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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003556

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003556

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003556
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2020 et 17 août 2021, Mme B A, représentée par Me Peltier-Feat, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2010 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes de 97 362 et 646 253 euros qui lui ont été réclamées par deux mises en demeure de payer en date du 6 septembre 2016 ;

3°) de prononcer la décharge de son obligation solidaire au paiement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2010, pour un montant de 261 398 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu l'avis d'imposition du 31 juillet 2013, concernant la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu établie au titre de l'année 2010 alors que l'administration savait qu'elle avait rompue le pacte civil de solidarité l'unissant à M. D en 2011 et qu'elle vivait au Luxembourg ; par suite, sa réclamation du 2 septembre 2020 n'est pas tardive ;

- par un jugement du 13 juin 2012, une liquidation judiciaire a été prononcée à l'encontre de M. D, débiteur principal de la dette d'impôt sur le revenu, les revenus de capitaux mobiliers lui ayant été notifiés à titre personnel suite à deux contrôles fiscaux mis en recouvrement en 2011 et 2013 ; les impositions supplémentaires ne concernaient pas sa partenaire de pacte civil de solidarité ; ainsi, le jugement de liquidation judiciaire avec clôture pour insuffisance d'actif prononcé le 17 juin 2014 a eu pour conséquence d'éteindre la dette du débiteur principal, et sans dette principale, il ne saurait y avoir de solidarité avec un tiers ; par suite, le principe de l'accessoire fait obstacle à la poursuite du débiteur solidaire et en application de l'article 2290 du code civil, le débiteur solidaire ne saurait être tenu dans des conditions plus rigoureuses que le débiteur principal ;

- la situation fiscale en date du 6 septembre 2016 démontre l'absence de créance fiscale d'un montant de 261 398 euros au titre de l'année 2010 par solidarité avec M. D ; par suite, la mise en demeure de payer du 6 septembre 2016 n'est pas fondée ;

- la solidarité fiscale ne s'applique pas à la majoration de 40 % pour manquement délibéré ; en outre, cette majoration n'est pas fondée à son égard ;

- le 2 août 2021, elle a effectué une demande de décharge de l'obligation solidaire de paiement de sa dette fiscale, faisant apparaître une disproportion entre cette dette et son patrimoine et ses ressources.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante disposait jusqu'au 31 décembre 2015 pour demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie, avec M. D, au titre de l'année 2010, par un avis d'imposition mis en recouvrement le 31 juillet 2013, ou jusqu'au 31 décembre 2016 en application du délai spécial prévu par l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales ; par suite, à supposer que des conclusions d'assiette, à fin de décharge de cette imposition auraient été formulées par la réclamation en date du 2 septembre 2020, liant le présent litige, elles étaient tardives, et par suite irrecevables ;

- concernant les mises en demeure du 6 septembre 2016, dont elle a accusé réception le 15 septembre 2016, le délai d'opposition expirait le 15 novembre 2016 ; par suite, à supposer que par la réclamation du 2 septembre 2020, la requérante aurait entendu former une opposition à poursuite contre ces mises en demeure, cette demande était tardive, et par suite irrecevable ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté de la réclamation du 2 septembre 2020 dirigée contre la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu établie au titre des années 2010, mise en recouvrement le 31 juillet 2013 pour un montant de 261 398 euros, dès lors qu'elle a été présentée au-delà du délai raisonnable d'un an ajouté à celui prévu par les dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, Mme A devant être regardée comme ayant eu connaissance de l'existence de cette imposition au plus tard le 15 septembre 2016.

Le 17 janvier 2023, Mme A a répondu au moyen relevé d'office précité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Peltier-Feat, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 juillet 2013, une cotisation d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2010 d'un montant total de 261 398 euros a été mise en recouvrement concernant Mme A et M. D, qui étaient liés par un pacte civil de solidarité dont la dissolution a été prononcée le 28 novembre 2011. Par la présente requête, faisant suite au rejet, par une décision du 15 octobre 2020, de sa réclamation préalable en date du 2 septembre 2020, Mme A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer la décharge de son obligation solidaire au paiement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2010, pour un montant de 261 398 euros.

Sur la recevabilité des conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ". Aux termes de l'article R. 196-1 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que les délais prévus par les articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales lui soient opposables.

4. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par les articles R. 196-1 ou R. 196-3 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.

5. La cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. D et Mme A ont été assujettis au titre de l'année 2010 pour un montant total de 261 398 euros a été mise en recouvrement le 31 juillet 2013, date à compter de laquelle court le délai de réclamation en ce qui concerne cet impôt, recouvré par voie de rôle, à moins qu'il ne soit établi que le contribuable n'a pas reçu l'avis d'imposition du fait d'une erreur de l'administration, auquel cas le point de départ du délai de réclamation ne court qu'à compter de la date où l'intéressé a eu connaissance de l'impôt. Mme A conteste avoir reçu cet avis d'imposition. Toutefois, le 15 septembre 2016, Mme A a accusé réception d'une mise en demeure de payer, qui portait notamment explicitement sur la somme de 261 398 euros qui lui a été réclamée au titre de l'impôt sur le revenu établi au titre de l'année 2010, mis en recouvrement le 31 juillet 2013. Au surplus, par un courrier du 20 septembre 2016, Mme A avait sollicité la décharge de son obligation solidaire au paiement de la dette fiscale d'impôt sur le revenu au titre des années 2008 à 2011, ce qui incluait ainsi l'année 2010. Dès lors, à supposer même qu'elle n'aurait pas été auparavant destinataire de l'avis d'imposition mis en recouvrement le 31 juillet 2013, elle a eu connaissance de cette imposition au plus tard le 15 septembre 2016. Par suite, elle pouvait former une réclamation contre cette imposition dans un délai qui expirait le 31 décembre 2019. En conséquence, la réclamation du 2 septembre 2020, dont l'administration fiscale a accusé réception le 10 septembre 2020 était tardive. Par suite, et à supposer même que Mme A aurait entendu formuler de telles conclusions, les conclusions à fin de décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2010 par l'avis d'imposition mis en recouvrement le 31 juillet 2013 sont irrecevables.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites ". Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire. Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, en premier lieu, au chef du service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite () ". Aux termes de l'article R. 281-3-1 de ce livre : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée () dans un délai de deux mois à partir de la notification : a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; b) De tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation de payer ou le montant de la dette ; c) Du premier acte de poursuite permettant d'invoquer tout autre motif ".

7. Il résulte de l'instruction que Mme A a accusé réception le 15 septembre 2016 des deux mises en demeure de payer en date du 6 septembre 2016, portant respectivement sur une somme de 97 362 euros et de 646 253 euros. Ces mises en demeure mentionnaient les délais et voies de recours applicables à leur encontre. Par suite, Mme A disposait jusqu'au 15 novembre 2016 pour former une opposition à poursuites contre ces mises en demeure de payer. En conséquence, la réclamation du 2 septembre 2020, dont l'administration fiscale a accusé réception le 10 septembre 2020, était tardive. Ainsi, et à supposer même que Mme A aurait entendu formuler de telles conclusions, les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer résultant de ces mises en demeure sont irrecevables.

Sur la demande de décharge de l'obligation solidaire de paiement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2010 :

8. En vertu des dispositions du I de l'article 1691 bis du code général des impôts, les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement de l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune. Toutefois, le II de ce même article, prévoit que les personnes séparées peuvent demander à être déchargée de cette obligation de paiement et dispose : " 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur () ".

9. En premier lieu, Mme A ne produit aucun élément concernant sa situation patrimoniale et financière à la date de sa demande du 2 septembre 2020, alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle dispose notamment d'un patrimoine immobilier. En effet, elle se borne à produire, dans son mémoire en réplique, et au demeurant " à titre d'information ", une autre réclamation, en date du 28 juillet 2021 contenant des pièces postérieures au 2 septembre 2020, qui aurait été adressée à l'administration fiscale mais qui ne concerne en tout état de cause pas le présent litige, et qui a fait l'objet d'une décision de rejet contestée dans une instance distincte. En conséquence, il ne résulte pas de l'instruction qu'il existait, à la date de sa demande du 2 septembre 2020, une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale de Mme A et sa situation financière et patrimoniale, nette de charges.

10. En second lieu, les autres moyens soulevés par Mme A, visés ci-dessus, concernent un contentieux d'assiette et de recouvrement, et sont ainsi sans influence sur l'application des dispositions, précitées au point 8, de l'article 1691 bis du code général des impôts. En conséquence, ils sont inopérants au soutien de conclusions tendant à la décharge de l'obligation solidaire de paiement de la cotisation supplémentaire d'impôt à laquelle Mme A a été assujettie au titre de l'année 2010.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la décharge de son obligation solidaire de paiement de la somme maintenue à sa charge à raison de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu assignée au foyer fiscal qu'elle formait avec M. D au titre de l'année 2010.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse à la requérante quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Hamon, premier conseiller,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le rapporteur,

signé

T. E

La présidente,

signé

M. C

La greffière,

signé

F. OUJABER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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