jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2003221 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SOUMILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 novembre 2020, le 30 novembre 2022 et le 22 février 2023, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) Pharmacie de Pignans, représentée par Me Soumille, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la comptabilisation de la provision pour perte de valeur vénale du fonds de commerce était justifiée sur le fondement du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ;
- elle a subi des difficultés de trésorerie dès 2014 en raison de l'évolution de l'activité de la pharmacie en France et du marché des transactions d'officines, en baisse considérable depuis quelques années ;
- la dépréciation de son officine est démontrée par le test de dépréciation auquel elle a procédé, les valeurs vénale et d'usage du fonds de commerce, la première évaluée selon la méthode retenue lors de l'acquisition du fonds de commerce et la seconde, en tenant compte d'un multiple de l'excédent brut d'exploitation lui-même déterminé suivant les données statistiques du cabinet Interfimo ainsi que de la valorisation des flux futurs, étant inférieures à sa valeur nette comptable ;
- l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ne peut être suivi dès lors que cette commission a commis une erreur en appréciant l'évolution des critères d'évaluation entre la " date d'acquisition du fonds de commerce et la date de constitution de la provision " ;
- les mesures d'adaptation, dont la diminution de la masse salariale et les apports de trésorerie, ont permis à l'officine de supporter les difficultés financières.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 avril 2021, le 10 février 2023 et le 2 mars 2023, la directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le règlement n° 99-03 du 29 avril 1999 du Comité de la réglementation comptable relatif au plan comptable général ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La Selarl Pharmacie de Pignans, qui exploite une officine de pharmacie à Pignans, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle, au terme d'une procédure de rectification contradictoire, le service a réintégré à son résultat imposable une provision pour dépréciation du fonds de commerce constituée au titre de l'exercice clos en 2016. La Selarl Pharmacie de Pignans, à la suite du rejet de sa réclamation, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a ainsi été assujettie.
2. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des évènements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient effectivement été constatées dans les écritures de l'exercice () ". Aux termes de l'article 38 quater de l'annexe III à ce code : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt ". Aux termes de l'article 38 sexies de la même annexe dans sa rédaction applicable au litige : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de manière irréversible, notamment les terrains, les fonds de commerce, les titres de participation, donnent lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1. de l'article 39 du code général des impôts ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-14 du code de commerce : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. / Lorsque l'application d'une prescription comptable ne suffit pas pour donner l'image fidèle mentionnée au présent article, des informations complémentaires doivent être fournies dans l'annexe. / Si, dans un cas exceptionnel, l'application d'une prescription comptable se révèle impropre à donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière ou du résultat, il doit y être dérogé. Cette dérogation est mentionnée à l'annexe et dûment motivée, avec l'indication de son influence sur le patrimoine, la situation financière et le résultat de l'entreprise ". Aux termes de l'article 322-1 du plan comptable général, dont les dispositions ont été reprises pour les exercices ouverts après le 1er janvier 2014 à l'article 214-6 : " () 4 - La dépréciation d'un actif est la constatation que sa valeur actuelle est devenue inférieure à sa valeur nette comptable. / 5 - La valeur brute d'un actif est sa valeur d'entrée dans le patrimoine (). / 7 - La valeur nette comptable d'un actif correspond à sa valeur brute diminuée des amortissements cumulés et des dépréciations. / 8 - La valeur actuelle est la valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage (). / 10 - La valeur vénale est le montant qui pourrait être obtenu, à la date de clôture, de la vente d'un actif lors d'une transaction conclue à des conditions normales de marché, net des coûts de sortie. () / 11 - La valeur d'usage d'un actif est la valeur des avantages économiques futurs attendus de son utilisation et de sa sortie. Elle est calculée à partir des estimations des avantages économiques futurs attendus. Dans la généralité des cas, elle est déterminée en fonction des flux nets de trésorerie attendus. () ".
4. Pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2005, le plan comptable général impose aux entreprises d'apprécier, à chaque clôture des comptes et à chaque situation intermédiaire, s'il existe un indice quelconque montrant qu'un ou plusieurs de leurs actifs ont pu perdre de leur valeur. Lorsqu'un tel indice existe, un test de dépréciation consistant à comparer la valeur nette du bien considéré et sa valeur actuelle doit être effectué afin de confirmer ou non la perte de valeur. En présence d'une telle perte de valeur, l'entreprise peut, le cas échéant, déprécier l'actif concerné en fonction de sa valeur actuelle.
5. La déductibilité fiscale d'une provision est subordonnée, en application des dispositions du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts et de l'article 38 quater de l'annexe III à ce code, outre aux conditions relatives à la dépréciation elle-même, à ce que la provision en cause ait été constatée dans les écritures de l'exercice conformément, en principe, aux prescriptions comptables. S'agissant de la dépréciation d'un élément d'actif, il résulte des dispositions du plan comptable général citées au point 3 que la passation de l'écriture comptable correspondante est subordonnée au constat selon lequel la valeur actuelle de cet élément d'actif, valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage, est devenue notablement inférieure à sa valeur nette comptable. Par suite, la seule circonstance que la valeur vénale d'un élément d'actif soit devenue inférieure à sa valeur nette comptable ne saurait, en principe, justifier la déductibilité fiscale d'une provision s'il apparaît que la valeur d'usage reste supérieure à cette valeur nette comptable, faisant ainsi obstacle à la comptabilisation d'une dépréciation.
6. Il résulte de l'instruction que la Selarl Pharmacie de Pignans a acquis en 2009 le fonds de commerce de son officine pour un montant de 2 000 000 euros, dont 1 995 000 euros pour les éléments incorporels. Au titre de l'exercice clos en 2016, elle a déduit de son résultat fiscal une provision pour dépréciation de son fonds de commerce à hauteur de 150 000 euros calculée à partir de la valeur vénale du fonds de commerce. La société requérante a utilisé deux méthodes de valorisation du fonds de commerce, la première fondée sur la valeur vénale et la seconde sur la valeur d'usage. La valeur vénale du fonds de commerce a été établie selon la méthode de calcul qui a prévalu lors de son acquisition, à savoir l'application d'un pourcentage, correspondant à la valeur du marché de l'officine, au chiffre d'affaires hors taxe réalisé les douze mois précédant la cession du fonds. La valeur vénale a ainsi été évaluée, au 31 décembre 2016, à 1 635 595 euros. Quant à la valeur d'usage moyenne, elle a été fixée à 1 449 548 euros au 31 décembre 2016, calculée à partir d'une part, de l'excédent brut d'exploitation retraité retenu pour le calcul des valeurs de cession des officines tel qu'il résulte des données statistiques du cabinet Interfimo et d'autre part, d'une valorisation des flux futurs sur la base des chiffres d'affaires propres. C'est la valeur vénale qui a été retenue pour le calcul de la provision.
7. L'administration a remis en cause la déduction de cette provision au motif qu'aucune baisse du chiffre d'affaires concomitante à celle du résultat en 2016 n'avait été constatée. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a, à l'issue de sa séance du 10 décembre 2019, rendu un avis favorable sur les rectifications proposées par l'administration. A cet égard, l'erreur alléguée entachant cet avis, à la supposer même établie, est sans influence sur la validité dudit avis ni sur le bien-fondé de l'imposition.
8. Pour justifier du principe de la provision, la société requérante fait valoir que le chiffre d'affaires de son officine a constamment baissé depuis son acquisition, qu'elle a dû faire face à des difficultés de trésorerie dès l'année 2014 et diminuer notamment la masse salariale, que les données de comparaison permettant d'évaluer la dépréciation du fonds de commerce doivent être celles du prédécesseur qui ont servi à la détermination de la valeur inscrite à l'actif du bilan lors de l'acquisition et elle se prévaut de la situation du marché des officines en France, en baisse depuis plusieurs années, corroborée notamment par les données statistiques Interfimo, ainsi que de la baisse significative du chiffre d'affaires du médicament remboursable du fait, en particulier, des déremboursements de médicaments et de la valorisation des génériques. Toutefois, si la valeur vénale du fonds de commerce a été évaluée selon les modalités retenues lors de son acquisition, la société requérante a appliqué le taux de 106 %, retenu en 2009, au chiffre d'affaires hors taxe de l'exercice clos en 2016, chiffre d'affaires au demeurant retraité de celui afférent aux médicaments chers et à la livraison de médicaments aux maisons de retraite, sans établir la pertinence de ce taux au titre dudit exercice. En outre, l'évolution du chiffre d'affaires ne peut constituer, à lui seul, un test de dépréciation du fonds de commerce, en l'absence d'autres indicateurs économiques. Par ailleurs, si la société requérante invoque, pour justifier la dépréciation de son fonds de commerce, la baisse continue des multiples de chiffres d'affaires et d'excédent brut d'exploitation retenus pour le calcul de la valeur de cession des officines de pharmacie en se référant aux études réalisées par Interfimo sur les prix des officines de pharmacie dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, ces études sont cependant générales, ne sont pas propres à son officine et la référence à des multiples de chiffre d'affaires et d'excédent brut d'exploitation ne permet pas d'établir la dépréciation alléguée. La Selarl Pharmacie de Pignans ne saurait davantage utilement se prévaloir des prix de vente de quatre officines situées dans le Var, sans que les données propres à ces dernières ne soient identifiées avec suffisamment de précision et dont deux, au demeurant, ont été réalisées postérieurement à 2016. Enfin, l'administration fait valoir, sans être utilement contredite, que si la comparaison entre le chiffre d'affaires de l'exercice 2009 et celui retraité au titre de l'exercice 2016 fait état d'une baisse de 18 %, il n'a pas été constaté de diminution du résultat comptable retraité des amortissements et des provisions entre la clôture du dernier exercice complet précédent celui de l'achat du fonds et l'exercice clos en 2016. Dans ces conditions, c'est à juste titre que l'administration a estimé que la provision litigieuse n'était pas déductible des résultats de la Selarl Pharmacie de Pignans.
9. Il résulte de ce qui précède, que la Selarl Pharmacie de Pignans n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice 2016. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la Selarl Pharmacie de Pignans est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie de Pignans et à la directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- Mme Carotenuto, première conseillère,
- M. Bailleux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2023.
La rapporteure,
signé
S. BLa présidente,
signé
M. A
La greffière,
signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026