lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2003511 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LAIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2020, Mme B C et M. A C, représentés par Me Lair, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017 ;
2°) d'enjoindre à l'administration de procéder au dégrèvement de ces impositions supplémentaires, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'association Jeûne et Remise en forme, dont Mme C est présidente et M. C, trésorier, qui a une gestion désintéressée et dont l'activité n'entre pas en concurrence avec le secteur commercial, ne doit pas être soumise aux impôts commerciaux ;
- l'association n'a procédé à aucune distribution directe ou indirecte de bénéfices ;
- ils contestent le montant des sommes regardées comme distribuées ;
- étant de bonne foi, ils sont fondés à invoquer le droit à l'erreur prévu par la loi du 10 août 2018 et à solliciter la décharge des intérêts de retard ;
- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas fondées et sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lair représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la vérification de comptabilité de l'association Jeûne et Remise en forme, dont l'objet est " de promouvoir et apprendre à les appliquer, pour une santé meilleure, des règles d'hygiène de vie et de naturopathie en organisant des séjours de jeûne et randonnée qui favorisent les capacités du corps à se régénérer ", l'administration a notifié, par une proposition de rectification du 10 décembre 2018, à Mme Mutelet, présidente de l'association, et son époux, trésorier, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 à 2017, à raison de revenus regardés comme distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. et Mme C ont contesté ces impositions par une réclamation du 22 janvier 2020, qui a été rejetée par l'administration le 16 octobre 2020. Ils demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été ainsi assujettis.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne l'assujettissement de l'association Jeûne et Remise en forme aux impôts commerciaux :
2. En vertu du 1 de l'article 206 du code général des impôts, sont passibles de l'impôt sur les sociétés toutes personnes morales " se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif ". Aux termes de l'article 207 du même code : " 1. Sont exonérés de l'impôt sur les sociétés : () 5° bis. Les organismes sans but lucratif mentionnés au 1° du 7 de l'article 261, pour les opérations à raison desquelles ils sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée () ". L'article 261 auquel il renvoie vise, au 1° du 7, " les services de caractère social, éducatif, culturel ou sportif rendus à leurs membres par les organismes légalement constitués agissant sans but lucratif, et dont la gestion est désintéressée ". En application de ces dispositions, les associations régies par la loi du 1er juillet 1901 ne sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée et de l'impôt sur les sociétés que si, d'une part, leur gestion présente un caractère désintéressé et, d'autre part, les services qu'elles rendent ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique.
3. Il résulte de l'instruction que l'association Jeûne et Remise en forme est composée des deux seuls membres fondateurs, Mme Mutelet, présidente, et M. C, trésorier. Au cours des années considérées, cette association a organisé annuellement une trentaine de stages, d'une durée d'une semaine, auxquels participaient en moyenne douze personnes. Les stages, organisés à Vidauban, lieu de résidence des requérants, étaient proposés pour un prix forfaitaire moyen de 650 euros, incluant la participation au stage, l'accompagnement et le suivi du jeûne, l'accompagnement en randonnée, les conférences-débats, l'hébergement et le repas de réalimentation. Chaque participant s'acquittait d'un acompte de 250 euros, qui était versé sur le compte bancaire de l'association, dont les requérants détiennent la signature, le solde, soit 400 euros, étant ensuite versé, lors de la réalisation du stage, sur le compte bancaire personnel des requérants. En outre, ces derniers hébergeaient les participants moyennant une indemnité versée par l'association d'un montant de 500 euros ou 1 000 euros, par semaine de stage, et percevaient une autre indemnité, allant de 500 euros à 1 500 euros par semaine de stage, correspondant à la mise à disposition de deux véhicules leur appartenant. L'administration a relevé qu'aucun bail de mise à disposition de locaux ou de véhicules n'avait été conclu et qu'en outre, les produits perçus par les requérants n'avaient pas été déclarés. M. et Mme C, qui ne justifient pas les contreparties retirées par l'association correspondant aux indemnités versées, ont ainsi bénéficié directement, à titre personnel, de sommes provenant de l'association ainsi que de sommes qui lui étaient destinées. L'allocation de ces sommes n'est pas compatible avec une gestion désintéressée de cette dernière. Par suite, l'association Jeûne et Remise en forme n'ayant pas une gestion désintéressée, l'administration était en droit de l'assujettir aux impôts commerciaux, sans qu'il soit besoin d'examiner si son activité entre en concurrence avec le secteur commercial.
En ce qui concerne les revenus distribués par l'association Jeûne et Remise en forme :
4. L'article 109 du code général des impôts dispose que : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". M. et Mme C ayant contesté les rectifications qui leur ont été notifiées, il appartient à l'administration d'apporter la preuve tant de l'existence et du montant des revenus distribués, que de leur appréhension par les intéressés. Toutefois, le contribuable, qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit en outre à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes étant sans incidence à cet égard.
5. D'une part, l'association Jeûne et Remise en forme, ayant été à bon droit assujettie à l'impôt sur les sociétés, l'administration est fondée à estimer que ses résultats imposables au cours des exercices 2015 à 2017 sont constitutifs de revenus distribués. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de l'association, aucune comptabilité n'a été remise au vérificateur. Ce dernier a reconstitué le chiffre d'affaires de l'association à partir des éléments fournis par Mme C dans le cadre du débat oral et contradictoire, dont la liste des participants aux stages et le prix moyen pratiqué par semaine et par participant, et des éléments obtenus, dans le cadre de l'exercice du droit de communication, auprès de l'établissement bancaire de l'association et de celui des requérants. L'administration a ainsi déterminé le résultat imposable de l'association à hauteur de 144 228 euros, 131 738 euros et 93 829 euros au titre, respectivement, des exercices 2015, 2016 et 2017. M. et Mme C demandent que ces montants soient réduits à 93 110 euros, 82 890 euros et 68 270 euros au titre, respectivement, de ces mêmes années. Toutefois, pour justifier de tels montants, ils se bornent à produire des tableaux élaborés par Mme C, indiquant pour chaque année, les participants aux stages ainsi que les montants réglés pour la réalisation des stages, sans les assortir d'aucun justificatif. Ainsi, l'administration établit l'existence et le montant des revenus distribués.
6. D'autre part, l'administration a relevé que M. et Mme C sont les seuls membres de l'association Jeûne et Remise en forme durant les années en litige et en assurent seuls la gestion administrative, commerciale et financière. A ce titre, ils disposent tous deux de la signature sur le compte bancaire de l'association et exercent chacun un pouvoir décisionnaire. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à contredire ces faits. S'agissant des deux membres d'un même foyer fiscal, l'administration a ainsi pu regarder à bon droit M. et Mme C comme maîtres de l'affaire. Elle apporte, par suite, la preuve de l'appréhension par les intéressés des revenus distribués par l'association Jeûne et Remise et était fondée à imposer entre leurs mains les sommes en litige sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
Sur les intérêts de retard :
7. D'une part, l'intérêt de retard institué par l'article 1727 du code général des impôts vise essentiellement à réparer les préjudices de toute nature subis par l'Etat à raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et de payer l'impôt aux dates légales et ne constitue ainsi pas une sanction.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, issu de la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / () ". Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être sanctionnées les erreurs régularisables commises pour la première fois de bonne foi.
9. Les requérants ne peuvent utilement invoquer le droit à l'erreur prévu par les dispositions citées au point précédent pour contester les intérêts de retard mis à leur charge, dès lors que la mise à leur charge des intérêts de retard ne constitue pas une sanction.
Sur les pénalités pour manquement délibéré :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
11. Eu égard au caractère répété des dysfonctionnements constatés lors des opérations de contrôle de l'association et notamment le fait qu'une partie des recettes était versée sur les comptes personnels des requérants et que des indemnités leur étaient attribuées au titre de charges non justifiées, auxquels les intéressés, en leur qualité de présidente et de trésorier de l'association, ont sciemment participé et à la perception de revenus distribués non déclarés à l'administration dont les montants représentaient une part importante des revenus imposables, l'administration fiscale établit l'intention délibérée des contribuables d'éluder l'impôt, qui ne peuvent utilement invoquer leur méconnaissance des règles fiscales. Ainsi, c'est à bon droit qu'elle a assorti les impositions en litige de la majoration de 40 % prévue par les dispositions du a. de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré, laquelle ne constitue pas une sanction disproportionnée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit aux requérants au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et M. A C et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- Mme Carotenuto, première conseillère,
- M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 avril 2023.
La rapporteure,
signé
S. ELa présidente,
signé
M. D
La greffière,
signé
F. OUJABER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026