lundi 17 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100090 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AIZAC & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 janvier 2021 et le 9 novembre 2021, M. B D, représenté par Me Serra, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la modification de l'article 44 octies A du code général des impôts résultant de l'article 29 de la loi n° 2013-1279 du 29 décembre 2013, concernant les modalités de détermination de l'exonération d'impôt en cas d'activité exercée partiellement en zone franche urbaine, porte atteinte à l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- c'est à tort que l'administration a remis en cause le bénéfice de l'exonération prévue à l'article 44 octies A du code général des impôts dès lors qu'il exerce une activité non sédentaire en zone franche urbaine ; il y dispose d'une implantation matérielle et des moyens d'exploitation ;
- il réalise, par son exercice au sein d'établissements de santé, une mission de service public en vue d'assurer la continuité des soins aux patients ;
- rien ne permet de justifier la différence de traitement appliqué alors que la qualification d'activité sédentaire est, par exemple, reconnu aux médecins membres de SOS médecins ;
- la réponse ministérielle n° 92955 faite à Mme A, députée, le 25 octobre 2016, n'a pas été reprise au bulletin officiel des finances publiques ; dès lors, en application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, elle ne peut lui être opposée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juillet 2021 et le 13 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- M. D ne présente que des moyens de contestation relatifs à la remise en cause partielle du bénéfice de l'exonération prévue à l'article 44 octies A du code général des impôts, les conclusions ne sont donc recevables qu'à hauteur des rectifications en matière des bénéfices non commerciaux ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par lettre du 3 mars 2023, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faute pour celles-ci d'être chiffrées.
Par un mémoire, enregistré le 9 mars 2023, M. D maintient ses conclusions et demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;
- la loi n° 2013-1279 du 29 décembre 2013 de finances pour 2014 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
- et les observations de Me Serra représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D exerce une activité libérale de médecine spécialisée en chirurgie vasculaire et dispose à ce titre d'un cabinet situé à la Seyne-sur-Mer en zone franche urbaine. Son activité a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification du 22 novembre 2017, l'administration, ayant constaté que l'activité sédentaire de M. D s'exerçait, au titre des années d'imposition en litige, pour partie au sein des établissements de santé situés en dehors de la zone franche urbaine, a notamment partiellement remis en cause le bénéfice du régime d'exonération prévu par l'article 44 octies A du code général des impôts et a, en conséquence, procédé à un rehaussement de ses bénéfices. L'intéressé a ainsi été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 et 2016. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge, en droits et majorations, des impositions supplémentaires auxquelles il a été ainsi assujetti.
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :
2. En l'absence de moyens de contestation concernant les rehaussements d'imposition en matière de revenus de capitaux mobiliers, les conclusions du requérant ne sont recevables qu'à hauteur des rectifications portant sur les bénéfices non commerciaux.
Sur les conclusions à fin de décharge :
3. Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour () assurer le paiement des impôts () ". Une personne ne peut prétendre au bénéfice des stipulations précitées que si elle peut faire état de la propriété d'un bien qu'elles ont pour objet de protéger et à laquelle il aurait été porté atteinte. A défaut de créance certaine, l'espérance légitime d'obtenir une somme d'argent doit être regardée comme un bien au sens de ces stipulations. Si les stipulations de l'article 1er du premier protocole ne font en principe pas obstacle à ce que le législateur adopte de nouvelles dispositions remettant en cause, fût-ce de manière rétroactive, des droits patrimoniaux découlant de lois en vigueur, ayant le caractère d'un bien au sens de ces stipulations, c'est à la condition de ménager un juste équilibre entre l'atteinte portée à ces droits et les motifs d'intérêt général susceptibles de la justifier.
4. Aux termes de l'article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction préalable à la modification résultant de l'article 29 de la loi du 29 décembre 2013 de finances rectificative pour 2013 : " () Lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans une zone franche urbaine, le bénéfice exonéré est déterminé en affectant le montant résultant du calcul ainsi effectué du rapport entre, d'une part, la somme des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises définis à l'article 1467 afférents à l'activité exercée dans les zones franches urbaines et relatifs à la période d'imposition des bénéfices et, d'autre part, la somme des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises du contribuable définis au même article pour ladite période () ". Aux termes du même article, dans sa rédaction résultant de l'article 29 de la loi du 29 décembre 2013, applicable à compter du 31 décembre 2013 : " () Lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans les zones franches urbaines, les bénéfices réalisés sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés, dans les conditions de droit commun, en proportion du montant hors taxes du chiffre d'affaires ou de recettes réalisé en dehors de ces zones () ".
5. L'article 44 octies A du code général des impôts prévoyait, à compter du 1er janvier 2006, un régime d'exonération d'impôt sur les bénéfices provenant d'activités professionnelles implantées dans une zone franche urbaine. L'exonération était totale pendant cinq ans à compter du début d'activité dans les zones éligibles, puis partielle pendant neuf ans. Le bénéfice exonéré était déterminé au prorata des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises afférents à l'activité implantée en zone franche urbaine. Cette règle était en vigueur lors de l'implantation, en 2009, de l'activité du requérant au sein d'une zone franche urbaine.
6. L'article 29 de la loi du 29 décembre 2013 a modifié, dans des conditions moins favorables aux contribuables, les règles de calcul de l'exonération d'impôt applicable lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans la zone franche urbaine en prévoyant que le bénéfice exonéré serait désormais déterminé au prorata du montant hors taxes du chiffre d'affaires ou des recettes réalisés en dehors de cette zone et en prenant comme référence, non plus le lieu où se situent les biens imposables à la cotisation foncière des entreprises, mais le lieu d'exercice effectif de l'activité. Dans ces conditions, dès lors que le législateur avait fixé, dès l'institution de ce régime d'exonération partiel d'impôt, la période à durée limitée durant laquelle il était possible d'escompter en bénéficier, ce dispositif était bien de nature à laisser espérer son application dans les mêmes conditions jusqu'au terme de la durée prévue, contrairement à d'autres mesures fiscales adoptées sans limitation de durée. Par suite, en modifiant ce dispositif, le législateur a privé les professionnels qui avaient été incités à établir leur activité dans une zone franche urbaine et à y localiser l'ensemble des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises d'une espérance légitime de voir l'intégralité de leurs bénéfices exonérée d'impôt, même si ces activités étaient effectivement exercées partiellement en dehors de la zone franche. Il s'ensuit que M. D, qui exerce son activité pour partie au sein d'établissements de santé situés en dehors de la zone franche urbaine, disposait d'une espérance légitime de bénéficier du régime d'exonération d'impôt pendant la période prévue et dans les conditions applicables lors de son installation en zone franche urbaine en 2009. Si l'administration fait valoir que l'adaptation du dispositif d'exonération repose sur des critères objectifs et rationnels en lien avec le but recherché dès l'instauration du dispositif, à savoir favoriser le développement de ces zones, tenir compte du lieu réel d'exercice de l'activité économique et uniformiser les principes avec ceux applicables pour les entreprises nouvelles prévus par l'article 44 sexies du code général des impôts, elle n'établit pas, ni même n'allègue, que le dispositif initial n'a pas eu l'effet incitatif recherché. Par suite, quand bien même l'objectif de recentrage du dispositif pouvait constituer un motif légitime de modification du dispositif, M. D est fondé à soutenir que la modification du régime prévu par l'article 44 octies A du code général des impôts a porté une atteinte disproportionnée à son espérance légitime de bénéficier du régime d'exonération, initialement instauré, auquel il aurait pu prétendre faute de motifs suffisants d'intérêt général susceptibles de la justifier.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, assises sur les sommes rattachées à la catégorie des bénéfices non commerciaux, auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de M. D, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. D est déchargé, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, assises sur les sommes rattachées à la catégorie des bénéfices non commerciaux, auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016.
Article 2 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- Mme Carotenuto, première conseillère,
- M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
S. ELa présidente,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
F. OUJABER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026