jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2003650 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ALVAREZ - ARLABOSSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 décembre 2020, le 19 décembre 2022 et le 25 janvier 2023, Mme H E I, Mme F E et M. B E, représentés par la Selarl Alvarez Arlabosse agissant par Me Alvarez, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à leur verser la somme de 2 500 euros en réparation des souffrances endurées par le défunt G E, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à leur verser la somme de 2 216,28 euros en réparation des frais exposés pour les funérailles de G E, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à leur verser la somme de 258 euros au titre des frais d'assistance à expertise, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
4°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à
Mme H E une somme de 15 000 euros au titre de son préjudice moral du fait du décès de son époux, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
5°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à
Mme H E une somme de 9 986,50 euros au titre de son préjudice économique actuel jusqu'au 29 août 2020, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
6°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à
Mme H E une somme de 54 336 euros au titre de son préjudice économique postérieur au 29 août 2020, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
7°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à M. B E une somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral du fait du décès de son père, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du
8 septembre 2020 ;
8°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à M. B E une somme de 2 496,50 euros au titre de son préjudice économique actuel arrêté au
29 août 2020, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
9°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à M. B E une somme de 7 048,50 euros au titre de son préjudice économique postérieur au
29 août 2020, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du
8 septembre 2020 ;
10°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à
Mme F E une somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral du fait du décès de son père, avec intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de mise en demeure du 8 septembre 2020 ;
11°) de condamner le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël à verser à chacun des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- leur demande préalable du 8 septembre 2020 est restée sans réponse et leur recours contentieux est en conséquence recevable ;
- le décès de M. G E date du 29 juillet 2018 et leur action n'est, par suite, pas atteinte par la déchéance quadriennale prévue à l'article 1er de la loi n° 68-1250 du
31 décembre 1968 ;
- Mme F E est bien partie à la présente procédure, la mention de
Mme C E dans la désignation initiale des requérants étant une erreur ;
- le centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël est responsable du décès de M. G E en raison d'une prise en charge non conforme aux règles de l'art et sa responsabilité est engagée du fait d'une erreur de diagnostic en application des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- conformément à l'avis de la commission de conciliation, la responsabilité de cet établissement doit toutefois n'être retenue qu'à hauteur de 50 % ;
- le préjudice économique supporté par sa famille doit être apprécié en tenant compte de ce que M. G E était âgé de 51 ans à la date de son décès et que ses revenus salariaux s'élevaient à 22 485 euros au titre des revenus 2017.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Var fait valoir qu'elle n'entend pas intervenir à l'instance et que le montant définitif de ses débours s'est élevé à 339,95 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 octobre 2022 et le 8 février 2023, le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël, représenté par Me Boizard, qui s'en remet à l'appréciation du tribunal quant au principe de responsabilité, conclut à la limitation de l'indemnisation à verser aux consorts E.
Il soutient que :
- le rapport d'expertise retient que l'absence de diagnostic a entraîné une perte de chance de survie à un ou deux ans limitée à 50 % compte-tenu de la gravité d'une dissection aortique et de son mauvais pronostic même après une prise en charge chirurgicale adaptée ;
- sa responsabilité pour faute devrait être limitée à proportion de la perte de chance de survie ;
- l'évaluation des préjudices des requérants doit être limitée en retenant des montants plus proches de la pratique jurisprudentielle actuelle.
Un courrier du 8 novembre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Une ordonnance du 20 mars 2023 a prononcé la clôture de l'instruction à la date de son émission, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
-le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vezin, substituant Me Boizard, représentant le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël.
Considérant ce qui suit :
1. M. G E, né le 27 décembre 1966, a fait l'objet d'une première prise en charge en urgence au centre hospitalier de Fréjus le 22 juillet 2018 en raison d'une douleur thoracique oppressante irradiant dans le dos, vers les lombes et l'abdomen et qui ne cédait pas après administration d'antalgique. Il a fait l'objet d'un diagnostic de sciatique L5 probable et un électro-cardiogramme n'a pas révélé d'anomalie. Le diagnostic de sciatique n'a toutefois pas été confirmé par une radiographie du rachis lombaire pratiquée à cette occasion. M. E a regagné son domicile le jour même et la persistance de la douleur a justifié dans la nuit du 22 au 23 juillet le recours à SOS Médecins qui n'a pas remis en question l'origine sciatique de celle-ci, non plus que lors d'une seconde visite à domicile le 23 juillet après que l'épouse de M. E avait constaté une hypertension artérielle. Une seconde hospitalisation aux urgences du centre hospitalier de Fréjus du 24 au 26 juillet 2018 a été rendue nécessaire par l'absence d'amélioration de l'état douloureux de M. E au terme de laquelle le diagnostic de sciatique sera maintenu et M. E regagnera son domicile sous antalgiques morphiniques, antiinflammatoires et traitement prophylactique de la maladie thrombo-embolique. La douleur thoracique réapparaîtra le 29 juillet 2018 et M. E décédera à 23h59 à son domicile malgré les efforts de services de réanimation. L'autopsie du défunt réalisé le 3 août 2018 sur réquisition du ministère public a permis de déterminer la cause du décès comme résultant d'une dissection aortique qui a affecté l'aorte descendante et a provoqué une importante hémorragie interne autour du cœur ainsi qu'un infarctus du rein gauche. Une expertise médicale contradictoire a été conduite à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) Provence Alpes Côte-d'Azur et le rapport du Docteur D A a été remis le 14 mars 2019. L'avis de la CCI émis le 21 mai 2019 a retenu une erreur de diagnostic imputable au centre hospitalier intercommunal (CHI) de Fréjus Saint-Raphaël ouvrant droit à une réparation des préjudices de l'épouse de M. E dans la limite de 50 %. Par une demande préalable datée du 2 septembre 2020 et reçue le 10 septembre 2020,
Mme H I, veuve de M. G E, Mlle F E et M. B E, enfants majeurs de M. E ont sollicité du centre hospitalier de Fréjus Saint-Raphaël l'indemnisation de leurs préjudices à hauteur d'une somme globale de 227 683,21 euros, ramenée à 113 841,60 euros après application d'une limitation de responsabilité à hauteur de 50 %. Le CHI a conservé le silence et implicitement rejeté cette demande.
Sur la responsabilité du centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur D A remis le 14 mars 2019 que la validation du diagnostic initial de sciatique par les équipes du CHI de Fréjus Saint-Raphaël n'a pas été conduite avec la rigueur requise et que n'ont pas été pratiquées la recherche du signe de Lasegue et du réflexe achilléen ni une analyse du trajet de la douleur. De même, l'absence de réponse aux traitements utilisés pour calmer la douleur aurait dû conduire les personnels des urgences du CHI à envisager une cause vasculaire à la douleur. La seconde admission aux urgences a également donné lieu à une analyse superficielle notamment des résultats d'une tomodensitométrie (TDM) qui permettait d'exclure l'existence d'une sciatique. Enfin, certains symptômes inhabituels tels que la douleur thoracique avec irradiation dans le dos, les lombaires et l'abdomen constituaient des indices d'une dissection aortique, pathologie connue et documentée et qui ne pouvait pas être écartée au regard du tableau clinique de M. E, malgré sa faible incidence de l'ordre 10/100 000e. Il résulte également de ce rapport et des pièces du dossier médical qu'aucune auscultation cardiaque n'a été pratiquée lors des deux admissions de M. E, examen élémentaire qui aurait pu révéler un souffle, relativement fréquent lors de dissection aortique. Il n'a pas plus été tenu compte des signes cliniques supplémentaires survenus entre les deux passages aux urgences et notamment d'une hypertension artérielle systolo-diastolique résistante au traitement par le médicament Loxen. Il résulte dès lors de l'instruction que les médecins du service des urgences du CHI ont commis une grave erreur de diagnostic en excluant prématurément la possibilité d'une pathologie cardiothoracique et en s'abstenant par la suite d'explorer une telle éventualité. Cette erreur est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du CHI Fréjus Saint-Raphaël, ce qui n'est au demeurant pas contesté par le centre hospitalier.
4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis les chances du patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du docteur A, que la dissection aortique de type A dont a été victime M. E est une pathologie d'une très grande gravité, de pronostic défavorable, et ce même après une prise en charge appropriée, avec une mortalité péri-opératoire proche de 27 %, le taux de survie des patients s'établissant à 52 % après un an et à 48 % après deux années. Il en résulte qu'il y a lieu de fixer à 50 % le taux de perte de chance pour la victime d'un tel accident vasculaire d'échapper à l'aggravation de son état de santé.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne les souffrances supportées par M. G E :
6. Il résulte du rapport d'expertise que les souffrances endurées par M. G E ont été évaluées à 2,5 sur une échelle de 7. Compte-tenu de l'échec de toutes les tentatives de traitement antalgique dans les jours qui ont précédé son décès, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en retenant un montant de 4 000 euros et, après prise en compte du taux de perte de chance de 50 %, d'allouer aux ayants-droits de M. G E la somme de 2 000 euros au titre de ce chef de préjudice.
En ce qui concerne les frais d'obsèques de M. G E :
7. Il résulte de l'instruction, notamment de la facture établie par les Pompes funèbres générales de Fréjus à la date du 10 août 2018, que les frais d'obsèques de M. E se sont élevés à 4 432,56 euros, somme qui n'est pas discutée en défense. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en condamnant le CHI de Fréjus Saint-Raphaël à verser à Mme H E, après prise en compte du taux de perte de chance de 50 %, une somme de 2 216,28 euros.
En ce qui concerne les frais d'assistance à expertise :
8. Aucune des pièces versées à l'instruction par les requérants ne permet d'établir qu'ils auraient exposé la somme de 258 euros qu'ils allèguent en frais de conseil au titre des opérations d'expertise. Par suite, cette demande ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne le préjudice d'affection de Mme H I :
9. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme I, veuve E, du fait du décès de son époux, en retenant, dans les limites de ses conclusions, un montant de 26 000 euros au titre de ce chef de préjudice et, après prise en compte du taux de perte de chance de 50 %, de lui allouer la somme de 13 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice d'affection de M. B E :
10. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation du préjudice d'affection de M. B E, du fait du décès de son père alors qu'il était encore mineur, en retenant, dans les limites de ses conclusions, un montant de 20 000 euros au titre de ce chef de préjudice et, après prise en compte du taux de perte de chance de 50 %, de lui allouer la somme de 10 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice d'affection de Mme F E :
11. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation du préjudice d'affection de M. F E, du fait du décès de son père alors qu'elle résidait encore au domicile familial et n'était âgée que de vingt-et-un ans, en retenant, dans les limites de ses conclusions, un montant de 20 000 euros au titre de ce chef de préjudice et, après prise en compte du taux de perte de chance de 50 %, de lui allouer la somme de 10 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices économiques de Mme H I :
12. Il résulte de l'instruction, et notamment des déclarations fiscales du couple relatives aux années 2017 et 2016, que les revenus annuels de M. G E s'établissaient à une valeur moyenne de 22 300 euros et les revenus du foyer à 71 135 euros pour 2016 et à 77 970 euros pour 2017. En raison de la date à laquelle est survenu le décès de M. E, celui-ci n'a pas pu percevoir d'éventuels compléments de rémunération et le montant de ses revenus salariaux au titre de l'année 2018, estimés en défense à 13 050 euros annuels, ne peut être utilement retenu. Il résulte également de l'instruction que les revenus propres de
Mme I se sont établis à un montant de 44 421 euros en 2019. Il est également constant que Mme I n'a perçu aucune pension de réversion, son défunt époux étant toujours en activité à la date de son décès. Il convient par suite de retenir, à partir des données relatives aux années 2016 et 2017, un revenu annuel moyen du couple de 74 550 euros, soit, après prise en compte d'une part d'autoconsommation à hauteur de 25 %, une perte annuelle pour le foyer de 19 637,50 euros. En référence au barème publié par la Gazette du Palais en 2022 avec un taux d'intérêt de 0%, il y a lieu de retenir comme taux d'euro de rente le coefficient de 30,329 applicable à un homme âgé de 51 ans à la date de liquidation du préjudice. Il en résulte que Mme E est fondée à demander la condamnation du CHI Fréjus Saint-Raphaël à lui verser une somme globale, après prise en compte du taux de perte chance de 50 %, au titre de l'indemnisation de son préjudice économique viager, dans la limite du montant global de ces conclusions indemnitaires, de 113 841,60 euros.
En ce qui concerne les préjudices économiques de M. B E :
13. Il résulte de l'instruction que le préjudice économique propre de M. B E n'est pas établi, dès lors que celui-ci était encore mineur à la date du décès de son père et que ses frais étaient pris en charge directement par ses parents chez lesquels il vivait et qu'il n'est pas plus assorti d'éléments de nature à l'étayer à titre viager.
Sur les intérêts et la capitalisation :
14. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. / Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l'intérêt moratoire. ".
15. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
16. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur les sommes citées aux points 6, 7, 9, 10, 11 et 12 à compter de la date de réception de leur demande d'indemnisation, le
10 septembre 2020. Il y a également lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts formée par les consorts E à compter du 10 septembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais de justice :
17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le Tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël est condamné à verser 2 000 euros aux consorts E en qualité d'ayant-droit de M. G E au titre des souffrances endurées par celui-ci, avec intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020.
Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël est condamné à verser 2 216,28 euros à Mme H I E au titre des frais d'obsèques de
M. G E, avec intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020.
Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël est condamné à verser 13 000 euros à Mme H I E au titre de son préjudice d'affection suite au décès de M. G E, avec intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020.
Article 4 : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël est condamné à verser 10 000 euros à M. B E au titre de son préjudice d'affection suite au décès de M. G E, avec intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020.
Article 5 : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël est condamné à verser 10 000 euros à Mme F E au titre de son préjudice d'affection suite au décès de M. G E, avec intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020.
Article 6 : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël est condamné à verser 113 841,60 euros à Mme H I E au titre de son préjudice économique suite au décès de M. G E, avec intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020.
Article 7 : Les intérêts échus au 10 septembre 2021 sur les sommes fixées aux articles 1 à 6 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 8 : Le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël versera aux consorts E une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié à Mme H I E, à
Mme F E, à M. B E, au centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Doumergue, présidente,
M. Silvy, premier conseiller,
M. Kiecken, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
J.-A. SILVY
La présidente,
Signé
M. DOUMERGUELa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026