vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100016 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | DEBARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 janvier 2021 et le 5 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Debard, demande au Tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 22 000 euros en réparation de son préjudice à raison de la carence de l'Etat à la reloger ;
2°) d'assortir la condamnation des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire préalable et d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser directement à Me Debard en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il est soutenu que :
- l'Etat qui était tenu à une obligation de résultat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en n'exécutant pas la décision de la commission de médiation du Var du 3 décembre 2018 reconnaissant le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de Mme B ; par sa décision du 31 janvier 2020, le Tribunal administratif de Toulon a fait injonction au préfet du Var de procéder à son relogement avant le 1er mai 2020 sous astreinte de 300 euros par mois de retard ; l'Etat n'a pas davantage exécuté cette décision de justice ;
- elle a subi un préjudice matériel et moral, justifié par ses conditions de vie quotidienne pendant une durée particulièrement longue ; le préjudice est actuel, certain et quantifiable ;
-la circonstance que plusieurs propositions de relogement n'aient pu aboutir ne relève pas de son fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la candidature de Mme B a été proposée à six reprises en commission d'attribution des logements et trois d'entre elles n'ont pu aboutir en raison de la négligence de l'intéressée et le juge a constaté que l'Etat devait être regardé comme ayant entièrement exécuté les obligations mises à sa charge dès le 22 mai 2019 et il a ordonné la liquidation définitive de l'astreinte par ordonnance du 28 mai 2021 ; l'Etat ne saurait être condamné financièrement à indemniser un éventuel préjudice subi par la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 5 octobre 2020 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Toulon a accordé à Mme B l'aide juridictionnelle totale dans la présente instance.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Riffard en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023, le rapport de M. Riffard.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 3 décembre 2018, la commission de médiation " droit au logement opposable du Var " (DALO), a retiré sa précédente décision du 4 octobre 2018 et a reconnu Mme B comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités de type 3 au motif que l'intéressée était menacée d'expulsion, sans relogement. En l'absence de proposition de logement dans les six mois qui ont suivi cette décision, Mme B a saisi le Tribunal, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, afin d'obtenir que soit ordonné son relogement. Par un jugement n° 1904380 du 31 janvier 2020, le Tribunal de céans a enjoint au préfet du Var de pourvoir au logement de Mme B avant le 1er mai 2020, sous astreinte de 300 euros par mois de retard à compter de cette date. Par une lettre reçue le 28 octobre 2020, Mme B a saisi le préfet du Var d'une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation du préjudice causé par la carence de l'Etat à assurer son relogement. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au Tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 22 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice subi du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". Aux termes de l'article R. 441-16-1 du même code : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement à la suite de la décision de la commission de médiation. Enfin, le préfet peut se trouver délié de l'obligation qui pèse sur lui en vertu d'une décision de la commission de médiation et d'un jugement lui enjoignant d'exécuter cette décision si, par son comportement, l'intéressé a fait obstacle à cette exécution.
4. Mme B a été reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence par une décision de la commission de médiation du département du Var du 3 décembre 2018 au motif qu'elle était menacée d'expulsion sans relogement. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation du 3 décembre 2018, soit en l'espèce, à compter du 3 juin 2019, et s'achève au jour du logement effectif de la requérante. La requérante soutient d'une part, qu'elle n'a été destinataire d'aucune offre de relogement adaptée à ses besoins et, d'autre part, que le jugement du 31 janvier 2020 du Tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet du Var d'assurer son relogement dans un délai de quatre mois, n'a pas été exécuté. La carence de l'Etat à assurer le relogement de Mme B à compter du 3 juin 2019 est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. Toutefois, il résulte de l'instruction que par une ordonnance du 28 mai 2021, le vice-président du Tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation a constaté que Mme B avait notamment fait l'objet d'une proposition de logement le 22 mai 2019 auprès de la commission d'attribution des logements (CAL) qui n'avait pas pu aboutir du fait de l'incomplétude de son dossier et il a considéré que le préfet du Var devait être réputé comme ayant entièrement exécuté les obligations mises à sa charge par le jugement du 31 janvier 2020, dès le 22 mai 2019. Toutefois, la seule circonstance que Mme B n'avait pas produit le justificatif de ses revenus imposables de l'année, ce qu'elle conteste au demeurant, n'a pu suffire à délier l'Etat de son obligation de procéder au relogement de l'intéressée alors que le préfet n'établit, ni n'allègue au demeurant, que la requérante a été informée que l'incomplétude de son dossier risquait de lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation. Par ailleurs, la proposition du 26 juin 2019 pour un logement de type 3 dans la résidence " Grand Angle " à Fréjus auprès du bailleur social " Erilia " n'a pas été attribuée à Mme B du fait de la dette locative en constante progression et de l'absence de démarche de rétablissement personnel auprès de la Banque de France. Cependant, il résulte de l'instruction que l'intéressée avait déposé dès le 18 juin 2019 un dossier de surendettement auprès de la commission de surendettement des particuliers du Var. Dès lors, ce motif n'est pas davantage de nature à délier l'Etat de son obligation de relogement. En revanche, il résulte également de l'instruction qu'une cinquième proposition a été présentée le 5 mars 2020 pour un logement de type 4 à Fréjus dans le parc du bailleur social " Var Habitat " et que Mme B n'a pas renvoyé le dossier de candidature, ce qui équivaut à un refus de la proposition. Dès lors que la requérante a été informée des conséquences de son refus dans la décision de la commission de médiation du 3 décembre 2018, faisant état de ce que le refus d'une proposition pouvait lui faire perdre le caractère de priorité et d'urgence de son relogement, ledit refus sans motif impérieux a mis fin à la période de responsabilité de l'Etat.
6. La requérante est par suite seulement fondée, dans les circonstances de l'espèce, à soutenir que le retard mis par l'Etat à mettre en œuvre l'obligation de résultat qui lui incombait est fautif et de nature à engager sa responsabilité, pour la période courant du 3 juin 2019, date d'expiration du délai de six mois imparti au préfet du Var pour assurer le logement de Mme B à la suite de la décision de la commission de médiation du Var, jusqu'au 5 mars 2020, date du refus injustifié d'une proposition par le préfet, d'un logement adapté aux besoins et capacités de l'intéressée.
En ce qui concerne le préjudice :
7. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.
8. Compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat pendant neuf mois, mais en tenant compte également du manque de description précise par la requérante des préjudices qu'elle a subi du fait de cette situation, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence dont la réparation incombe à l'Etat en condamnant celui-ci à verser à Mme B, dans les circonstances de l'espèce, une somme de 700 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation de ceux-ci :
9. Il y a lieu d'assortir l'indemnité fixée ci-dessus des intérêts au taux légal à compter du 28 octobre 2020, date de réception de la demande indemnitaire préalable par le préfet du Var et de leur capitalisation à compter du 4 janvier 2021.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Debard, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Debard la somme de 1 000 euros.
DECIDE
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 700 (sept cents) euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 octobre 2020 et de leur capitalisation à compter du 4 janvier 2021.
Article 2 : L'Etat versera à Me Debard, avocat de la requérante, la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Debard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Debard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
Le magistrat désigné
Signé :
D. RIFFARD
La greffière
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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