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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003589

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003589

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003589
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLABECKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Prestige Auto Collection, représentée par Me Labecki-Petit, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 150 207 euros, correspondant à la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes, procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 12 juin 2020 par le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Var ;

2°) d'ordonner le déblocage immédiat de son compte bancaire ouvert auprès de la Lyonnaise de Banque, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que la décharge des majorations ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice financier subi ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'obligation au paiement fait défaut, l'administration n'ayant pas pris en considération les contestations qu'elle a émises le 24 août 2019 à la suite des deux mises en demeure valant commandement de payer datées du 31 juillet 2019 ;

- les créances sont prescrites en application des dispositions des articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales et ne sont donc pas exigibles ;

- l'administration qui a retenu, à tort, un taux de taxe sur la valeur ajoutée de 20 %, son activité portant sur la vente de véhicules d'occasion, doit procéder à de nouveaux calculs ;

- en conséquence de cette erreur, les pénalités doivent être déchargées ;

- les commissions sur ventes remises en cause par le service vérificateur ont bien été justifiées dans sa comptabilité ;

- la saisie administrative contestée est ainsi entachée de nombreuses irrégularités ;

- elle n'a commis aucun manquement délibéré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, la société n'ayant pas saisi le tribunal dans le délai imparti par l'article R. 281-4 du livre des procédures fiscales à la suite de la décision de rejet de sa contestation ;

- les conclusions à fin de réduction des impositions supplémentaires auxquelles la société requérante a été assujettie ne sont pas recevables à défaut de moyens développés dans ses réclamations préalables présentées le 24 août 2019, en méconnaissance des dispositions du b) de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales ;

- pour le surplus, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, par lettre du 14 avril 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer, la contestation de la SARL Prestige Auto Collection du 24 août 2019 n'étant fondée sur aucun des motifs mentionnés au 2° de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, et d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions relatives à l'assiette des impositions en l'absence de réclamation préalable, en application de l'article R. 190-1 du même livre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Carotenuto,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Prestige Auto Collection, qui a pour activité le négoce de véhicules automobiles de collection, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration l'a assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Le 12 juin 2020, une saisie administrative à tiers détenteur a été effectuée auprès de sa banque pour obtenir le paiement de la somme de 150 207 euros. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme procédant de cette saisie administrative à tiers détenteur, la réduction des impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie et la décharge des majorations ainsi que de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer procédant de la saisie administrative à tiers détenteur :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Les contestations ne peuvent porter que : 1° Soit sur la régularité en la forme ; 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution, dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L. 199 ".

3. La SARL Prestige Auto Collection ne peut être regardée comme contestant utilement l'obligation de payer résultant de la saisie administrative à tiers détenteur du 12 juin 2020 en se bornant à faire valoir que l'administration n'a pas pris " en considération [ses] contestations émises " le 24 août 2019 auprès du directeur départemental des finances publiques à la suite des deux mises en demeure tenant lieu de commandement de payer du 31 juillet 2019, ce moyen n'étant assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé alors au demeurant, que les lettres du 24 août 2019 ne comportent aucun moyen et que la SARL n'a pas demandé le sursis de paiement des impositions concernées.

4. Il résulte de ce qui précède que la SARL Prestige Auto Collection n'est pas fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 150 207 euros procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 12 juin 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'assiette des impositions en litige :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article R. 190-1 du même livre dispose que : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. ".

6. Les lettres du 24 août 2019 que la SARL Auto Prestige Collection a adressées à l'administration fiscale par lesquelles elle conteste les mises en demeure tenant lieu de commandement de payer du 31 juillet 2019, qui ne comportent aucun moyen, ne constituent pas des réclamations tendant à la décharge ou la réduction des impositions supplémentaires mises à sa charge. La société requérante ne justifie pas, par ailleurs, avoir présenté une réclamation préalable au sens des dispositions précitées au point 5. Par suite, les conclusions de la SARL Auto Prestige Collection tendant à la réduction des cotisations supplémentaires auxquelles elle a été assujettie et à la décharge des majorations sont irrecevables.

Sur la demande indemnitaire :

7. Si la SARL Prestige Auto Collection sollicite le versement de la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi en raison du blocage de son compte bancaire, elle ne justifie d'aucune faute commise par l'administration fiscale de nature à engager sa responsabilité ni d'aucun préjudice. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions de la requête de la SARL Prestige Auto Collection doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi qu'en tout état de cause, celles relatives aux entiers dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Prestige Auto Collection est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Prestige Auto Collection et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- Mme Carotenuto, première conseillère,

- M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

La rapporteure,

signé

S. CAROTENUTOLa présidente,

signé

M. BERNABEU

La greffière,

signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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