Il est constant que les faits rappelés au point 1 ci-dessus sont de nature à établir un lien entre le fait générateur du dommage subi par Mme D et le service. Par suite, c'est à bon droit que les requérants soutiennent que la responsabilité sans faute de l'Etat est susceptible d'être engagée.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
Quant aux préjudices personnels de Mme D :
8. Si Mme D n'a pas droit à la réparation intégrale de son préjudice, elle peut néanmoins prétendre au titre de la garantie contre les risques courus dans l'exercice des fonctions, à une indemnité complémentaire égale au montant des préjudices qu'elle a subis du fait de l'infirmité imputable au service, distincts de ceux que sa pension d'invalidité a pour objet de réparer.
9. En premier lieu, Mme D demande l'indemnisation de ses pertes de gains professionnels actuelles, de son déficit fonctionnel permanent et de l'incidence professionnelle de son accident. Toutefois, ces postes de préjudice ont vocation à être indemnisés par la pension militaire d'invalidité et la ministre des armées soutient sans être contredite que ces éléments ont effectivement déjà été réparés par le versement, le 1er juillet 2019, d'une pension militaire d'invalidité. Par suite, les conclusions indemnitaires doivent, sur ce point, être rejetées.
10. En deuxième lieu, Mme D a subi des souffrances physiques et psychiques, du jour de l'accident, le 29 mars 2017, à celui de sa consolidation, le 21 août 2019, qui ont été fixées par l'expert à 4 sur une échelle allant de 1 à 7. Compte tenu de la durée de 17 mois qui s'est écoulée entre ces deux dates et du retentissement psychologique de l'accident, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant la somme de 8 000 euros.
11. En troisième lieu, le préjudice esthétique temporaire et le préjudice esthétique permanent ont été respectivement fixé par l'expert à 2,5 et 2 sur une échelle allant de 1 à 7. En l'absence d'éléments contraires probants, il sera fait une juste évaluation de ces postes de préjudice en retenant les sommes respectives de 2 500 euros et 2 000 euros que propose la ministre des armées.
12. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise établi par le docteur I qu'avant l'accident du 29 mars 2017 Mme D pratiquait le cross-fit et que son état de santé résultant dudit accident de service lui interdit désormais cette activité sportive. Il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en lui allouant la somme de 2 500 euros.
13. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du docteur I que Mme D a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à hauteur d'une heure par jour pendant la période de déficit fonctionnel temporaire provisoire à 50 %, avant consolidation, soit pendant 123 jours du 12 mai au 26 juillet 2017 et du 3 janvier au 18 février 2018. Ainsi, pour cette période, en retenant un tarif horaire qui fera l'objet d'une juste évaluation à 13 euros pour une aide non spécialisée, il y a lieu de lui accorder la somme de 1 599 euros.
14. En sixième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise établi par le docteur I que l'achat d'un véhicule avec boite de vitesses automatique, adapté à l'état de santé séquellaire de Mme D, est justifié. Compte tenu d'un coût annuel de ces aménagements sur la base d'un renouvellement tous les sept ans et du barème de capitalisation de 11,977 de la Gazette du Palais édition de 2018 correspondant à l'âge de la victime à la date du premier remplacement du véhicule, soit à l'âge de 29 ans en l'espèce, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité réparant ce poste de préjudice en la fixant à la somme de 14 446,86 euros.
15. En septième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a exposé des frais pour se faire assister par un médecin conseil aux deux réunions d'expertise organisées le 7 janvier 2019 et le 23 septembre 2019 dont il convient de fixer le montant à la somme de 1 440 euros. Par ailleurs, elle a exposé des frais de déplacement pour assister à ces réunions dont le montant, calculé à partir de la puissance administrative du véhicule et du barème 2019 publié par le ministre de l'économie, des finances et de la relance, doit être fixé à la somme de 2 497,82 euros. En revanche, les frais de déplacement exposés pour assister à l'audience pénale du 18 septembre 2017 ne sont pas en lien direct de causalité avec l'accident de service survenu le 29 mars 2017 et ne peuvent faire l'objet d'une indemnisation au titre de la responsabilité sans faute de l'Etat.
16. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité destinée à réparer les préjudices subis par Mme D à la suite de l'accident de service du 29 mars 2017 doit être fixée à la somme totale de 34 983,68 euros, de laquelle il convient de déduire la somme de 7 000 euros allouée par une ordonnance n° 18MA00454 du 2 mai 2018 de la présidente de la Cour administrative d'appel de Marseille.
Quant au préjudice par ricochet des parents de la victime :
17. M. B D et Mme H G qui sont les parents de la victime mais non ses ayants droits au sens de la jurisprudence du Conseil d'Etat du 1er juillet 2005, 258208, B, Mme E ne peuvent obtenir la réparation de leur préjudice moral sur le fondement de la responsabilité sans faute résultant de l'accident de service. La circonstance que la ministre des armées propose d'indemniser ce poste de préjudice ne saurait faire obstacle à l'application de cette règle dans la mesure où le juge administratif ne peut condamner la puissance publique à payer une somme qu'elle ne doit pas. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les intérêts au taux légal et la capitalisation des intérêts :
18. D'une part, Mme D a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 27 983,68 euros à compter du 15 avril 2019, date de réception de demande indemnitaire préalable.
19. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts ayant été demandée le 19 novembre 2020, il y a lieu de faire droit à cette demande à la date du 15 avril 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
20. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent () les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ", et aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'État, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance. / Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ".
21. Par une ordonnance en date du 18 mars 2019, la présidente de la Cour administrative d'appel de Marseille a mis à la charge de l'Etat les frais et honoraires exposés lors de la mission d'expertise confiée au docteur I. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge définitive de l'Etat ces frais et honoraires.
Sur les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens :
22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat qui est la partie perdante dans la présente instance la somme de 3 000 euros à verser à Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 27 983,68 euros (vingt-sept mille neuf cent quatre-vingt-trois euros et soixante-huit centimes) à Mme D en réparation de l'entier préjudice subi à la suite de l'accident de service survenu le 29 mars 2017.
Article 2 : La somme qui est mentionnée à l'article 1er portera intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2019. Ces intérêts seront capitalisés à chaque échéance annuelle à compter du 15 avril 2020.
Article 3 : L'Etat supportera la charge définitive des frais d'expertise, conformément à l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 4 : L'Etat versera à Mme D la somme de 3 000 (trois mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D en qualité de représentant unique pour l'ensemble des requérants et au ministre des armées.
Copie en sera adressée à la caisse nationale militaire de sécurité sociale de Toulon.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Riffard, premier conseiller,
M. Bailleux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé :
D. F
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026